ACTE V, SCÈNE YL Siy
Oui, madame , et je dois moins encore vous dire ' Que je suis prêt pour vous d'abandonner l'empire , De vous suivre , et d'aller, trop content de mes fers , Soupirer avec vous au bout de l'univers. Vous-même rougiriez de ma lâcbe conduite : Vous verriez à regret marcher à votre suite Un indigne empereur sans empire , sans cour , Vil spectacle aux humains des faiblesses d'amour. Pour sortir des tourmens dont mon ame est la proie ,
^ Oui, madame y et je dois moins encore vous dire , etc.
Ce vers semble être la critique de ceux de Corneille, où Titus dit à Bére'nice, acte IV, scène v :
He' bien ! madame , il faut renoncer à ce titre , Qui de toute la terre en vain me fait l'arbitre. Allons dans vos e'tats m'en donner un plus doux ; Ma gloire la plus haute est celle d'être à vous. Allons où je n'aurai que vous pour souveraine , Où vos bras amoureux seront ma seule chaîne, Où l'hymen en triomphe à jamais l'étreindra ; Et soit de Rome esclave et maître qui voudra. L. B. *
* Ces vers de Corneille sont ridicules : les quatre derniers le sont même par l'expression. La chaîne des bras amoureux est faite pour une pastorale ; et l'on voit que les fadeurs àe. Corneille passent de beaucoup les petites faiblesses de Racine. Cependant on ne disait rien des unes, et l'on fait encore aujourd'hui grand bruit des autres. C'est que les fadeurs de Corneille n'empêchèrent passa ^^?V/7/?//;^ d'être oublie'e, et que les faiblesses de Racine n'empêchent pas qu'on ne lise sa pièce avec de'lices.
3ï8 BÉRÉNICE,
Il est, vous le savez , une plus noble voie.
Je me suis vu, madame, enseigner ce chemin
Et pu'ir plus d'un lier os et par plus d'un Romain :
Lorscpie trop de malheurs ont lassé leur constance,
Ils ont tous expliqué cette persévérance
Dont le sort s'attachait à les persécviter ,
Comme un ordre secret de n'y plus résister.
Si vos pleurs plus long-tems viennent frapper ma vue,
Si toujours à mourir je vous vois résolue.
S'il faut qu'à tous momens je tremble pour vos jours ,
Si vous ne me jurez d'en respecter le cours ,
Madame , à d'autres pleurs vous devez vous attendre ;
En l'état où je suis je puis tout entreprendre ;
Et je ne réponds pas que ma main , à vos yeux ,
N'ensanglante à la fin nos funestes adieux. '
' Et je ne réponds pas que ma main , à ços yeux , ensanglante à la fin nos funestes adieux.
Si TiUis était réellement décidé à se donner la mort pour une femme , il ne serait pas plus digne d'être empereur , que s'il abandonnait l'empire pour suivre Bérénice en Asie. Titus ne parle sans doute du dessein où il est de s'oter la vie , que pour intimider Bérénice, et l'exciter à conserver ses jours.
* Cette remarque , qui est empruntée à Louis Racine , est judicieuse. On peut ajouter que la menace est tournée de manière à effrayer une amante ; sans que le spectateur puisse y croire sérieusement.