‹ AndromaqueChapitre 18 sur 176 · ACTE T, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE T, SCÈNE II

A qui m'effacera plutôt de sa mémoire?

Vous Fai-jc confié pour en faire mi ingrat? Pour cire , sous son nom , les maîtres de l'état ? Certes , plus je médite , et moins je me fiigure Que vous m'osiez compter pour votre créature ; * Vous dont j'ai pu laisser vieillir l'ambition Dans les honneurs obscurs de quelque légion ;

derait: Disputez-vous à qui ni effacera La gloire est de trop

pour la règle, ou bien il faudrait /^r ^/c//-^ de effacer. Mais comme la phrase est suspendue par l'intervalle d'un vers à l'autre , le poète a trouvé moyen de mettre une ide'e de plus à la faveur d'une espèce d'ellipse qu'il laisse remplira l'imagination. Disputez-vous la gloire , en disputant à qui..... et la clarté et la plénitude du sens font oublier l'irrégularité. Mais on ne saurait trop redire que ces sortes de hardiesses ne doivent être risquées que par le talent assez sûr de lui-même pour juger ce qu'on peut hasarder contre la grammaire en la faisant oublier, c'est-à-dire, sans blesser l'oreille et la raison , qui ne manquent jamais de réclamer la règle dès que l'irrégularité se fait sentir. L'art de Racine consiste à la dérober, et cet art n'appartient qu'au génie.

* Que vous m ^ osiez compter pour votre créature.

Créature était le mot propre et nécessaire , l'expression de la chose ; mais il fallait qu'il fût aussi bien placé qu'il l'est ici , pour que la poésie pût le dérober à l'histoire.

Vous dont f ai pu laisser vieillir V ambition Dans les honneurs obscurs de quelque légion.

Dans cette suite d'expressions remarquables par leur nou-

48 ERITANNICUS,

Et moi , qui sur le trône ai suivi mes ancêtres , Moi, fille , femme, sœur et mcre de vos maîtres. * Que pré tendez- vous donc ? Pensez-vous que ma voix Ait fait un empereur pour m'en imposer trois ? INe'ron n'est plus enfant. N'est-il pas tems qu'il règne? Jusqu'à quand voulez-vous que l'empereur vous craigne? Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux? Pour se conduire çnfin n'a-t-il pas ses aïeux? Qu'il clioisisse , s'il veut, d'Auguste ou de Tibère ; Qu'il imite , s'il peut , Germanicus mon père. Parmi tant de héros je n'ose me placer ; Mais il est des vertus que je lui puis tracer ; Je puis l'instruire, au moins , combien sa confidence Entre un sujet et lui doit laisser de distance.

BURRHUS

Je ne m'étais chargé , dans cette occasion ,

veauté , Telégance est si frappante , qu'elle cache pour ainsi j dire la force , et c*est ce qui fait que d'ordinaire on ne croit pas îe style de Racin^ aussi fort qu'il l'est re'ellement.

^ Moi , fille , femme , sœur et mère de vos maîtres. «

Agrippine, fille de Germanicus associé à l'empire, sœur de Caligula , femrpe de Claude et mère de Néron , est jusquà i présent le seul exemple d^une femme qui ait été fille , sœur, épouse #/ mère d^ un empereur. Tacite , Annal, liv. XII.

On trouve ce vers de Racine imité , dans la comédie du Procureur arbitre , d'une manière assez plaisante:

Moi , fille , femme , mère et sœur de procureur, L. 15,

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