ACTE I, SCÈNE V
Confondre sur lui seul leurs avides regards ;
Ce port majestueux , cette douce présence
Ciel ! avec quel respect et quelle complaisance ' Tous les cœurs en secret l'assuraient de leur foi ! Parle : peut-on le voir sans penser , iîomme moi , Qu'en quelque obscurité que le sort l'eût fait naître , Le monde en le voyant eût reconnu son maître ? Mais , Pliénîce , où m'emporte un souvenir charmant ? Cependant Rome entière , en ce même moment , Fait des vœux pour Titus , et , par des sacrifices , De son règne naissant célèbre les prémices. Que tardons-nous? Allons , pour son empire heureui , Au ciel qui le protège offrir aussi nos vœux. ^
' Cie/! açec (juel respect et quelle complaisance,,,, VARIANTE.
« Dieux! avec quel respect et quelle complaisance. B.
- De son règne naissant célèbre les prémices. On lit dans quelques éditions :
« De son règne naissant consacre les prémices, >> L. B.
^ Que tardons-nous ? Allons , pour son empire heureux ^ Au ciel (/ui le protège offrir aussi nos vœux,
VARIANTE
« Je prétends quoique part à des souhaits si doux , » Phénice ; allons nous joindre aux vœux qu'on fait pour nous.
236 BÉRÉNICE
Aussitôt , sans l'attendre et sans être attendue , Je reviens le chercher, et, dans Cette entrevue , Dire tout ce qu'aux cœurs l'un de l'autre contens Inspirent des transports retenus si long-tems. *
* Inspirent des transports retenus si long-tems.
« Ces vers ne sont que des vers d'e'gîogue. La sortie de Bë- » re'nice , qui ne s'en va que pour retenir dire ioni ce que disent » les cœurs contens, est sans intérêt, sans art, sans dignité, » Rien ne ressemble moins à une tragc'die. Il est vrai que V'i- » de'e qu'elle a de son bonheur fait déjà un contraste avec Tin— » fortune qu'on sait bien qu'elle va essuyer ; mais la fin de cet » acte n'en est pas moins faible. ^> Volt.
II peut être permis d'être moins sévère qu'un aussi grand maître que Voltaire ; mais quatre vers qui , je l'avoue , ne me paraissent point mauvais, le fussent-ils autant qu'ils peuvent le paraître dans l'espèce de parodie qu'en fait le critique , le sontils assez pour détruire le mérite et l'effet du morceau entier que Voltaire reconnaît plein de beautés et de passion? L'idée de ce contraste qui ne lui a pas échappé, n'est-elle pas assez drama-' tique pour empêcher que la fin de cet acte ne soit si faible ? C'est aux lecteurs éclairés à se décider d'après leurs propres impressions.