ACTE V, SCÈNE V. 3l
Tout cet appartement prépare par vos soins , Ces lieux , de mon amour si long-tems les témoins , Qui, semblaient pour jamais me répondre du vôtre , Ces festons , où nos noms enlacés l'un dans l'autre A mes tristes regards viennent par-tout s'offrir, Sont autant d'imposteurs que je ne puis souffrir- Allons, Phénice.
TITUS
O ciel ! que vous êtes injuste !
BÉRÉNICE
Retournez, retournez vers ce sénat auguste Qui vient vous applaudir de votre cruauté. Hé bien ! avec plaisir l'avez-vous écouté ? Êtes-vous pleinement content de votre gloire? Avez-vous bien promis d'oublier ma mémoire ? ' Mais ce n'est pas assez expier vos amours : Avez-vous bien promis de me haïr toujours ?
TITUS
Non, je n'ai rien promis. Moi, que je vous haïsse? Que je puisse jamais oublier Bérénice?
Ah ! dieux ! dans quel moment son injuste rigueur De ce cruel soupçon vient affliger mon cœur ! Connaissez-moi ^ madame , et depuis cinq années
^ Avez-çous bien promis oublier ma mémoire?
On prétend que les mêmes choses avaient e'te' dites à Louis XIV.
3l4 BÉRÉNICE,
Comptez tous les momens et toutes les journées Ou , par plus de transports et par plus de soupirs , Je vous ai de mon cœur exprimé les désirs; Ce jour surpasse tout. Jamais , je le confesse, Vous ne fûtes aimée avec tant de tendresse ; El jamais...
BÉRÉNICE
Vous m'aimez, vous me le soutenez, ^ Et cependant je pars , et vous me l'ordonnez ! Quoi! dans mon désespoir trouvez-vous tant de charmes? Craignez- vous que mes yeux versent trop peu de larmes ? Que me sert de ce coeur l'inutile retour ? Ah ! cruel ! par pitié montrez-moi moins d'amour : Ne me rappelez point une trop chère idée ; Et laissez-moi du moins partir persuadée Que, déjà de votre ame exilée en secret, J'abandonne un ingrat qui me perd sans regret.
{Titus lit une lettre. ) Vous m'avez arraché ce que je viens d'écrire. Voilà de votre amour tout ce que je désire : Lisez, ingrat, lisez, et me laissez sortir. '
* Zisez f ingrat , lisez , et me laissez sortir*
Il y a, selon nous , bien de Tadresse à laisser deviner, par la réponse de Titus , le parti que Bérénice a pris. L. B. *
* Cela est vrai, et cette manière de faire connaître au spectateur la resolution de Bérénice , vaut beaucoup mieux que la lijclure même de la lettre , que faisait Titus à la première re-