ACTE II, SCÈNE IIL
Oui , pour vous faire vmclioix ou vous puissiez souscrire ,
J'ai parcouru des yeux la cour , Rome et l'empire.
Plus j'ai clierchë, madame, et plus je cherche eucor
En quelles mains je dois confier ce tré or,
Plus je vois que Cësar , digne seul de vous plaire ,
En doit être lui seul l'heureux dépositaire ,
Et ne peut dignement vou-: confier qu'eaux mains
A qui Rome a commis l'empire des humains.
Vous-même, consultez vos premières années :
Claudius à son fils les avait destinées ;
Mais c' tait en un tems ou de l'empire entier
Il croyait , quelque jour , le nommer l'héritier.
ment de Voltaire rendit plus insipide ce qui n'était que galanterie. Celle de Louis XIV et de sa cour fut certainement le modèle de Racine en cette partie,- mais lui seul était capable d^ ajouter un charme et une dignité d'expression, qui ont empêché qu'elle ne vieillit chez lui , quand on ne la retrouvait plus nulle part.
Vous m'avez, sans pitié , relégué dans ma cour.
Je ne vais quelquefois respirer à vos pieds , etc.
Les grâces nobles de ce style soutiennent ce qui ne saurait être passionné : elles conviennent d'autant plus à Néron tant qu'il ne veut paraître qu'amant, qu'on sait qu'il ne manquait ni d'esprit ni de culture: c'est un beau vernis, dont la main savante du poè'te pouvait couvrir un moment la face hideuse de la tyrannie , mais qui tombe dès que Junie a répondu ; alors î« monstre reparait j il ne caresse plus ; il rugit.
Les dieux ont prononcé. Loin de leur contredire, *
C'est à vous de passer du côté de l'empire.
En vain de ce présent ils m'auraient honoré,
Si votre coeur devait en être séparé ;
Si tant de soins ne sont adoucis par vos charmes ;
Si , tandis que je donne aux veilles , aux alarmes ,
Des jours toujours à plaindre et toujours enviés ,
Je ne vais quelquefois respirer à vos pieds.
QuOctavie à vos yeux ne fasse point d'ombrage ;
Rome , aussi bien que moi , vous donne son suffrage ,
Répudie Octavie , et me fait dénouer
Un hymen que le ciel ne veut point avouer.
Songez-y donc , madame , et pesez en vous-même
Ce choix digne des soins d'un prince qui vous aime,
Loin de leur contredire,...
Contredire , clans notre langue , a le régime direct, soît avec les choses, soit avec les personnes. On contredit un auteur; on contreditles paroles; on confreditVex^éYiençe , etc. Le re'gime indirect est latin: contradicere alicui. II est clair que Racine Pa choisi de préférence , puisque l'autre ne le gênait en rien. Ce n'est pas la seule fols qu'il fait usage des latinismes comme d'un moyen de plus pour différencier la poésie et la prose , et j'avoue que leur contredire ne me blesse nullement, sans doute à cause du rapport étymologique , comme dans ce beau vers de La^ fontaine :
Celui de qui la tête au ciel était voisine. On oublie qu'en français on est voisin du ciel, parce qu'on dirait en lalln vîcinum cœlo caput.