SCENE PREMIERE, NÉRON, BURRHUS
P A L L A S obéira, seigneur.
Î^ÉRON.
Et de quel œil Ma mère a-t-elle vu confondre son orgueil?
' Racine a supprimé, au commencement de cet acte, une scène entière , dont Burrhus et Narcisse étaient les interlocuteurs : ce fut Boîleau qui la lui fit retrancher. La voici :
BURRHUS
« Quoi ! Narcisse au palais obsédant Pempereur, » Laisse Britannicus en proie à sa fureur ? » Narcisse qui devrait , d'une amitié sincère , » Sacrifier au fils tout ce qu*il tient du père ? « Qui devrait , en plaignant avec lui son malheur , >) Loin des yeux de Gésar détourner sa douleur ? )) Voulez-vous qu'accablé d'horreur , d'inquiétude , » Pressé du désespoir qui suit la solitude , » Il avance sa perte en voulant l'éloigner , » Et force l'empereur à ne plus l'épargner ? » Lorsque de Claudius l'impuissante vieillesse » Laissa de tout l'empire Agrippine maîtresse ,
lOO BRITANNICUS,
EURRH us.
'Ne doutez point , seigneur , que ce coup ne la frappe ;
» Qu'instruit du successeur que lui gardaient les dieux ,
» Il vit de'jà son nom e'crit dans tous les yeux ,
» Ce prince , à ses bienfaits mesurant votre zèle ,
3> Crut laisser à son fils un gouverneur fidèle ,
^) Et qui , sans s'ébranler , verrait passer un jour ,
» Du côte' de Ne'ron , la fortune et la cour.
» Cependant aujourd'hui sur la moindre menace
» Qui de Britannicus présage la disgrâce ,
» Narcisse , qui devait le quitter le dernier ,
» Semble dans le malheur le plonger le premier,
^> César vous voit partout attendre son passage.
N A Pv c I s s E.
» Avec tout l'univers je viens lui rendre hommage , » Seigneur 3 c'est le dessein qui m'amène en ces lieux,
BURRH tF s.
5> Près de Britannicus vous le servirez mieux. i> Craignez- vous que César n'accuse votre absence ? » Sa grandeur lui répond de votre obéissance. » C'est à Britannicus qu'il faut justifier » Un soin dont ses malheurs se doivent défier. » Vous pouvez , sans péril , respecter sa misère ; » Néron n'a point juré la perte de son frère. » Quelque froideur qui semble altérer leurs esprits, Votre maître n'est point au nombre des proscrits. » Néron même , en son cœur , touché de votre zèle , "» Vous en tiendrait peut-être un compte plus fidèle » Que de tous ces respects vainement assidus, » Oubliés dans la foule aussitôt que rendus.