‹ AndromaqueChapitre 170 sur 176 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TITUS, BÉRÉNIC?:, PHÉNICE.

BÉRÉNICE

Non , je n'écoute rien. Me voilà résolue ; Je veux partir. Pourquoi vous montrer à ma vue ? Pourquoi venir encore aigrir mon désespoir ? N'êtes-vous pas content? Je ne veux plus vous voir.

TITUS

Mais , de grâce , écoutez.

BÉRÉNICE

11 n'est plus tems.

Un mot.

Non.

Madame ,

BERENICE

Dans quel trouble elle jette mon ame î Ma princesse , d'où vient ce cliangement soudain ?

BÉRÉNICE

C'en est fait. Vous voulez que je parte demain; Et moi j'ai résolu de partir tout-à-l'heure : Et je pars.

3l2 BÉRÉNICE, TITUS.

Demeurez.

BÉRÉNICE

Ingrat ! que je demeure ?

Et pourquoi? pour entendre un peuple injurieux * Qui fait de mon malheur retentir tous ces lieux ? Ne l'entendez- vous pas cette cruelle joie , Tandis que dans les pleurs moi seule je me noie ? Quel crime , quelle offense a pu les animer ? Hélas ! et qu'ai-je fait que de tous trop aimer ?

TITUS

Ecoutez-vous , madame , ime foule insensée ?

BÉRÉNICE

Je ne vois rien ici dont je ne sois blessée.

Un peuple injurieux....

Injurieux , dans rexactltude de ïa prose , ne peut s'appliquer qu'aux choses. Mais on sait que la poésie peut transporter les épithètes des choses aux personnes , et des personnes aux choses : c'est un de ses privilèges et une de ses beaute's , quand le goût préside au choix qu'elle en fait. On ne dirait pas non plus en prose entendre une joie; mais comme la joie est bruyante ,

Ne l'entendez-vous pas cette cruelle joie ? est un beau vers; et toutes ces hardiesses bien amenées font la langue du poëte. Nous ne les remarquons pas toutes , à beaucoup près ; c'est à ceux qui veulent se former le goût et étudier ks secrets de la versification , à lire Racine daas cet esprit.

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