ACTE II, SCÈNE IV
N'a-t-il que des états qu'il me puisse donner?
Depuis quand croyez-vous que ma grandeur me touche ?
Un soupir , un regard , un mot de votre bouclie ,
Voilà l'ambition d'un cœur comme le mien :
Voyez-moi plus souvent, et ne me donnez rien.
Tous vos momens sont-ils dévoués à l'empire ?
Ce cœur, après huit jours, n'a~t-il rien à me dire?
Qu'un mot va rassurer mes timides esprits 1
Mais parliez- vous de moi quand je vous ai surpris?
Dans vos secrets discours étais -je intéressée,
Seigneur? Etais-je au moins présente à la pensée?
TITUS
N en doutez point, madame ; et j'atteste les dieux Que toujours Bérénice est présente à mes yeux. L'ahsence ni le tems, je vous le jure encore, Ne vous peuvent ravir ce cœur qui vous adore.
^ N^en doutez point , madame , etc.
« Ces mots de madame et de seigneur ne sont que des com- » plimens français. On n'employa jamais , chez les Grecs ni » chez les Romains, la valeur de ces termes. C'est une remar- » que qu'on peut faire sur toutes nos trage'dies. Nous ne nous » servons point des mots monsieur et madame dans les comé- >) dies tire'es du grec. L'usage a permis que nous appelions les » Grecs et les Romains seigneur ^ et les Grecques et les Ro- » maines madame ; usage vicieux en soi , mais qui cesse de » l'être puisque le tems l'a autorise'. » Volt.
256 BÉRÉNICE
BÉRÉNICE
Hé quoi ! vous me jurez une éternelle ardeur , Et vous me la jurez avec cette froideur î Pourquoi même du ciel attester la puissance ? Faut-il par des sermens vaincre ma défiance? Mon cœur ne prétend point , seigneur , vous démentir , Et je vous en croirai sur un simple soupir.
TITUS
Madame..»
Hé bien! seigneur? Mais quoi ! sans me répondre, Vous détournez les yeux , et semblez vous confondre ! Ne m'offrirez-vous plus qu'un visage interdit? Toujours la mort d'un père occupe votre esprit ? Rien ne peut-il cliarmer l'ennui qui vous dévore ?
TITUS
Plût aux dieux que mon père , hélas 1 vécût encore ! Que je vivrais heureux î
BÉRÉNICE
Seigneur , tous ces regrets De votre piété sont de justes effets.
Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire ; "Vous devez d'autres soins à Rome, à votre gloire. De mon propre intérêt je n'ose vous parler. Bérénice autrefois pouvait vous consoler : Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée.