LE DUC DE CHEVREUSE
V ous serez peut être étonné de voir votre nom a la tête de cet ouvrage ; et si je vous avais demandé la
'''Ce duc de Chevreuse était un des hommes les plus honnêtes et les plus éclairés de la cour : je n'ajouterai pas que c'était un des plus religieux ; c'était alors un mérite heureusement assez commun. Mais pdur confirmer les éloges que je lui donne ici, je dois rappeler que ce fut un des plus intimes amis de Fénélon,
ÉPITRE DÉDICATOIRE
permission de vous l offrir , je doute si je V aurais * obtenue. Mais ce serait être en cjuelcjue sorte ingrat, que de cacher plus long-tems au monde les bontés dont vous m avez toujours honoré. Quelle apparence qu un homme qui ne travaille que pour la gloire , se puisse taire d une protection aussi glorieuse que la votre F
Non, Monseigneur^ // m'est trop avantageux que l on sache que mes amis même ne vous sont pas indifférens , que vous prenez part a tous mes ouvrages , et que vous m'' avez procuré l honneur de lire celui-ci devant un homme dont toutes les heures sont précieuses, V jus fûtes témoin avec quelle pénétration d 'esprit il jugea de V économie de la pièce, et combien l idée qu il s est formée d une excellente tragédie est au-delà de tout ce que j 'en ai pu concevoir,
I Ne craignez pas, MONSEIGNEUR, que je m engage plus avant, et que , n osant le louer en face^ je m adresse a vous pour le louer avec plus de liberté» Je sais qu il serait dangereux de le fatiguer de ses
Il est plus correct de dire , je doute que je V eusse obtenue. Je doute si ne se dit bien que lorsqu'il y a Incertitude entre deux cboses énoncées : Je doute s Ht faut rejeter son témoignage ou y avoir égard ^ etc.
l4 ÉPITRE DÉDÎCATÔIRE*
louanges ; et j ose dire (jue cette même modestie , (jui vous est commune avec lui , n est pas un des moindres liens qui vous attachent Vun al autre.
La modération n 'est qu une vertu ordinaire quand elle ne se rencontre qu avec des qualités ordinaires. Mais qu avec toutes les qualités et du cœur et de l esprit ; qu 'avec un jugement qui^ ce semble, ne devrait être le fruit que de V expérience de plusieurs années; qu avec mille belles connaissances que vous ne sauriez cacher a vos amis particuliers , vous ayez encore cette sage retenue que tout le monde admire en vous , c est sans doute une vertu rare en un siècle où l on fait vanité des moindres choses . Mais je me laisse emporter insensiblement a la tentation de parler de vous ; il faut qu elle soit bien violente , puisque je n ai pu y résister dans une lettre ou je n avais autre dessein que de vous témoigner avec combien de respect je suis ^
Monseigneur ,
Votre très-humhle , très-cbéissani , et très 'fidèle serviteur^
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