‹ AndromaqueChapitre 75 sur 176 · ACTE IV, SCÈNE II. ïSg · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. ïSg

Vous êtes un ingrat , vous le fûtes toujours.

Dès vos plus jeunes ans mes soins et mes tendresses

* Fous êtes un ingrat , vous le fûtes toujours,

Néron a parfaitement bien re'pondu. Ses reproches et ses raisons sont pe'remptoires dans tout ce qui regarde les prétentions outrées d'Agrippine , et son insatiable soif de domination : aussi ne réplique-t-elle pas un seul mot sur cet article ; mais dès que Ne'ron parle du projet de le détrôner , elle ressaisit habilement ses avantages , et n'a pas de peine à prouver qu^elIe ne peut pa^ sérieusement vouloir couronner Britannicus. Elle profile de ce j moment pour prendre sa revanche des récriminations amères et trop fondées qu'il lui a fallu supporter en silence. Elle accable Néron du reproche d'ingratitude ; mais sentant bien en même tems qu'elle l'offense d'autant plus qu'elle a réellement plus de droits sur lui , elle se hâte de tempérer l'aigreur de ses discours par une effusion d'amour maternel , qui semble n'être qu'un mouvement de la nature , mais qui , dans une femme de son caractère , n'est en effet qu'une arme de plus contre son fils , et un moyen de domination et de séduction. Rien ne le prouve mieux que l'adresse de cette menace indirecte et détournée , mais très-intelligible :

Pourvu que , par ma mort , tout le peuple irrité Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté.

Ce sont ses dernières paroles , dont l'intention visible est d'attaquer Néron par la crainte , toujours si puissante surl'ame d'un tyran. Elle ne se fie nullement aux droits de la nature , quoiqu'elle ait eu l'air de les invoquer, et la dernière idée qu'elle présente à Néron , c'est que , s'il était capable d'attenter aux jours de sa mère, un grand crime serait pour lui-même un grand danger. Et voilà où en sont réduits ceux qui ont con-

l/fO BRITANNICUS,

N'ont arraché de vous que de feintes caresses : Rien ne vous a pu vaincre ; et votre dureté Aurait du dans son cours arrêter ma bonté. Que je suis malheui'euse î Et par quelle infortune Faut-il que tous mes soins me rendent importune! Je n'ai qu'un fils; ô ciel, qui m'entends aujourd'hui, T'ai-je fait quelques vœux qui ne fussent pour lui ! Remords , crainte , périls , rien ne m'a retenue. J'ai vaincu ses mépris; j'ai détourné ma vue Des malheurs qui dès-lors me furent annoncés ; J'ai fait ce que j'ai pu : vous régnez , c'est assez. Avec ma liberté , que vous m'avez ravie , Si vous le souhaitez , prenez encor ma vie ; Pourvu que , par ma mort , tout le peuple irrité Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté,

Hé bien donc , prononcez. Que vouî^z-vous qu'on fasse ?

AGRIPPINE

De mes accusateurs qu'on punisse l'audace; *

couru à élever une puissance injuste : ils se menacent sans cesse les uns les autres , jusqu'à ce qu'ils périssent les uns par les autres. Occides tu et te alius. C'est la sentence des méchans, et l'ordre de la Providence.

^ De mes accusateurs qu'on punisse V audace , etc. Néron n'a dit qu'un mot , mais par ce mot il a paru se rendre. Agrippine, qui pleurait tout-à-l'heure , commande aussitôt, et,

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