‹ Anecdotes canadiennesChapitre 125 sur 350 · UN DUEL DE SIR JOHN-A. MACDONALD · texte numérisé non relu

UN DUEL DE SIR JOHN-A. MACDONALD

On a parlé, à maintes reprises, du duel de Sir John-A. Macdonald avec le député W.-H. Blake. Duel n'est pas le mot, puisque toute l'affaire se borna à l'envoi d'un cartel. C'était pendant la session de 1849. Le parlement siégeait à Montréal. Sir L.-H. Lafontaine venait de proposer son fameux Mil d'indemnité. On sait quel violent débat occasionna ce projet de loi.

Au cours de la discussion, sir AUan McNab s'étant servi, à l'égard de ses adversaires, de l'épithète de rebelles, M. Blake releva le mot et prétendit qu'il s'appHquait parfaitement aux torys. « On peut, disait-il, être rebelle de deux manières, on peut être rebelle à son pays et, comme vous êtes rebelles à ses désirs les plus légitimes, vous êtes les vrais rebelles ».

Laissons Gérin-Lajoie raconter ce qui s'en suit :

A ces mots prononcés avec une force dont il est impossible de

donner l'idée, les députés torys bondirent de rage. Les uns vociféraient, d'autres montraient le poing. Sir Allan McNab apostropha vivement M. Blake et lui demanda de retirer ces paroles ou qu'il l'en tiendrait responsable.

« — Jamais, s'écria M. Blake ».

Alors la foule qui encombrait les galeries commença à s'agiter, les uns applaudissant, les autres sifïlant ; bientôt des coups de poing et de bâton s'échangèrent au milieu d'un tumulte indescriptible. L'Orateur ordonna de faire évacuer les galeries, malgré l'opposition de certains députés, tandis que d'autres insistaient pour que cela se fit. Le sergent-d'armes se mit en frais d'exécuter l'ordre de l'Orateur ; mais le tumulte était à son comble. Les députés quittèrent leurs sièges, et les dames qui assistaient à la séance vinrent se réfugier dans l'enceinte des délibérations. Enfin, l'ordre s'exécuta ; peu à peu la foule sortit des galeries, et les vociférations ne se firent plus entendre que dans les couloirs et les vestibules. La Chambre continua à siéger à huis clos.

Le lendemain, M. Blake reprit son discours où il l'avait laissé la veille et continua à accabler ses adversaires de sarcasmes et d'invectives.

M. Robinson lui répondit avec modération, après quoi M. Merritt fit, dans le sens ministériel, un discours plein de logique et de bon sens. Tout à coup, sans qu'il y eût le moindre tumulte, l'Orateur ordonna de faire évacuer les galeries, et la Chambre continua de siéger à huis clos. On apprit bientôt la raison de cette mesure. Un cartel avait été envoyé à M. Blake par John-A. Macdonald, et un duel allait avoir lieu, si la Chambre ne s'interposait immédiatement. L'Orateur envoya le sergent d'armes avec la masse à la demeure de M. Blake et à celle de M. Macdonald, leur enjoignant de comparaître immédiatement à leurs places. M. Macdonald comparut et déclara qu'il serait à son siège à la séance suivante, et que dans l'intervalle aucune rencontre n'aurait lieu. M. Blake ne put être trouvé ce jour-là, mais il fit son apparition peu de temps après, et l'affaire en resta là. — R...

Bulletin des Recherches Historiques, 1900.

Sir John Macdonald naquit en Écosse en 1815, Il est mort en 1901 après avoir été pendant longtemps premier ministre du Canada. Chef du parti conservateur et homme d'état habile.

Sir Allan McNab, né en 1798, mort en 1862. Premier ministre avec Morin en 1854 et avec Taché en 1855.

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