‹ AndromaqueChapitre 127 sur 176 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Et que le choix des dieux , contraire a mes amours , Livrait à l'univers le reste de mes jours. Rome observe aujourd'hui ma conduite nouvelle : Quelle honte pour moi , quel présage pour elle , Si , dès le premier pas renversant tous ses droits , Je fondais mon bonheur sur le débris des lois! Résolu d'accomplir ce cruel sacrifice , J'y voulus prépare^ la triste Bérénice.

Mais par où commencer? Vingt fois , depuis huit jours, J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours ; Et, dès le premier mot, ma langue embarrassée Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée. J'espérais que du moins mon trouble et ma douleur Lui feraient pressentir notre commun malheur : Mais, sans me soupçonner, sensible à mes alarmes, Elle m'offre sa main pour essuyer mes larmes , Et ne prévoit rien moins , dans cette obscurité , Que la fin d'un amour qu'elle a trop mérité. ' Enfin , j'ai ce matin rappelé ma constance. Il faut la voir , Paulin , et rompre le silence. J'attends Antiochus pour lui recommander ^

' Que la fin ^mour guclle a trop mérité,

^ VARIAlSfTE.

« Que la perte d'un cœur qu'elle a trop mérité. » L. B.

- J"* attends Antiochus pour lui recommander ^ etc. Anliochus , amoureux de Bére'nice , va êire cliaT oé de îa

248 BÉRÉNICE

Ce dépôt précieux que je ne puis garder : Jusque dans l'Orient je veux qu'il la remëne. Demain Rome avec lui verra partir la reine. Elle en sera bientôt instruite par ma voix ; Et je vais lui parler pour la dernière fois. '

PAULIN

Je n'attendais pas moins de cet amour de gloire Qui par-tout après vous attacha la» victoire. La Judée asservie, et ses remparts fumans, De cette noble ardeur éternels monumens, Me répondaient assez que votre grand courage Ne voudrait pas , seigneur , détruire son ouvrage ; Et qu'un béros , vainqueur de tant de nations , Saurait bien tôt ou tard vaincre ses passions.

TITUS

Âh ! que sous de beaux noms cette gloire est cruelle !

Combien mes tristes yeux la trouveraient plus belle ,

S'il ne fallait encor qu'affronter le trépas !

Que dis-je ? Celte ardeur que j'ai pour ses appas ,

Bérénice en mon sein l'a jadis allumée.

Tu ne l'ignores pas : toujours la renommée

•ronduire ; c*est par ce fil heureux que Racine , avec le sujet le plus mince , sait intéresser jusqu'à la fin. L. B. *

* On n'intéresse pas par un fd; mais il y a en effet dans celte marche , un art que le commentateur a raison de remarquer.

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