‹ AndromaqueChapitre 74 sur 176 · ACTE lY, SCÈNE II. l · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCÈNE II. l

Ôn vît Claude ; et le peuple , étonné de son sort ,

Apprit en même tems votre règne et sa mort.

C'est le sincère aveu que je voulais vous faire :

Voilà tous mes forfaits. En voici le salaire :

Du fruit de tant de soins à peine jouissant ,

En avez-vous six mois paru reconnaissant ,

Que, lassé d'un respect qui vous gênait peut-être,

Vous avez affecté de ne me plus connaître.

J'ai vu Burrhus^ Sénèque , aigrissant vos soupçons.

De Fin fidélité vous tracer des leçons ,

Ravis d'être vaincus dans leur propre science ;

cîont la diction doit être plus sévère que gracieuse. Je ne crois pas que Boileau ait mis en vers le mot ayant ; il se trouve beaucoup trop souvent dans ceux de Voltaire. L'inconvénient de ce participe auxiliaire , c'est qu'il se joint toujours à un autre, et ce défaut e'ie'mentaire de notre langue rend la phrase lâche et traînante , surtout dans la poésie , dont le mérite et îe devoir est de ne montrer que les beautés du langage , et d'en dérober les faiblesses. Aussi Racine a-t-il eu soin de séparer du moins les deux participes. S'il eût mis ayant affermi , îe vers manquait d'élégance.

* Du fruit de tant de soins à peine jouissant , En açez-çQus six mois paru reconnaissant

A peine est placé de manière qu'il peut également se rapporter à jouissant y on à ces mots en açez-çous paru ; ce qui fait une amphibologie de construction ; mais comme il n'y en a aucune dans le sens de la phrase , la faute n'est que pour les grammairiens ; elle n'est pas grave.

l36 BlUTANNICUS,

J'ai vu favorisés de votre confiance

Othon, Sénëcion, jeunes voluptueux ,

Et de tous vos plaisirs flatteurs respectueux.

Et lorsque , vos mépris excitant mes murmures ,

Je vous ai demandé raison de tant d'injures ,

Seul secours d'un ingrat qui se voit confondu ,

Par de nouveaux affronts vous m'avez répondu.

Aujourd'hui je promets Junie à votre frère;

Ils se flattent tous deux du choix de votre mère :

Que faites-vous? Junie, enlevée à la cour,

Devient en une nuit l'objet de votre amour ; *

Je vois de votre cœur Octavie effacée ,

Prête à sortir du lit où je l'avais placée ;

^ Junie , enlevée à la cour^

Deçîent en une nuit V objet de votre amour.

En une nuit forme un redoublement de syllabes nasales , qu'il e'tait facile d'éviter en mettant dans une nuit. Mais une faute beaucoup plus considérable, et la seule de cette scène si supérieurement écrite , c'est enlevée à la cour, expression impropre , et même employée à contre-sens. Enlevée à la cour signifie éloignée par force de la cour y et l'auteur veut dire enlevée de chez elle et transportée à la cour. Je ne doute pas que Racine ne se soit autorisé de cette phrase reçue , enlevée aux deux , enlevée aux nues ; mais remarquez que cette manière de parler n'est admise que lorsqu'^«/<?^^?/* signifie emporter en haut, lancer en haut , et alors aux deux , aux nues équivaut à ces mots , dans les deux , dans les nues , qui s'allient très-bien avec enlever. Mais on ne dirait pas enlever dans la cour : ce terme est donc ici impropre. C'est le sixième vers qui ne dût pas subsister.

* ACTE IV, SCÈNE II. îSj

Je vois Pallas banni , voire frère arrêté ; Vous attentez enfin jusqu a ma liberté ; Burrhus ose sur moi porter ses mains bardies. Et lorsque , convaincu de tant de perfidies , Tous deviez ne me voir que pour les expier , C'est vous qui m'ordonnez de me justifier,

is É R o N.

Je me souviens toujours que je vous dois l'empire | Et , sans vous fatiguer du soin de le redire , Votre bonté, madame , avec tranquillité Pouvait se reposer sur ma fidélité.

I Aussi-bien ces soupçons , ces plaintes assidues , Ont fait croire à tous ceux qui les ont entendues Que jadis , j'ose ici vous le dire entre nous,

I Vous n'aviez sous mon nom travaillé que pour vous. « Tant d'bonneurs , disaient-ils , et tant de déférences , w Sont-ce de ses bienfaits de faibles récompenses ? :>3 Quel crime a donc commis ce fils tant condamné ? )3 Est-ce pour obéir qu'elle l'a couronné ? 33 N'est- il de son pouvoir que le dépositaire? w Non que , si jusque-là j'avais pu vous complaire , Je n'eusse pris plaisir, madame , à vous céder Ce pouvoir que vos cris semblaient redemander : Mais Rome veut un maître , et non une maîtresse. Vous entendiez les bruits qu'excitait ma faiblesse. Le sénat cliaque jour et le peuple , irrités De s'ouïr par ma voix dicter vos volontés , Publiaient qu'en mourant , Claude , avec sa puissance ,

î38 ERITANNICUS,

M'avait encor laissé sa simple obéissance.

Vous avez vu cent fois nos soldats en courroux

Porter en murmurant leurs aigles devant vous ;

Honteux de rabaisser , par cet indigne usage ,

Les béros dont encore elles portent l'image. jê

Toute autre se serait rendue à leurs discours : il

Mais, si vous ne régnez, vous vous plaignez toujours.

Avec Britannicus contre moi réunie ,

Vous le fortifiez du parti de Junie ; j

Et la main de Pallas trame tous ces complots. fl

Et, lorsque malgré moi j'assure mon repos, ■

On vous voit de colère et de baine animée : ^

Vous voulez présenter mon rival à l'armée ;

Déjà jusques au camp le bruit en a couru.

A GRIPPINE,

Mol ! le faire empereur ? Ingrat ! l'avez-vous cru ?

Quel serait mon dessein? Qu'au rais- je pu prétendre ?

Quels bonneurs dans sa cour, quel rang pourrais-je attendr

Ah î si sous votre empire on ne m'épargne pas ,

Si mes accusateurs observent tous mes pas , !

Si de leur empereur ils poursuivent la mère ,

Que ferais-je au milieu d'une cour étrangère ?

Ils me reprocberalent , non des cris impulssans ,

Des desseins étouffés aussitôt que naissans ,

Mais des crimes pour vous commis à votre vue ,

Et dont je ne serais que trop tôt convaincue.

Vous ne me trompez point , je vois tous vos détours ;

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