SCENE YL TITUS, BÉRÉNICE
TITUS
Madame , il faut vous faire un aveu véritable. Lorsque j'envisageai le moment redoutable Où, pressé par les lois d'vm austère devoir, Il fallait pour jamais renoncer a vous voir; Quand de ce triste adieu je prévis les approches , Mes craintes , mes combats , vos larmes, vos reproches, Je m'attendis , madame , à toutes les douleurs ' Que peut faire sentir le plus grand des malheurs :
présentation. Un plaisant cria que c'était h testament de Bérénice i la plaisanterie ne valait pas grand^c/iose ; mais elle occasionna un changement fort heureux. Le talent profite de tout.
' Je attendis , madame , à toutes tes douleurs. On lit dans quelques e'ditions :
« Je pre'parai mon âme à toutes les douleurs. » L. B.
3l6 BÉRÉNICE,
Mais , quoi que je craignisse , il faut que je le die ,
Je n'en avais prévu que la moindre partie;
Je croyais ma vertu moins prête à succomber,
Et j'ai honte du trouble où je la vois tomber.
J'ai vu devant mes yeux Rome entière assemblée ;
Le sénat m'a parlé : mais mon ame accablée
Ecoutait sans entendre , et ne leur a laissé ,
Pour prix de leurs transports , qu'un silence glacé, j
Rome de votre sort est encore incertaine.
JMoi-même , à tous momens , je me souviens à peine
Si je suis empereur , ou si je suis Romain.
Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein :
Mon amour m'entraînait , et je venais peut-être
Pour me chercher moi-même , et pour me reconnaître.
Qu'ai- je trouvé ? Je vois la mort peinte en vos yeux ;
Je vois pour la chercher que vous quittez ces lieux.
C'en est trop. Ma douleur , à cette triste vue ,
A son dernier excès est enfin parvenue ; |
Je ressens tous les maux que je puis ressentir;
Mais je vois le chemin par où j'en puis sortir.
Ne vous attendez point que , las de tant d'alarmes ,
Par un heureux hymen je tarisse vos larmes.
En quelque extrémité que vous m'ayez réduit ,
Ma gloire inexorable à toute heure me suit ;
Sans cesse elle présente à mon ,ame étonnée
L'empire incompatible avec votre hyménée ;
Me dit qu'après l'éclat et les pas que j'ai faits,
Je dois vous épouser encor moins que jamais.