‹ AndromaqueChapitre 20 sur 176 · ACTE I, SCÈNE II. 5l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. 5l

Home , a trois affranchis si longtems asservie , '

A peine respirant du joug qu'elle a porté,

Du règne de Néron compte sa liberté.

Que dis-je ? la vertu semble même renaître.

Tout l'empire n'est plus la dépouille d'un maître ;

^ Rome, à trois affranchis si long-tems asservie.

Ces affranchis étaient Pallas, Caliistus et Narcisse, qui eu-rent sous Claude le plus grand crédit. L. B.

* Du règne de Néron compte sa liberté.

Proprement on ne peut appliquer ce mot compter c{vC?i ce qui offre une idée de nombre; aussi cette idée est-elle ici eîliplifjuement renfermée. On sent que Burrhus veut dire que Borne compte les jours de sa liberté ^ du règne de Néron. La poésie seule permet ces sortes d'ellipses. La prose , qui n'est pas obligée d'aller si vite , et qui a son genre de précision , risquerait de se dénaturer et de tomber bientôt dans l'obscurité si elle se permettait de dire , par exemple : Je compte mon bonheur du jour de mon mariage.

Tout V empire n^ est plus la dépouille d^un maître. Tout r empire nest plus une dépouille enlevée par un maître : Voilà ce que le poëte veut dire. Le dit-il ? La proie d^un maiire serait clair et juste. J'oserais affirmer que la dépouille n'est

ici ni l'un ni l'autre. La dépouille de n'a jamais signifié, ne

peut jamais signifier que la dépouille prise à quelqu'un , prise sur quelque chose , la dépouille des ennemis , la dépouille d^un pays , la dépouille d^un temple y etc. Donner à cette phrase un sens tout contraire , ce n'est pas enrichir la langue , c'est la dénaturer. Plus cette espèce de faute est rare dans Racine , moins il est permis de la dissimuler. Ce vers devait être changé ou supprimé.

t)'J, , BRÏTÂNNICUS, Le peuple au çhamp de Mars nomme ses magistrats ; César nomme les chefs sur la foi des soldats ; Thraséas au sénat, Corbulon dans l'armée, Sont encore innocens malgré leur renommée ; Les déserts , autrefois peuplés de sénateurs , ' Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue à nous croire , Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire; Pourvu que , dans le cours d'un règne florissant , Rome soit toujours libre, et César tout-puissant? Mais, madame, Néron suffit pour se conduire.'*^

Racine le fils , qui a d'autant plus de tort de vouloir tout Justifier, que son père en a plus rarement besoin , s'exprime sur te vers de façon à en faire la critique sans s'en douter : « Un » étranger qui cherchera dépouille dans un dictionnaire , pour- » ra-t-il jamais comprendre tout ce qu'à cet endroit fait entenî> dre ce mot ? » Non sans doute , et c'est pour cela que ce vers est vicieux ; car il ne s'agit pas ici de finesses de langage qu'un étranger peut ne pas sentir ; il s'agit du sens propre d'un mot qui doit être le même pour tout le monde.

* Les déserts , autrefois peuplés de sénateurs. Ne sont plus habités que par leurs délateurs.

Ces deux vers sont une traduction du passage suivant du patiégyrique de Trajan : Insulas quas modo senatorum , jam delàtorum turba compleçerat, L. B.

* Mais , madame , Néron su/fit pour se conduire. Expression éle'ganle , parce qu'elle n'appartient qu'à la poi'sie.

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