‹ AndromaqueChapitre 161 sur 176 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

TITUS

Paulin , je suis perdu , je n'y pourrai survivre. Le reine veut mourir. Allons , il faut la suivre. Gourons à son secours.

qui s'opposent à son mariage. Mais est-il vrai qu'en ge'ne'ral cette scène ne soit pas ce qiieîle doit être? Quelques fautes peuvent-elles atténuer )x ce point tant de beautés attendrissantes qui , dans leur genre, sont au premier rang ? IN'y a-t-il pas une sensibilité' profonde dans ces vers , dont Péle'gance est le moindre mérite :

Dans un mois , dans un an , comment souffrirons-nous , Seigneur , que tant de mers me séparent de vous? Que le jour recommence , et que le jour finisse , Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, Sans que , de tout le jour , je puisse voir Titus ?

La tendresse éplorée a-t-elle un langage plus pénétrant et des accens plus enchanteurs ? Chaque mot n'est-il pas un sentiment ? Chaque hémistiche n'est-il pas de la mélodie? Les adieux de Bérénice , où il n'y a que de la tendresse et de la douleur , ne sont-ils pas comparables à ceux de Didon , si violens et si terribles ? La perfection n'est-elîe pas la même , quoique l'amour, blessé dans toutes deux, ait dans toutes les deux un caractère différent ? J'ai toujours vu cette scène faire verser beaucoup de larmes , et la sortie de Bérénice est toujours suivie de beaucoup d'applaudissemens. Quand les fautes d'une scène n'otent rien à l'effet des beautés , on peut présumer qu'elles ne sont pas d'une grande conséquence : il était facile de les faire disparaître ; mais je pense qu'il eût été très-difficile à Voltaire même , de faire de la scène quelque chose de meilleur.

3oo BÉRÉNICE,

PAULIN

Hé quoi î n'avez-TOus pas Ordonné dès tantôt qu'on observe ses pas? Ses femmes , à toute heure autour d'elle empressées , Sauront la détourner de ces tristes peusées. Non , non , ne craignez rien. Voilà les plus grands coups , Seigneur ; continuez , la victoire est à vous. Je sais que sans pitié vous n'avez pu l'entendre ; Moi-même en la voyant je n'ai pu m'en défendre. Mais regardez plus loin : songez , en ce malheur , Quelle gloire va suivre un moment de douleur ; Quels applaudissemens l'univers vous prépare ; Quel rang dans l'avenir... .

TITUS

Non ; je suis un barbare. Moi-même je me hais. Néron , tant détesté, * N'a point à cet excès poussé sa cruauté. Je ne souffrirai point que Bérénice expire, i Allons: Rome en dira ce qu'elle en voudra dire.

PAULIN

Quoi! seigneur!

★ Néron y tant détesté,..,

« Autre exagération puérile. Quelle comparaison y a-t-il i » faire d^un homme qui n'épouse pas sî: maîtresse , àun mons-^ » tre qui fait assassiner sa mère ? » Volt.

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