‹ AndromaqueChapitre 62 sur 176 · ACTE llï, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE llï, SCÈNE VIL

JUISflE.

Témoin de tout notre entretien, D'un visage sévère examinait le mien.

quatre ou cinq scènes excellentes , dont le fond est le même , et dont aucune ne ressemble aux autres.

Ici, comme dans Iphigénie^ la jalousie n'est pas le mobile de i'inte'rêt : c'est le danger des deux amans ; et quoique l'amante fidèle ne puisse, quoi qu'il arrive, supporter qu'on la soupçonne, Racine a bien senti qu'il fallait ici mettre de côté la fierté du sexe et la délicatesse d'un cœur amoureux, pour aller à l'objet principal. Junie , quoiqu'offensée , ne donne à son injure que deux vers, et précipite sur-le-champ l'explication; mais ces deux vers contiennent tout ce qu'elle pourrait dire : En des tems plus heureux , ma juste impatience Vous ferait repentir de votre défiance.

Il n'y a point d'amant qui n'entende tout ce que signifient ces mots, vous ferait repentir. Le commentateur blâme le mot impatience , qui , selon lui , ne se dirait plus aujourd'hui pour ressentiment. Aujourd'hui, comme en tout iems , impatience, en pareille occasion , se dirait très— bien. L'offense passagère d'un soupçon aussi pardonnable que celui de Brilannicus, produit moins un véritable ressentiment , que V impatience naturelle à l'amour blessé.

On a d'ailleurs insisté un peu sur l'art de cette scène, et sur le principe que Racine a suivi , parce que cette partie de la, théorie dramatique est très -peu connue. Rien n'est si commun ( surtout depuis qu'on a oublié toutes les règles ) , que les situations factices où des personnages se lamentent et se désolent sans fin , et sans qu'il y ait le moindre obstacle à ce qu'ils sortent de leur embarras prétendu. Nous avons même vu des pièces dont la fable tout entière était fondée sur ce puéril ar-

Prêt a faire sur vous éclater la vengeance D'un geste confident de notre intelligence.

BRlTMSf]SflCUS.

Néron nous écoutait, madame! Mais, hélas! Vos yeux auraient pu feindre et ne m'abuser pas : Us pouvaient me nommer l'auteur de cet outrage. I/amour est-il muet , ou n'a-t-il qu'un langage ? De quel trouble un regard pouvait me préserver ! Il fallait...

JUNIE

Il fallait me taire et vous sauver.

Combien de fois, hélas! puisqu'il faut vous le dire, Mon coeur de son désordre allait-il vous instruire ! De combien de soupirs interrompant le cours , Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours ! Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime , De l'entendre gémir , de l'affliger soi-même , lorsque par un regard on peut le consoler !

tiflce , et qui ont été supportées depuis que les spectacles n'ont plus de juges.

Au reste , on a pu remarquer encore dans cette scène , beaucoup de ces vers frappés au coin de Racine ;

Un geste confident de notre intelligence

Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours ?....

De mon front effrayé je craignais la pâleur ;

Je trouvais mes regards trop pleins de ma douleur , etc.

Nul n'a su, comme lui, fondre ensemble, pour ainsi dire., In langue de la poësie et celle de l'amour.

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