ACTE II, SCÈNE V
Et pût mettre à mes pieds plus d'empires que toi ; Que de sceptres sans nombre il put payer ma flamme ; Que ton amour n'eut rien à donner que ton ame ! C'est alors , cher Titus , qu'aimé , victorieux , ïu verrais de quel prix ton cœur est à mes yeux. Allons, Phënice ; un mot pourra le satisfaire. ' i Rassurons-nous, mon cœur, je puis encor lui plaire. Je me comptais trop tôt au rang des malheureux :
^ Allons , Phénice ; un mot pourra le satisfaire.
Il y a de l'adresse à faire croire à Be're'nîce que Titus est jaloux d'Antiochus , et qu'elle pourra aisément de'truire Pobstacle faible qu'elle imagine : cette erreur la rend encore plus iaîéressante. L. B.
- Rassurons -nous , mon cœur.
Cette manière de s'adresser à son cœur , à ses yeux ^^tni plu-< |ôt la de'clamation que la vraie passion. On en voit beaucoup d'exemples dans Corneille , et l'on en trouve quelques -uns dani? Racine. L. B. *
^ Quand Emilie dit , dans Cinna :
Tout bjeau , ma passion , deviens un peu moins forte , je suis tenté de rire. Quand Bérénice dit :
Rassurons-nous , mon cœur , je puis encor lui plaire,
je me sens ému , et la déclamation n'émeut pas. Ce que dit le commentateur de ces sortes d'apostrophes , est vrai en général , et il l'a dit d'après Voltaire. Mais il aurait dû ajouter qu'il y a des exceptions qui dépendent des convenances particulières, dont le goût seul peut décider. Yoltaire n'a point censuré ce Racine, ni. ta
262 BÉRÉNICE
Si ïitiis est jaloux , Titus est amoureux. *
vers de Bérénice ; c'est qu'il est bien à sa place , et qu'il a ton de la vérité'.
^ Si Titus est jaloux , Titus est amoureux.
Ce sentiment , tout de'licat qu'il est , tient peut-être un pe trop du madrigal. Mais tel est le mérite de Racine , qu'on es souvent forcé de l'admirer jusque dans ses défauts. En effet , c vers plus élégiaque que tragique , et peu digne en apparen de trouver place dans un drame , devient essentiel à cet acte puisqu'il renferme un sentiment de sécurité chez Bérénice, qu'il sert à renouveler l'action de la pièce , en relevant les espe rances de la reine , et les vœux du spectateur qui s'intéress pour elle. L. B-