‹ AndromaqueChapitre 26 sur 176 · ACTE I, SCÈNE IV. f)I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV. f)I

La prendre pour arbitre entre son fils et moi? Qu'en dis-tu? IN 'est-ce point cette même Agrippiue Que mon père épousa jadis pour ma ruine , Et qui , si je t'en crois, a de ses derniers jours, Trop lents pour ses desseins , précipité le cours ?

NARCISSE

N'importe : elle se sent comme vous outragée ; I A vous donner Junie elle s'est engagée : Unissez vos chagrins, liez vos intérêts. Ce palais retentit en vain de vos regrets : Tandis qu'on vous verra , d'une voix suppliante , '

père lui avait recommandé, le seul qui eût paru //// rester fi^ dele , dont il reconnaît lui-même avoir reçu des services , et fju'enfm il doit croire dans la disgrâce , et par conséquent disposé à entrer dans les intérêts de son jeune maître dépossédé. Si Narcisse a eu l'adresse de s'insinuer secrètement dans la confidence de Néron, et si Néron se fait un plaisir de corrompre un des domestiques de Britannicus , tous deux en cela soutiennent leur caractère , tous deux font leur rôle , l'un de tyran, l'autre d'esclave ; et tous les motifs que je viens d'expliquer sont énoncés dans la pièce même , suivant l'usage de Racine , qui conduit et dialogue ses pièces de façon à répondre d'avance à toutes les objections.

' Tandis qiCon vous verra , d^itne voix suppliante. On lisait d'abord :

« Tant que l'on vous verra , d'une voix suppliante. »

* l'ont que valait mieux que tandis quel celui-ci veut dire

Semer ici la plainte et non pas rëpouvante ,

Que vos ressentimens se perdront en discours ,

Il n'en faut point douter , vous vous plaindrez toujours.

Ah ! Narcisse , tu sais si de la servitude

Je prétends faire encore une longue habitude;

Tu sais si pour jamais , de ma chute étonné ,

Je renonce à l'empire où j'étais destiné. '

Mais je suis seul encor : les amis de mon père

Sont autant d'inconnus que glace ma misère ;

Et ma jeunesse même écarte loin de moi

Tous ceux qui dans le coeur me réservent leur foi.

pendant le tems que ; l'autre aussi long-tems çue , et ce derniei est la pense'e de Tauteur. Peut-être Ta-t-il cru alors moins poétique. L*usage Fa rendu depuis aussi commun en poésie qu'en prose.

' Je renonce à V empire oh étais destiné.

VARIANTE

« Je renonce aux grandeurs où j'e'tais destine'. » L. B.

* Les amis de mon père

Sont autant d^ inconnus que glace ma misère ; Et ma jeunesse même écarte loin de moi ^ etc.

On trouve dans quelques e'ditions :

« Les amis de mon père » Sont autant d'inconnus qii'ccarle ma misère ; » El ma jeunesse même éloigne loin de moi , elc. » L.

ACTE I, SCÈNE IV. 63 Pour moi ^ depuis un an qu'un peu d'expérience M'a donné de mon sort la triste connaissance , Que vois-je autour de moi , que des amis vendus Qui sont de tous mes pas les témoins assidus , Qivi , choisis par Néron pour ce commerce infâme , Trafiquent avec lui des secrets de mon ame ? ' Quoi qu'il en soit , Narcisse, on me vend tous les Jours • Il prévoit mes desseins, il entend mes discours; Comme toi, dans mon coeur il sait ce qui se passe- Que t'en semble , Narcisse ?

ÎÎARCISSE.

Ah ! quelle ame assez bisse...

C'est à vous de choisir des confidens discrets, Seigneur , et de ne pas prodiguer vos secrets.

Narcisse , tu dis vrai ; mais cette défiance ^

' Trafiquent avec lui des 'secrets de mon ame.

Ce vers est très-beau pour Texpression ; c'est d'ailleurs le portrait de Narcisse , que Britannicus fait sans le savoir. L. B.

* Mais cette défiance

Est toujours d'un grand cœur la dernière science.

Cette maxime, qui est ici un sentiment, parce qu'elle est Texpression simple et naïve du cœur de Britannicus , re'pand de l'intérêt sur le caractère qu'il a dans la pièce, et qui est celui de son âge : on sait d'ailleurs qu'elle est du nombre de celles qui sont devenues les proverbes des honnêtes gens.

Est toujours d'un grand cœur la dernière science; On le trompe long-tems. Mais enfin je te croi , Ou plutôt je fais vœu de ne croire que toi. Mon père , il m'en souvient , m'assura de ton zèle : Seul de ses affrancliis tu m'es toujours fidèle ; Tes yeux , sur ma conduite incessamment ouverts , M'ont sauvé jusqu'ici de mille ëciieils couverts. Va donc voir si le bruit de ce nouvel orage Aura de nos amis excité le courage. Examine leurs yeux , observe leurs discours ; Vois si j'en puis attendre un fidèle secours. Surtout , dans ce palais , remarque avec adresse Avec quel soin Néron fait garder la princesse : Sache si du péril ses beaux yeux sont remis , * Et si son entretien m'est encore permis. Cependant de Néron je vais trouver la mère Chez Palias , comme toi l'affranchi de mon père : Je vais la voir , l'aigrir, la suivre, et , s'il se peut,

* Sache si du péril ses beaux yeux sont remis.

Les yeux et les beaux yeux revenaient beaucoup trop souvent dans Andromaque \ c'e'talent de ces expressions parasites que ne permet pas le style soutenu et soigné. Les beaux yeux particulièrement ne doivent guères entrer dans une tragédie : c'est un mot que la galanterie a rendu si trivial , qu'elle Ta presqu'enlevé à Pamour. On peut le passer à Textrême jeunesse de Britannicus, et désormais on le verra très- rarement dans les pièces de Racine.

ACTE I, SCÈNE lY. 65 M'engager sous son nom plus loin qu'elle ne veut. *

* Et, il se peut f

engager sous son nom plus loin quelle nç veut.

Le commentateur trouve cette politique trop fine pour le ça« ractère de Britannicus , qui est la candeur et la franchise. Mais i la candeur et la franchise ne doivent point aller jusqu'à l'absence I totale des vues les plus communes. Britannicus a de'jà fait voir I qu'il en sait assez pour ne pas croire qu'Agrippine îe serve par j intérêt pour lui. Il lui est bien permis de travailler pour luimême : il ne convenait pas qu'il parût dénué de tous moyens personnels , et l'on verra au troisième acte qu*il les a employés de manière à pouvoir alarmer Agrippine elle-même. C'est ce que le poè'te a su préparer , comme il le devait , par ces vers qui terminent le premier acte assez heureusement, pui?(ju'ib ajoutent à Pattente ^xx. spectateur»

tlN BU PREMIER ACTE^

Page 1