‹ AndromaqueChapitre 108 sur 176 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ANTIOCHUS, seul,

H€ bien ! Antiochus , es-tu toujours le même ?

Pour rai -je , sans trembler , lui dire , je vous aime l

Mais quoi ! déjà je tremble ; et mon cœur agité

Craint autant ce moment que je l'ai souhaité.

Bérénice autrefois m'ôta toute espérance ;

Elle m'imposa même un éternel silence.

Je me suis tu cinq ans , et , jusques à ce jour ,

D'un voile d'amitié j'ai couvert mon amour.

Dois- je croire qu'au rang où Titus la destine ,

Elle m'écoute mieux que dan^ la Palestine?

Il l'épouse. Ai-je donc attendu ce moment

Pour me venir encor déclarer son amant ?

Quel fruit me reviendra d'un aveu téméraire ?

Ail î puisqu'il faut partir , partons sans lui déplaire.

Retirons-nous , sortons ; et , sans nous découvrir ,

Allons , loin de ses yeux , l'oublier ou mourir.

Hé quoi ! souffrir toujours un tourment qu'elle ignore

Toujours verser des pleurs qu'il faut que je dévore !

Quoi ! même en la perdant redouter son courroux î

Belle reine , et pourquoi vous offenseriez- vous ?

Belle reine, et pourquoi vous offenseriez-vous ? Belle reine « a passe pour une expression fade. » Volt. Elle pourrait Tètre dans un autre sujet : ici je ne la crois pas

Racine, iii. lo

2l4 BÉRÉNICE,

Viens-je vous demander que vous quittiez l'empire ? Que vous m'aimiez ? Hélas ! je ne viens que vous dire Qu'après m'étre long-tems flatté que mon rival Trouverait à ses voeux quelque obstacle fatal , Aujourd'hui qu'il peut tout , que votre hymen s'avance , Exemple infortuné d'une longue constance , Après cinq ans d'amour et d'espoir superflus , Je pars , fidèle encor quand je n'espère plus. * Au lieu de s'offenser , elle pourra me plaindre. ' ^ Quoi qu'il en soit , parlons ; c'est assez nous contraindre. Et que peut craindre , hélas ! un amant sans espoir

déplacée. C'est un roi d'Orient et un roi amoureux : le mot de belle reine me paraît naturel dans sa bouche.

* Je pars ^fidèle encor quand je n"* espère plus.

« Ces amans fidèles sans succès et sans espoir n'inte'ressent » jamais. Cependant la douce harmonie de ces vers naturelsi 5) fait qu'on supporte Antiochus. C'est surtout dans ces faibles, » rôles que la belle versification est ne'cessaire » Volt.

Ajoutons que l'intérêt ne portant point sur les amours d' Antiochus , il suffit qu'ils ne déplaisent point aux spectateurs. On verra dans la suite la justice que Voltaire rend à ce personnage qui était le plus difficile de tous à soutenir.

* Au lieu de s"^ offenser, elle pourra me plaindre. On lisait d'abord :

« Non , loin de s'offenser , elle pourra me plaindre. » L. B

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