ACTE I, SCÈNE IL
J'obéis , sans prétendre à l'honneur de l'instruire ; Sur ses aïeux , sans doute, il n'a qu'à se régler; Pour bien faire, Néron n'a qu'à se ressembler. Heureux si ses vertus l'une à l'autre enchaînées Kamènent tous les ans ses premières années î
AGRIPPINE
Ainsi , sur l'avenir n'osant vous assurer , Vous croyez que sans vous Néron va s'égarer. Mais vous qui, jusqu'ici content de votre ouvrage, Venez de ses vertus nous rendre témoignage , Expliquez-nous pourquoi, devenu ravisseur, Néron de Silanus fait enlever la sœur?
Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie ? De quoi l'accuse-t-il ? et par quel attentat Devient-elle en un jour criminelle d'état; Elle qui , sans orgueil jusqu'alors élevée , N'aurait point vu Néron , s'il ne l'eut enlevée , Et qui même aurait mis au rang de ses bienfaits L'heureuse liberté de ne le voir jamais ?
En prose on dirait : Néron en sait assez pour se conduire; Néron est en état de se conduire par lui-même. En prose , suffit^ en parlant des personnes , ne s'emploie guères dans un sens réfle'chi. On dirait bien : Un médecin suffit pour guérir un malade , mais non pas un médecin suffit pour se guérir. Ce sont ces nuances qui distinguent la poésie de la prose.
BRIïANNICUS,
BURRHUS
Je sais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée. Mais jusqu'ici César ne l'a point condamnée , Madame. Aucun objet ne blesse ici s( S yeux; Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux. Vous savez que les droits qu'elle porte avec elle Peuvent de son époux faire un prince rebelle ; Que le sang de César ne se doit allier Qu'à ceux à qui César le veut bien confier ; Et vous-même avoùrez qu'il ne seroit pas juste Qu'on disposât sans lui de la nièce d'Auguste. *
AGKIPPIIS E.
Je vous entends : Néron m'apprend par votre voix Qu'en vain Brilannicus s'assure sur mon choix. En vain , pour détourner ses yeux de sa misère, J'ai flatté son amour d'un hymen qu'il espère : A ma confusion , Néron veut faire voir Qu'Agrippine promet par-delà son pouvoir. Rome de ma faveur est trop préoccupée ;
' Et vous-même açoûrez qu^il ne serait pas juste Qu^on disposât sans lui de la nièce d"* Auguste.
Nièce est ici poétiquement pour arrière-petite-fiUe ; car Junie ne pouvait appartenir de plus près à Auguste qu'Agrippine , mère de Ne'ron, qui n'était que la fille d'une petite fille d'Auguste. Tacite dit expressément que Sllanus, frère de Junie , était arrière - petit > fils d'Auguste : Augusti ab-nepos. Annal,
lîv. XL L. B.