ACTE IV, SCÈNE IL i/^l
Que de Brltannicus on calme le courroux ; Que Junie à son choix puisse prendre un époux; Qu'ils soient libres tous deux , et que Pallas demeure ; Que vous me permettiez de vous voir à toute heure ; '
( apercei^ant Burrhus dans le fond du théâtre, ) Que ce même Burrhus , qui nous vient écouter, A votre porte enfin n'ose plus m'arréter.
i 11 o isî.
Oui, madame, je veux que ma reconnaissance ^
du ton le plus absolu, dicte , sans hésiter, ses ordres et ses vengeances. Elle ordonne tout, et n'oublie rien. On ne saurait mieux peindre la force du caractère et de l'habitude.
^ Oui ^ madame , etc.
On verra tout-à-l'heure que Ne'ron , en e'coutant Agrippine , a déjà pris le parti de se défaire de Britannicus : son plan est déjà tout formé , et la dissimulation y entre nécessairement , pour éloigner à la fois, et les précautions contre le poison , et les soupçons contre lui. C'est pour cela qu'il prodigue ces caresses trompeuses , dont l'artifice lui était familier, et que Racine a rappelées dans sa préface , en citant les paroles de Tacite : Faet us naturâ velare odium fallacîbus ôlaiid/âis.QQ caractère différait de celui de Tibère , en ce que la dissimulation de celui-ci était habituelle et sombre : il se commandait sans cesse , et voulait toujours intimider. Néron, d'ordinaire emporté par ses passions, ne feignait que par timidité: sa dissimulation était flatteuse et caressante. Chez Tibère , c'était un principe de gouverniement autant qu'une habitude naturelle : chez Néron , c'était une cruauté lâche ; il caressait sa victime quand il croyait avoir besoin de la tromper.
liacme m, 7
l42 BRITANiMCUS,
Dësormaîs dans les cœurs grave votre puissance ;
Et je bënis déjà cette heureuse froideur
Qui de notre amitié va rallumer l'ardeur.
Quoi que Pallas ait fait, il suffît, je l'oublie :
Avec Britannicus je me réconcilie ;
Et , quant à cet amour qui nous a séparés ,
Je vous fais notre arbitre , et vous nous jugerez.
Allez donc , et portez celte joie à mon frère.
Gardes , qu'on obéisse aux ordres de ma mère. '
' Gardes , guon obéisse aux ordres de ma mère.
Cette belle scène est dans le goût de celle d'Auguste et de Cinna , dont Se'nèque avait fourni l'ide'e à Corneille. Traité de la Clémence , liv. I , chap. ix. Elle ressemble encore mieux à celle de Cle'opâtre et de ses deux fils dans Rodogune, où cette mère cruelle commence ainsi :
Mes enfans , prenez place , etc. 1 Acte 11, scène 3.
Il faut convenir que , si la scène de Racine ne le cède en rien à< celles de Corneille pour la force des sentimens et la beauté de l'expression, elle leur est inférieure pour Pintérêt théâtral. L.B-^
* C'est Voltaire qui a rapproché ces deux scènes dans le commentaire de Rodogune , et en effet elles ont cela de commun, que Cle'opâtre expose à ses fils ce qu'elle a fait pour leur conserver le trône de leur père, comme Agrippine à Ne'ron ce qu'elle a fait pour l'élever à l'empire. Voltaire ajoute que, dans Rodogune ^ « la situation est bien plus frappante, l'intérêt plus grand, la scène l)ien autrement intéressante ; » et il est sûr que la curiosité doit être fortement attachée quand une reine, une mère, seule dé-