SCÈNE V
TITUS, BÉRÉNIC?:, PHÉNICE.
BÉRÉNICE
Non , je n'écoute rien. Me voilà résolue ; Je veux partir. Pourquoi vous montrer à ma vue ? Pourquoi venir encore aigrir mon désespoir ? N'êtes-vous pas content? Je ne veux plus vous voir.
TITUS
Mais , de grâce , écoutez.
BÉRÉNICE
11 n'est plus tems.
Un mot.
Non.
Madame ,
BERENICE
Dans quel trouble elle jette mon ame î Ma princesse , d'où vient ce cliangement soudain ?
BÉRÉNICE
C'en est fait. Vous voulez que je parte demain; Et moi j'ai résolu de partir tout-à-l'heure : Et je pars.
3l2 BÉRÉNICE, TITUS.
Demeurez.
BÉRÉNICE
Ingrat ! que je demeure ?
Et pourquoi? pour entendre un peuple injurieux * Qui fait de mon malheur retentir tous ces lieux ? Ne l'entendez- vous pas cette cruelle joie , Tandis que dans les pleurs moi seule je me noie ? Quel crime , quelle offense a pu les animer ? Hélas ! et qu'ai-je fait que de tous trop aimer ?
TITUS
Ecoutez-vous , madame , ime foule insensée ?
BÉRÉNICE
Je ne vois rien ici dont je ne sois blessée.
Un peuple injurieux....
Injurieux , dans rexactltude de ïa prose , ne peut s'appliquer qu'aux choses. Mais on sait que la poésie peut transporter les épithètes des choses aux personnes , et des personnes aux choses : c'est un de ses privilèges et une de ses beaute's , quand le goût préside au choix qu'elle en fait. On ne dirait pas non plus en prose entendre une joie; mais comme la joie est bruyante ,
Ne l'entendez-vous pas cette cruelle joie ? est un beau vers; et toutes ces hardiesses bien amenées font la langue du poëte. Nous ne les remarquons pas toutes , à beaucoup près ; c'est à ceux qui veulent se former le goût et étudier ks secrets de la versification , à lire Racine daas cet esprit.