ACTE II, scènf: II
Plus ardent mille fois que tu ne peux penser ,
Paulin. Je me suis fait un plaisir nécessaire
De la voir chaque jour , de l'aimer , de lui plaire.
J'ai fait plus : je n'ai rien de secret à tes yeux;
J'ai pour elle cent fois rendu grâces aux dieux
D'avoir choisi mon père au fond de l'Idumée ,
D'avoir range sous lui l'Orient et l'armée ,
Et , soulevant encor le reste des humains ,
Remis Rome sanglante en ses paisibles mains :
J'ai même souhaité la place de mon père ;
Moi, Paulin, qui, cent fois, si le sort moins sévère
Eut voulu de sa vie étendre les liens ,
Aurais donné mes jours pour prolonger les siens :
Tout cela, (qu'un amant sait mal ce qu'il désire î )
Dans l'espoir d'élever Bérénice à l'empire ,
De reconnaître un jour son amour et sa foi ,
Et de voir à ses pieds tout le monde avec moi.
Malgré tout mon amour, Paulin , et tous ses charmes , *
» sèrentsur \di Bérénice Racine, dont ils sentaient Textrème » mérite dans le fond de leur cœur : ils ne disaient rien de celle » de Corneille , qui était déjà oubliée ; mais ils opposaient Pan- » cien mérite de Corneille au mérite présent de Racine. »
Volt.
^ Malgré fout mon amour, Paulin , et tous ses charmes. On lit dans quelques éditions :
«< Avec tout mon amour , Paulin , et tous ses charmes. » L. B,
246 BÉRÉNICE
Après mille sermens appuyés cle mes larmes , Maintenant que je puis couronner tant d'attraits, Maintenant que je l'aime encor plus que jamais , Lorsqu'un heureux hymen joignant nos destinées Peut payer, en vin jour, les vœux de cinq années, , Je vais, Paulin.... O ciel ! puis^je le déclarer!
PAULIN
Quoi , seigneur ?
Pour jamais je vais m'en séparer.
Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre : Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu t'entendre. Je voulais que ton zèle achevât en secret De confondre un amour qui se tait à regret. Bérénice a long-tems balancé la victoire ; Et si je penche enfin du côté de ma gloire , Crois qu'il m'en a coûté , pour vaincre tant d'amour , Des combats dont mon cœur saignera plus d'un jour. J'aimais , je soupirais dans une paix profonde ; Un autre était chargé de l'empire du monde : Maître de mon destin , libre dans mes soupirs , Je ne rendais qu'à moi compte de mes désirs. Mais à peine le ciel eut rappelé mon père , Dès que ma triste main eut fermé sa paupière , De mon aimable erreur je fus désabusé : / Je sentis le fardeau qui m'était imposé; fr*^ Je connus que bientôt , loin d'être à ce que j'aime , \ \ falliiît , cher Paulin , renoncer à moi-même \