‹ AndromaqueChapitre 117 sur 176 · ACTE I, SCÈiSE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈiSE IV

Je vois qiie voire cœur m'applaudit en secret ; ^

Je vois que l'on m'écoute avec moins de regret ,

Et que , trop attentive à ce récit funeste ^

En faveur de Titus vous pardonnez le reste»'

Enfin , après un siège aussi cruel que lent ,

Il dompta les mutins , reste pâle et sanglant

Des flammes , de la faim , des fureurs intestines ,

Et laissa leurs remparts cacliés sous leurs ruines*

Rome vous vit , madame , arriver avec lui.

Dans l'Orient désert quel devint mon ennui î

Je demeurai long-tems errant dans Césarée ,

liieux cliarmans , où mon coeur vous avait adorée :

Je vous redemandais à vos tristes états ;

Je cherchais , en pleurant , les traces de vos pas.

Mais enfin , succombant à ma mélancolie ,

Mon désespoir tourna mes pas vers l'Italie.

* Dans V Orient désert quel devint mon ennui l

lui^ Orient désert ici une expression de génie. Voyez ce que peut la poésie : en prose il faudrait dire : « l'Orient n'était plus » pour moi qu'un désert; vous n'y étiez plus.» En vers, un seul mot dit tout cela , et par conséquent le dit mieux , en suggérant tout ce que l'imagination peut y ajouter. Voilà ce que n'ont pas aperçu ceux qui , ne voyant que les entraves de la poésie , ont voulu si mal-à-propos la mettre au-dessous de la prose. Pour sentir combien elle est au-dessus , il faut connaître ses moyens et ses richesses : c'est ce qui a manqué aux philosophes qui n'étaient que prosateurs, et qui de plus étaient jaloux.

23o BÉRÉNICE,

Le sort m'y réservait le dernier de ses coups.

Titus en m' embrassant , m'amena devant vous :

Un voile d'amitié vous trompa l'un et l'autre ,

Et mon amour devint le confident du vôtre.

Mais toujours quelque espoir flattait mes déplaisirs ;

Rome , Vespasien , traversaient vos soupirs ;

Après tant de combats , Titus cédait peut-être. *

T espasien est mort , et Titus est le maître.

Que ne fuyais-je alors ! J'ai voulu quelques jours

De son nouvel empire examiner le cours.

Mon sort est accompli : votre gloire s'apprête.

Assez d'autres , sans moi , témoins de cette fête ,

A vos heureux transports viendront joindre les leurs :

Pour moi , qui ne pourrais y mêler que des pleurs ,

D'un inutile amour trop constante victime ,

Heureux dans mes malheurs d'en avoir pu san^ crime

* Apres tant combats Titus cédait peut-être,

Louis Racine prétend , je ne sais pourquoi , que le sens de ce vers ne se présente pas d^ abord ; et il ajoute que ce vers est  seul des tragédies de fauteur , qu *on puisse accuser de nêtre pas clair. Mais ce vers est aussi clair (\nt tous les autres, après ce lui qui le précède et qui Texplique :

Rome , Vespasien , traversaient vos soupirs ;

Après tant de combats, Titus cédait peut-être. *ïl est clair que ces combats étaient ceux de la passion de Titus contre Rome et Vespasien^ et qu'il pouvait céder à son père v.\ .à Rome. Je ne vois pas la possibilité d'un autre sens.

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