NOTRE FUTUR SOUVERAIN
Le fils aîné de Georges V, né le 23 juin 1894 à White-Lodge, Édouard-Albert, duc de Cornouailles, prince de Galles, héritier du trône d'Angleterre, est l'aîné de six enfants. Ce sont le prince Albert (15 ans) la princesse Victoria-Alexandra (13 ans) le prince Henri (10 ans) le prince George (8 ans) et le prince Jean (5 ans).
Les précepteurs et les rares personnes qui ont approché le jeune prince de Galles, s'accordent à dire qu'il est d'une intelligence très supérieure à celle des jeunes gens de son âge. Il aime l'étude et montre une disposition toute spéciale pour les langues vivantes, car il en parle déjà couramment trois, la sienne, le français et l'allemand.
Dès son jeune âge il reçut une éducation fort simple mais saine. Hygiène et sports, études pratiques, développement de l'initiative et de la personnalité en formaient le fond, comme d'ailleurs de toutes les éducations anglaises actuelles. Jamais le titre de « Royal Highness » n'était adressé aux jeunes princes. Pas d'études ardues et de classes nombreuses, mais le plus possible d'exercices physiques et de jeux. Il est vrai que les jouets étaient choisis de telle sorte qu'ils pouvaient servir à leur instruction : albums d'animaux et de plantes, jeux de patience géographiques, boites de compas, herbiers, collections d'insectes, etc..
Une touchante coutume, qui remonte à la reine Victoria, veut que, durant les vacances de Noël, à Osborne, les jouets historiques des princes d'Angleterre soient confiés pour quelques jours aux enfants royaux. On pense si les nurses, dont la responsabihté est engagée, tremblent de tous leurs membres ! C'est ainsi que des animaux
mécaniques ayant appartenu au roi Édouard enfant, des soldats de plomb du duc de Clarence et du nouveau roi, conservés comme des reliques, ont fait, l'année dernière, la joie des jeunes fils de George V. Les petites filles ont le droit de descendre des vitrines les 132 poupées ayant appartenu à la reine Victoria elle-même, collection aujourd'hui inestimable...
A Sandringham, les plus « jeunes enfants d'Angleterre » ont encore leurs animaux favoris : le poney Midget et le terrier Puck. Chacun d'eux possède aussi un petit jardin qu'il cultive lui-même. Sous la direction de l'officier de garde, ils font l'exercice du fusil et du sabre et l'on prétend que, naguère encore, la princesse Victoria n'y était pas la plus maladroite.
Tout ce petit monde s'entend à merveille ; toutefois, il arriva un jour qu'on entendit dans la salle d'études où les princes Édouard et Albert repassaient leurs leçons, un vacarme inusité : c'étaient les deux frères qui se livraient à un pugilat en règle. Leur père, qui passait par là, empêcha les gouvernantes de les séparer. Seulement, il exigea une réconcihation immédiate, quand la rixe fut terminée. Et les deux jeunes frères, qui d'ailleurs s'adorent, se jetèrent dans les bras l'un de l'autre...
A l'âge de quatorze ans, le prince Édouard est entré au Marine Collège d'Osborne, où il est encore. Il y suit les mêmes cours, et prend part aux mêmes exercices que ses jeunes collègues et, comme eux, sort le dimanche pour passer la journée en famille. On sait que c'est dans le modeste costume de cadet, tranchant par sa simplicité au miheu des uniformes chamarrés des princes de toutes les nations, qu'il suivit à pied les funérailles de son grand-père Édouard VIL
C'est dire qu'une stricte discipline préside à l'éducation des princes royaux. Et il en fut ainsi dès la « nursery ». On cite le trait suivant à ce sujet.
Invitée un jeudi dans un château voisin de Sandringham à une children's party, la princesse de Galles ne s'y rendit qu'avec la princesse Mary et le prince Henry. Et comme l'hôtesse exprimait son regret de ne pas voir les princes aînés, la mère déclara simplement mais nettement :
« C'est le samedi seulement qu'ils ont congé. Ils ont, cet aprèsmidi, leur cours de français et leur leçon de mathématiques »...
Le Journal de la Jeunesse, 1910. Jean Marbel