ACTE I, SCÈNE I
Je yeux Tattendre ici : * les chagrins qu'il me cause M'occuperont assez tout le tems qu'il repose. Tout ce que j'ai prédit n'est que trop assuré ; Contre Britannicus Nëron s'est déclaré.
L'impatient Néron cesse de se contraindre ; Las de se faire aimer ^ il veut se faire craindre. Britannicus le gêne , Albine ; et chaque jour Je sens que je deviens importune à mon tour. ^'^
* ^/â veux r attendre ici.
Le lieu de la scène est une salle où est la porte de Pappartement de Ne'ron , et par laquelle on passe pour aller à celui d'Octavie.
Britannicus le gêne , Albine ; et cha(/u€ jour Je sens que je deviens importune à mon tour.
Autant ce mot gêner fait un mauvais effet dans ce vers du rôle de Pyrrhus,
Eh! le puîs-je , madame? Ah! que vous me gênez l
autant il est ici placé avec choix , ainsi que le mot èi* importune dans le vers suivant. Dans Tordre des choses et des personnes dont il s'agit ici , ces termes , qui ont une sorte d'acception vague , font entendre d'avance tout ce qui sera détaillé dans la suite. Néron que gêne Britannicus , Agrippine qui devient im— portune^ et une foule d'expressions du même genre que nous verrons dans cette pièce , sont du hon style de l'histoire , qui devait ici faire partie du style tragique. Mais que de goût «t d'art il fallait pour les réunir!
ALBITsE.
Quoi! VOUS à qui Néron doit le jour qu'il respire; *
Qui l'avez appelé de si loin à l'empire;
Yous qui , déshéritant le fils de Glaiidius ,
Avez nommé César l'heureux Domitius ?
Tout lui parle , madame , en faveur d'Agrippine :
Il vous doit son amour.
AGUIPPINE.
Il me le doit , Albine :
Tout , s'il est généreux , lui prescrit cette loi ; Mais tout , s'il est ingrat , lui parle contre moi.
ALBINE
S'il est ingrat , madame ? Ah ! toute sa conduite Marque dans son devoir une âme trop instruite.
^ Quoil vous à fui Néron doit le jour çuil respire.
Le commentateur qualifie nettement cette expression ^impropre. Il ne sait pas que désormais rien n'est plus rare dans Racine , qu'un terme impropre. Un terme impropre est une faute très-grave dans un bon écrivain dès qu'il est au point de sa maturité , et dans Racine c'est une espèce de découverte. Celle du commentateur n'est pas heureuse. Racine a dit plus d'une fois , et tout le monde a dit depuis lui, le jour que je respireparce que la poésie permet de prendre le jour pour l'air. Il n'y a là nulle disconvenance. Si une métonymie si naturelle et si commune était une impropriété ^ il ne faudrait plus écrire en vers.
Marque dans son devoir une âme trop instruite. En prose il faudrait dire instruite de son devoir. On ne dit