ACTE II, SCÈNE VI. gS
Quoi î même vos regards ont appris à se taire ?
Que vois-je ? Tous craignez de rencontrer mes yeux. î
Néron vous plairait-il? Yous serais-je odieux?
Ah ! si je le croyais !... Au nom des dieux , madame,
Eclaircissez le trouble où vous Jetez mon ame.
Parlez : ne suis-je plus dans votre souvenir ?
JUNIE
Retirez-vous, seigneur; Tempereur va venir.
BRITANT^ICUS.
Après ce coup , Narcisse , à quoi dois-je m'attendre ?**
^ Quoi! même vos regards ont appris à se taire ?
Ce vers est de la même main que celui qu'on a vu ci-dessus :
J'entendrai des regards que vous croirez muets.
C'est un nouvel emploi de la même figure, e'galement admirable dans les deux vers. On trouve dans Ovide :
Credidimus la cr y mis : an et h œ simuïare docentur? J'ai cru vos pleurs : les pleurs ont-ils appris à feindre ? Simulare docentur , qui est ici littéralement traduit , est aussi poétique que l'he'mistiche de Racine , ont appris à se faire , et lui en a peut-être fourni Tide'e. On sait qu'il marquait avec un crayon , dans les classiques anciens , toutes les expressions figure'es dont il croyait pouvoir enrichir notre langue.
Après ce coup , Narcisse , à quoidois~je m"" attendre?
L'auteur connaissait trop bien son art pour prolonger une situation si pénible ; la contrainte de Junie et les angoisses de Britannîcus ne vont que jusqu'au point où elles sont suppor-