‹ AndromaqueChapitre 48 sur 176 · SCÈNE YIII · texte numérisé non relu

SCÈNE YIII

NÉRON, NARCISSE

NÉRON

Hé bien! de leur amour tu vois la violence,

Narcisse ; elle a paru jusque dans son silence ;

Elle aime mon rival , je ne puis l'ignorer :

Mais je mettrai ma joie à le désespérer.

Je me fais de sa peine une image charmante ;

Et je l'ai vu douter du cœur de son amante.

Je la suis. Mon rival t'attend pour éclater :

Par de nouveaux soupçons , va , cours le tourmenter ;

Et tandis qu'à mes yeux on le pleure , on l'adore ,

Fais-lui payer bien cher un bonheur qu'il ignore.

NARCISSE, seul.

La fortune t'appelle une seconde fois , Narcisse ; voudrais- tu résister à sa voix?

tant si brusquement : c'est tout ce que lui permettaient son caractère établi dans la pièce , et la crainte d'exposer Britannicus.

* Je me fais de sa peine une image charmante

Une image charmante de sa peine est atroce de pensée et d'expression. Néron devait parler ainsi ; mais combien de fois la jalousie a parlé de même au fond du cœur!

gS BRITANNICUS.

Suivons jusques au bout ses ordres favorables ,

Et, pour nous rendre heureux, perdons les misérables. *

^ Et, pour nous rendre heureux , perdons les misérables.

Si ce vers excite ordinairement des murmures , ce n'est pas parce quV/z souffre açec peine un homme qui nest méchant que pour le plaisir de Vêtre^ comme le dit le commentateur ; j'ai prouvé que Narcisse \ n'était point dans ce cas ; mais c'est , lo. parce que ce vers exprime trop crûment une idée odieuse et basse ; parce que le personnage énonce à froid , seul avec lui-même, ce qu'on pourrait supporter tout au plus dans un mouvement de passion et dans la chaleur du dialogue ; enfin,, c'est parce qu'il est malheureux de terminer un acte par un petit monologue si désagréable à entendre. Boiieau , qui engagea son ami à sacrifier une scène très-bien écrite , mais inutile , aurait pu hii demander la suppression de ces quatre vers, qui n'était pas un sacrifice.

-f Voyez la Préface.

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