ACTE II, SCÈNE II
D'ailleurs , vous le savez , en bannissant ses rois ,
Rome à ce nom , si noble et si saint autrefois ,
Attacha pour jamais une haine puissante ;
Et , quoiqu'à ses Césars fidèle , obéissante ,
Cette haine, seigneur, reste de sa fierté,
Survit dans tous les cœurs après îa liberté.
Jules, qui le premier la soumit à ses armes,
Qui fit taire les lois dans le bruit des alarmes ,
Brûla pour Cléopâtre ; et , sans se déclarer ,
Seule dans l'Orient la laissa soupirer.
Antoine , qui l'aima jusqu'à l'idolâtrie ,
Oublia dans son sein sa gloire et sa patrie ,
Sans oser toutefois se nommer son époux :
Rome l'alla chercher jusques à ses genoux ,
Et ne désarma point sa fureur vengeresse
Qu'elle n'eut accablé l'amant et la maîtresse.
Depuis ce tems , seigneur , Caligula , Néron ,
Monstres dont à regret je cite ici le nom,
Et qui , ne conservant que la figure d'homme ,
Foulèrent à leurs pieds toutes les lois de Rome,
Ont craint cette loi seule , et n'ont point , à nos yeux ,
Allumé le flambeau d'un hymen odieux.
Vous m'avez commandé surtout d'être sincère.
De l'affràrichi Pallas nous avons vu le frère ^
Des fers de Claudius Félix encor flétri ^
De deux reines , seigneur , devenir le mari ;
Et, s'il faut jusqu'au bout que je vous obéisse,
Ces deux reines étaient du sang de Bérénice.
Et vous croiriez pouvoir , sans blesser nos regards , Faire entrer une reine au lit de nos Césars , Tandis que l'Orient dans le lit de ses reines Voit passer un esclave au sortir de nos chaînes ! C'est ce que les Romains pensent de votre amour. Et je ne réponds pas , avant la fin du jour, Que le sénat , chargé des vœux de tout Fempire , Ne vous redise ici ce que je viens de dire ; Et que Rome , avec lui tombant à vos genoux , Ne vous demande un choix digne d'elle et de vous» Yous pouvez préparer, seigneur, votre réponse.
TITUS
Hélas î à quel amour on veut que je renonce !
PAULITs.
Cet amour est ardent , il le faut confesser, *
* Cet amour est ardent, il le faut confesser,
« Il y a dans presque toutes les pièces de Racine , de ces . ?) naïvete's puériles , et ce sont presque toujours des confidens j » qui les disent, Les critiques en prirent occasion de donner I 3> du ridicule au seul nom de Paulin qui fut long-tems \ » un terme de me'pris. Racine eût mieux fait d'ailleurs » de choisir un autre confident , et de ne point le nommer » d'un nom français» (ou plutôt à terminaison française, j car PauUnus et Paulina sont des noms latins ) « tandis qu'il | » laissait à Titus son nom latin. Ce qui est bien plus digne de » remarque , c'est que les railleurs sont toujours injustes ; s'ils
relcvcrcnl les mauvais vers qui e'cîiappent à Paulin, ils oublié-
rcnf qu'il e n débile beaucoup d'excellens. Cçs railleurs s'cpui-