ACTE II, SCÈNE III. St
Les avez- vous reçus pour les ensevelir? L'heureux Britannicus verra-t-il sans alarmes Croître , loin de nos yeux , son amour et vos charmes? Pourquoi, de cette gloire exclus jusqu'à ce jour, M'avez-vous , sans pitié , relégué dans ma cour ? On dit plus ; vous souffrez , sans en être offensée , Qu'il vous ose , madame , expliquer sa pensée : Car je ne croirai point que, sans me consulter, La sévère Junie ait voulu le flatter.
Ni qu elle ait consenti d'aimer et d'être aimée , Sans que j'en sois instruit que par la renommée.
JUNIE
Je ne vous nîral point, seigneur, que ses soupirs M'ont daigné quelquefois expliquer ses désirs. Il n'a point détourné ses regards d'une fille SpuI reste du débris d'une illustre famille. Peut-être il se souvient qu'en un tems plus heureux Son père me nomma pour l'objet de ses vœux. Il m'aime ; il obéit à l'empereur son père, Et j'ose dire encore , à vous , à votre mère : Vos désirs sont toujours si conformes aux siens..,
NÉRON
Ma mère a ses desseins, madame, et j'ai les miem. Ne parlons plus ici de Claude et d'Agrippine ; Ce n'est point par leur choix que je me détermine. C'est à moi seul , madame , à répondre de vous ; Et je veux de ma main vous choisir un époux.
82 BRITANKlCUS,
JUISÏIE.
Ah ! seigneur , songez- vous que toute autre alliance Fera honte aux Césars auteurs de ma naissance ?
Non, madame; l'époux dont je vous entretiens Peut sans honte assembler vos aïeux et les siens ; Vous pouvez , sans rougir , consentir k sa flamme.
JU NIE
Et quel est donc , seigneur , cet époux ?
l^îÉROTVf.
Moi , madame*
Tous î
Je vous nommerais , madame , un autre nom , Si j'en savais quelqu'autre au-dessus de Néron. *
* Je vous nommerais , madame \ un autre nom,
Sij^en saçais quelqu^ autre au-dessus de Néron.
Cette re'ponse a de la grandeur ; mais observez que cette grandeur tient au rang et non pas à la personne , et Ne'ron n'en devait pas avoir d'autre. Elle devait servir à donner au langage une sorte de galanterie noble que le seul Racine a connue dans ce siècle, et que sa diction a su e'Iever au ton de la Iragt'die, dont elle est ensuite descendue dans ses plats imitateurs, Campislron , Lagrange, Genest , etc. qui ont bientôt disparu de la scène quand Baron, qui excellait en ce genre, n'utalt plus là pour les faire valoir , et quand le tragique véhe-