‹ AndromaqueChapitre 94 sur 176 · ACTE V, SCÈNE V. lyS Madame; 11 faut quitter la cour et Fempereur · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V. lyS Madame; 11 faut quitter la cour et Fempereur

AGRIPPlî^E.

Quoi! du sang de son frère il n'a point eu d'horreur ?

BURRHUS

Ce dessein s'est conduit avec plus de mystère.

A peine l'empereur a vu venir son frère,

Il se lève , il l'embrasse , on se tait , et soudain

César prend le premier une coupe à la main.

ce Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices ,

M Ma main de cette coupe épanche les prémices , w

Dit-il. ce Dieux, que j'appelle à cette effusion,

3) Venez favoriser notre réunion. «

Par les mêmes sèrmens Britannicus se lie.

La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie :

* La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie.

Dans l'histoire , Britannicus renvoya un breuvage trop chaud: on le lui rendit mêle' d'une eau froide qui avait été' empoisônne'e chez Ne'ron même , et qui fut servie par ses agens aposte's. L'effet du poison fut aussi prompt que le poète l'a repre'sente'. Mais il a imagine' cette ce're'monie des libations , prise dans les mœurs , qui rend ici la fête plus solennelle , et le crime de Néron plus atroce , et fait intervenir avec vraisemblance le ministère de Narcisse.

Tout grand peintre qu'est Tacite , Racine a coutume d'enchérir sur lui. Ici seulement il me paraît être resté un peu audessous dans ces deux vers :

Mais^ ceux qui de la cour ont un plus long usage

176 BRITANNICUS, Maïs ses lèvres à peine en ont touché les bords , IjC fer ne produit point de si puissans efforts ; * Madame , la lumière à ses yeux est ravie ; Il tombe sur son lit sans chaleur et sans vie.

Sur les yeux de Ce'sar composent leur visage.

Ce n'est pas que ces vers ne soient très-e'le'gans; mais la prose de Tacite est plus forte : Af quibus altior intellectus , résistant defixi et Neronem intuentes, — Maïs ceux qui sont capables de voir plus loin , restent immobiles , et les yeux fixés sur Néron. Cette immobilité' absolue dans un événement si subit et si terrible , cette compression de tout premier mouvement quelconque, en observant quel sera celui de Tempereur, est le dernier effort de l'esprit du courtisan , et Tacite n'a peut-être pas de coup de pinceau plus vigoureux.

^ Mais ses lèpres à peine en ont touché les bords , Le fer ne produit point de si puissans efforts.

Racine a déjà employé plus baut la même pensée et à peu près les mêmes expressions , lorsqu'il a dit :

« Et le fer est moins prompt pour trancher une vie. »

On peut observer ici qu'on dit bien le fer produit des effets , mais qu'on ne dit pas également le fer produit des efforts.

* Généralement la remarque est juste ; cependant en considérant le poison comme une force active , la poésie ne pourraitelle pas dire les efforts du poison ? Dans cette occasion particulièrement , j'avoue que le mot d^efforts ne me blesse point : il rend mieux que celui èi effets la prompte et terrible énergie du poison qui tue BritannicuS; comme on le tuerait avec un glaive.

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