ACTE I, SCÈNÉ IV. 20Ï
Conter toute l'histoire aux yeux, qui les ont faits , Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.
Seigneur , je n'ai pas cru que , dans une journée
Qui doit avec César imir ma destinée ,
Il fut quelque mortel qui put impunément
Se venir à mes yeux déclarer mon amant.
Mais de mon amitié mon silence est un gage :
J'oublie en sa faveur un discours qui m'outrage. ^
Je n'en ai point troviblé le cours injurieux ;
Je fais plus : à regret je reçois vos adieux.
Le ciel sait qu'au milieu des honneurs qu'il m'envoie ,
Je n'attendais que vous pour témoin de ma joie.
^ J"^ oublie en sa façeur un discours qui m ^outrage,
<c Yoilà le modèle d'une re'ponse noble et de'cente. Ce n'est » point ce langage des anciennes he'roïnes de roman, qu'une » déclaration respectueuse transporte d'une fureur imperti- » nente. Be're'nice me'nage tout ce qu'elle doit à l'amitié d'An- » tiochus; elle inte'resse par la vérité de sa tendresse pour » l'empereTir. Il semble qu'on entende Henriette d'Angleterre » elle-même parlant au marquis de Vardes : la politesse de la » cour de Louis XIV, l'agrément de la langue française, la » douceur de la versification la plus naturelle, le sentiment le » plus tendre , tout se trouve dans ce peu de vers. Point de ces » maximes générales que le sentiment réprouve , rien de trop , » rien de trop peu. On ne pouvait rendre plus agréable quel- » que cbose de plus mince, w Yolt,
232, BÉRÉNICE
Avec tout l'univers j'honorais vos vertus ; Titus vous chérissait , vous admiriez Titvis. Cent fois je me suis fait une douceur extrême D'entretenir Titus dans un autre lui-même.
AKTlOCHtJS.
Et c'est ce que je fuis. J'évite , mais trop tard ^ Ces cruels entretiens où je n'ai point de part. Je fuis Titus ; je fuis ce nom qui m'inquiète , Ce nom qu'à tous momens votre houche répète : Que vous dirai-je enfin ? Je fuis des yeux distraits , Qui , me voyant toujours, ne me voyaient jamais, Adieu. Je vais , le cœur trop plein de votre image , Attendre , en vous aimant , la mort pour mon partage. Surtout ne craignez point qu'une aveugle douleur Remplisse l'univers du bruit de mon malheur ; Madame , le seul bruit d'une mort que j'implore Vous fera souvenir que je vivais encore. Adieu*
^ Je fuis des yeux distraits ,
Qui j me voyant toujours , ne me voyaient jamais.
Ce n'est pas ici un jeu de mots, c'est un sentiment exprimé de la manière la plus éle'gante et la plus vraie. L, B.