ACTE m, SCÈNE I. lOI
Qu'en reproches bientôt sa douleur ne s'échappe. Ses transports dès long-tems commencent d'éclater ;
NARCISSE
» Ce langage, seigneur, est facile à comprendre ; » Avec quelque bonté Ce'sar daigne m*entendre ; » Mes soins , trop bien reçus , pourraient vous irriter ; » A Tavenir, seigneur , je saurai TeViter.
B u RRH us.
» Narcisse , vous réglez mes desseins sur les vôtres ;
» Ce que vous avez fait , vous Pimputez aux autres.
» Ainsi , lorsqu' inutile au reste des humains ,
V Claude laissait gémir Fempire entre vos mains,
» Le reproche éternel de votre conscience
» Condamnait, devant lui , Rome entière au silence.
» Vous lui laissiez à peine écouter vos flatteurs ;
» Le reste vous semblait autant d*accusateurs
» Qui , prêts à s*élever contre votre conduite ,
» Allaient de nos malheurs développer la suite ;
» Et lui portant les cris du peuple et du sénat ,
» Lui demander justice au nom de tout Tétat.
» Toutefois pour César je crains votre présence ;
» Je crains , puisqu'il vous faut parler sans complaisance
» Tous ceux qui , comme vous , flattant tous ses désirs ,
» Sont toujours , dans son cœur , du parti des plaisirs.
» Jadis à nos conseils l'empereur plus docile ,
» Affectait pour son frère une bonté facile ;
» Et de son rang , pour lui , modérant la splendeur ,
« De sa chute à ses yeux cachait la profondeur.
« Quel soupçon aujourd'hui , quel désir de vengeance
» Rompt du sang des Césars Theureuse intelligence ?
I02 BRITANNICUS, A (rinutiles cris puîsseiit-ils s'arrêter î
NÉRON
Quoi! de quelque dessein la crojez-vous capable?
» Junie est enlevée, Agrîppine frémit ;
» Jaloux et sans espoir , Britannicus gémit ;
M Du cœur de l'empereur son épouse bannie ,
» D'un divorce à toute heure attend l'ignominie :
» Elle pleure. Et voilà ce que leur a coûté
» L'entretien d'un flatteur qui veut être écouté.
NARCISSE
» Seigneur , c'est un peu loin pousser la violence, » Vous pouvez tout ; j'écoute et garde le silence. » Mes actions, un jour , pourront vous répartir. » Jusques-là......
BU RR H U s.
» Puissiez-vous bientôt me démentir !
» Plût aux dieux qu'en effet ce reproche vous touche!
:» Je vous aiderai même à me fermer la bouche.
5> Sénèque , dont les soins devraient me soulager ,
» Occupé loin de Rome, ignore ce danger.
» Réparons , vous et moi, cette absence funeste ;
» Du sang de nos Césars réunissons le reste ;
» Rapprochons-les , Narcisse , au plus tôt dès ce jour,
» Tandis qu'ils ne sont point séparés sans retour. »
Lorsqu'on lit cette scène , on est presque tenté de la conserver : une attention plus sérieuse ramène au sentiment de Boileau. Burrhus , en effet, manquait à la prudence en faisant entrer dans sa confiance un traître qu'il ne pouvait espérer de faire changer. L. B.