ACTE II, SCÈNE VL
Songlez-vous aux dovileurs que vous m'alliez coûter?... Vous ne me dites rien î Quel accueil ! Quelle glace î Est-ce ainsi cjue vos yeux consolent ma disgrâce ? Parlez : nous sommes seuls. Notre ennemi trompe , Tandis que je vous parle , est ailleurs occupé : Ménageons les momens de cette heureuse absence.
JUNIE
V^ous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance ; Ces murs même , seigneur , peuvent avoir des jeux , Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.
Et depuis quand, madame, êtes-vous si craintive? Quoi ! déjà votre amour souffre qu'on le captive ? Qu'est devenu ce cœur qui me jurait toujours De faire à Néron même envier nos amours ?
été prodiguée au point de devenir une cheville , ensuite que la comédie et la parodie s'en sont emparées en ridicule : c'est au reste une très-petite perte.
* De faire h Néron même emier nos amours ?
Cette scène a un double effet ; car si l'on y prend garde , Néron n'est pas moins en souffrance que les deux amans qu'il met à la gêne. Britannicus ne dit pas un mot qui ne fasse sentir combien il est aimé, et son rival l'entend. C'est ce que n'a pas aperçu le commentateur , qui, en reconnaissant dans cette scène rare artifice et un men^ei'/leux intérêt ^ n'y a vu que les deux amans au supplice, et non pas la punition du tyran.
Hacine. m. 5
Mais bannissez , madame , une inutile crainte : La foi dans tous les cœurs n'est pas encore éteinte ; Chacun semble des yeux approuver mon courroux ; La mère de Néron se déclare pour nous. Rome, de sa conduite elle-même offensée...
JUISIE.
Ah ! seigneur , vous parlez contre votre pensée. * Vous-même , vous m'avez avoué mille fois Que Rome le louait d'une commune voix ; Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage. Sans doute la douleur vous dicte ce langage.
BRITAKNICUS.
Ce discours me surprend , il le faut avouer :
Je ne vous cherchais pas pour l'entendre louer.
Quoi ! pour vous confier la douleur qui m'accable ,
A peine je dérobe un moment favorable ;
Et ce moment si cher , madame , est consumé
A louer l'ennemi dont je suis opprimé !
Qui vous rend à vous-même , en un jour, si contraire ?
* Ah ! seigneur , vous parlez contre voire pensée.
Ce mouvement, d*une ve'rîté charmante, quoique le» paroles soient une feinte , a paru trop fin à quelques critiques que le commentateur se garde bien de contredire. Il est pourtant certain que , quoique Junie ait dit qu'elle ne sait pas feindre , Tamour instruit par le danger est toujours assez inge'nieux pour chercher à Pëcarter , et que ce danger même rend rarlifice aussi vraisemblable qu'il est innocent.