‹ AndromaqueChapitre 114 sur 176 · ACTE SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE SCÈNE IV

Jugez de ma douleur , mol dont Tardeur extrême , Je vous l'ai dît cent fois, n'aime en lui que lui-même ; Moi qui , loin des grandeurs dont il est revêtu. Aurais choisi son cœur et clierché sa vertu. ^

AT^TIOCHUS.

Il a repris pour vous sa tendresse première ? *

BÉRÉNICE

Vous fûtes spectateur de cette nuit dernière , Lorsque , pour seconder ses soins religieux , Le sénat a placé son père entre les dieux.

^ Aurais choisi son cœur et cherché sa vertu,

« Personne , avant Racine , n'avait ainsi exprime' ces senti- » mens qu'on retrouve à la vérité dans tous les livres d'amour, » et dont le seul mérite consiste dans le choix des mots. Sans » cette élégance si fme et si naturelle, tout serait languissant. »

Volt.

^ Il a repris pour vous sa tendresse première^ On lit dans quelques éditions :

« Hé bien! il a repris sa tendresse première. » L. B,

^ Le sénat a placé son père entre les dieux.

Les dieux de Titus n'étaient point dieux de Bérénice; le poêle a voulu par là faire oublier qu'elle était juive, et la sauver du ridicule que sa croyance aurait jeté sur elle. L. B.

La remarque aurait quelque fondement, si Bérénice eût 1 dit entre nos dieux ; mais quand elle dit entre les dieux , elle parle comme les chrétiens parleraient eux-mêmes, comme

224 BÉRÉNICE

De ce juste devoir sa piété contente

A fait place , seigneur , aux soins de son amante ;

Et même en ce moment , sans qu'il m'en ait parlé ,

Il est dans le sénat par son ordre assemblé •

Là , de la Palestine il étend la frontière ;

11 y joint l'Arabie et la Syrie entière ;

Et, si de ses amis j'en dois croire la voix ^

Si j'en crois ses sermens redoublés mille fois ,

Il va sur tant d'états couronner Bérénice ,

parlent tous nos historiens, parce qu'il est clair que les dieux n v^ut dire ici que les dieux des Romains. Quant à Tintentio qu'on prête à Racine de vouloir faire oublier que Bérénice éfa juiçe , de peur du ridicule, cette ide'e est de Voltaire : nous e parlerons plus bas. (p. 4^. ) Le poëte n'a fait aucune mentio de la croyance de Bérénice, parce que cela n'était pas du suj et n'y faisait rien; mais quand il a traité des sujets juifs, croyance des Juifs n'a point paru ridicule,

* Il va sur iant d"* états couronner Bérénice.

Voilà de ces constructions qui ne sont permises qu'à la poésie parce qu'elle seule a le droit de les créer : on ne dirait point en prose, couronner quelqu'un sur ou tel état : on dirait couronner roi de tel ou tel pays, faire régner sur, etc. Mais la poésie s'empare de l'analogie , et comme en effet couronner c'est faire régner , elle dît couronner sur, parce que le rapport des idées justifie la précision.

Au reste , l'abbé Dubos prétend que Bérénice n'avait ni principauté ni royaume. Qu'importe ? Elle avait à coup-sûr le tilre de reine : tous les historiens sont d'accord là-dessus : rc^i ~

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