ACTE I, SCÈNE IV
Enfin votre rigueur emporta la balance ; Vous sûtes m' imposer l'exil ou le silence ; Il fallut le promettre , et même le Jurer : Mais , puisqu'on ce moment j'ose me déclarer , Lorsque vous m'arracliiez cette injuste promesse , Mon cœur faisait serment de vous aimer sans cesse.
BÉRÉISICE.
Ail ! que me dites-vous ?
AISTIOCHUS.
Je me suis tu cinq ans , Madame , et vais encor me taire plus long-tems. De mon heureux rival j'accompagnai les armes ;
» héros qu'on fait parler est dans une position désagre'able et
» indigne d'un he'ros, plus il faut s'étudier à relever par la
» beauté du style la faiblesse du fond. Le rôle d'Antiochus ne
» peut avoir rien de tragique ; metteît-y donc plus de riobîesséj
» plus de chaleur et d'intérêt , s^il est possible. En général , les
» déclarations d'amour, les maximes d'amou. , aont faites pour
i) la comédie. Les déclarations de Xipharès , d'Hippolyte p
5) d'Antiochus sont de la galanterie et rien de plus : ces mor-
» ceaux se sentent du goût dominant qui régnait alors. » Volt.
Tout cela est vrai ; n'oubliez pas pourtant combien Voltaire admirait, dans la déclaration d'Hippolyte ^ la beauté de la versification. A l'égard d'Antiochus , vous allez voir qu'il se relève bientôt, de l'aveu de Voltaire lui-même, et qu'il n'a faibli qu'un moment. Quand un homme tel que Racine cède ûu goûi dominani, c'est toujours de manière à fûre sentir combien il est au-dessus.
228 BÉRÉNICE, J'espérai de verser mon sang après mes larmes , * Ou qu'au moins , jusqu'à vous porté par mille exploits , Mon nom pourrait parler au défaut de ma voix. Le ciel sembla promettre une fm à ma peine : / Yous pleurâtes ma mort , hélas ! trop peu certaine. Inutiles périls ! Quelle était mon erreur ! La valeur de Titus surpassait ma fureur. * Il faut qu'à sa vertu mon estime réponde : Quoiqu attendu , madame , à l'empire du monde , Cliéri de l'univers , enfin aimé de vous, Il semblait à lui seul appeler tous les coups ; Tandis que , sans espoir , haï , lassé de vivre , Son malheureux rival ne semblait que le suivre.
' JT espérai de verser mon sang après mes larmes. Il y a dans quelques éditions :
<t J'espe'rai d*y verser mon sang après mes larmes. » L. B,
* La valeur de Tilus surpassait ma fureur,
« Voilà à peu près ce qu'un lecteur e'clairé demande. Ah^- » chus se relève , et c*est un grand art de mettre les louanges 5) de Titus dans sa bouche. Toute cette tirade où il parle de » Titus , est parfaite en son genre. Si Antiochus ne parlait là » que de son amour, il ennuierait , il affadirait ; mais tous les » accessoires sont nobles et intéressans; c'est la gloire de Titus; » c'est un siège fameux dans l'histoire ; c'est , sans le vouloir , >» l'éloge de l'amour de Bérénice pour Titus. Yous vous sentez » alors attaché malgré vous et malgré la petitesse du rôle. »