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II. — Sur la grossesse Erreurs et préjugés populaires

XV<- siècle . — Signe de la grossesse. — Se desirez sçavoir se aucune femme est enceinte, vous devez dire à la femme qui se double d'estre grosse que elle pisse en un bassin et puis mette un loquet dedens. ou une clef, mais il est plus décent que ce soit un loquet, et soit laissé dedens le bassin avec Forme trois ou quatre heures, puis soit respandue l'orme et soit levé ledit loquet, et se voyez que l'impression du loquet demeure au bassin, croyez de certain que la femme à qui est l'orine est grosse ; ou sinon, elle ne l'est pas : c'est l'un des deux.

(1) V. notre Histoire des accouchements chei touslei peuples, y>AÏ&<

Sur la grossesse. — Jamais on ne doit tirer espée nue ne autre long trenchant devant femme grosse, que. premier que riens s'en face, ne lui va doucement touchier du plat sur son ehief, affin qu'elle demeure asseurée. et que son fruit en soit toute sa vie plus hardy.

Peronne Bevette dist que, pour ce que on ne fist point ainsi à sa mère quant elle laportoit, elle a esté et aincoires est si paoureuse. qu'elle n'oseroit couchier seule sans avoir compaignie d'hommes.

On ne doit point donner aux femmes grosses à mengier de nulles testes de poissons, affin que parleur ymaginacion leur fruit n'apporte sur terre la bouche plus relevée et plus aigûe qu'il n'est de coustume.

Perette Faytos. sage-femme, dist qu'elle avoit receut pluiseurs enfans qui avoientleur débout plus long oultre mesure que les autres.

Se d'avanture un homme bat sa femme enchainte. ou la pile du pié, lors qu'elle enfantera moult grant traveil en aura, et bien souvent les en convient morir.

Dame Hermofrode dist que en ce n'a aucun remède, fors qu'il convient avoir le soler dont le mari la pila, et qu'elle boive à mesrnes.. et. se ainsi le fait, sachiez qu'elle enfantera légèrement.

Quant une femme grosse engambe le tymon d'un char, se c'est un filz. il aura gros membre et dur a mervilles. et se c'est une tille, elle aura moult grosses lèvres et vermeilles, aussi bien dessoubz comme dessus.

Une femme qui veult avoir petis enfans, tandis qu'elle port> doitdesjuner au matin d'une toshV de pain blanc en vin, et >an> faulte l'enfant qu'elle porte sera petit.

Les petis enfans sont mieulx engendrez en faulte de la lune que autrement ; car par coustume les hommes ont lors deffaulte de mode.

Sur le sexe de l'enfant. — Quant une femme couche avec son mari et veult avoir plustost un filz que une fille, elle doit tenir ses mains closes tandis que son mari fait l'œuvre de nature, et, pour vray, elle aura un filz.

Aucunes anciennes matrones maintiennent que qui veult faire un filz, il le convient faire au matin, de jour, et une fille an vespre; de nuit.

Quant femme porte enfant, et on veult savoir s'elle porte filz ou fille, on doit mettre en dormant sur sa teste du sel si sœment que point ne le sache, et après, en devisant à elle, sachiez quel nom elle nommera. S'elle nomme homme, ce sera un filz ; et s'elle nomme femme, ce sera une fille.

Quand une femme enchainte porte son enfant plus sur le costé dextre, et qu'elle mengue volontiers venoison et volille, qu'elle oyt volentiers parler de tournois et de joustes, sachiez de vray qu'elle porte un filz.

Mabelie, qui mère alerresse estoit, distque quant la femme porte sur le côté senestre et appète dansses et sons d'instrumens, que elle aura une fille.

Se une femme grosse d'enfant désire savoir quel hoir elle porte, ascoutez-la parler, et par elle mesme le saurez, car quant elle demandera : Quel hoir vous semble que je porte ? se vous dittes : Uni beau filz, et elle n'en rougist, sachiez pour vray qu'elle fera une fille.

Incontinent que femme a concen enfant masle, pour les trois preniers mois plie porte assez bel. mais les antres six mois moult en i grant douleur plus que d'une fille. Toutefois les trois premiers mois, la fille lui baille plus à souffrir.

Quant l'omme engendre un filz, petit 's'en change., pour ce qu'il engendre son semblable ; mais à engendrer une fille, qui est hors de sa complexion, il s'en treuve fort aliéné, voire pour deulx ou trois jours.

Si vous faites tourne]' à vostre mari son visage vers orient tandis qu'il est embesoingnié ou fait d'amours, s'il fait generacion, ce sera un filz.

(Evangiles dés Quenouilles .

XVIIIe siècle. — Si une femme grosse demeure debout ou assise m pied du lit d'une personne agonisante, l'enfant, dont elle est [rosse, sera marqué d'une tache bleue, au dessus du nez. appellée la bière, et ne vivra pas longtemps.

BqRDELOT, les (

XIXe siècle. —Le père la Bonne-Aventure exerce à Belleville, il

toujours son jeu de cartes en poche ; il va matin et soir dans les débits, dans les cabarets où mangent les ouvriers, les ouvrières, les apprentis.

Le jeu ordinaire, un sou : le grand jeu. deux sous.

Et. dans tout Belleville. le père la Bonne-Aventure a la réputation de dire la vérité. Ll excelle, paraît-il, à révéler aux femn dans une situation qu'on appelle intéressante, le sexe du rejeton qui va augmenter le chiffre de la population française.

Cependant, de ce coté, il aàlutter contre un préjugé très répandu, à Belleville, du moins ; une femme enceinte n'a qu'à se glisser une pièce de dix centimes dans le dus: si la pièce tombe f 3t un

garçon : si elle tombe pile, c'est une tille.

• * Mœurs et coutumes (1)

Les femmes de Loango sont obligées, au commencement de leur grossesses de se lier depuis les reins jusqu'aux geuoux d'un cercle d'écorce, pour annoncer à tout le monde leur Impureté.

Voyage de Mérolla

Quand une femme du roi de Loango est enceinte, quelle que soit la sagesse de sa conduite, le tyran redoute l'infidélité ;il fait avaler le bouda à une esclave ; si cette esclave succombe à la violence du poison, on enterre vivante la femme du roi puis on brûle son cadavre .

Prévost, t. T.

Malgré la permission que la religion mahométane accorde do prendre plusieurs femmes, les Tatars deTobolsk en ont rarement plus d'une, parce qu'il faut les acheter de oinquanteà soixante roubles et qu'ils ne sont pas riches. Ici. une fille se donne à l'épreuve et sous condition. Si elle ne devient pas enceinte au bout de peu de temps, le mari la renvoie sans rien lui donner.

... C'est que le M'zabite ne plaisante point en matière de vertu féminine. La loi qui lui détend de se marier avec une étrangère n»' permel poinl à la M'zabia qu'il a épousé*» de quitter la ville.

(h V. notre Histoire des accouchements, p. 848,

SUR LES ACCOI CHBMENTS 15

L'infidélité conjugale est punie avec une extrême rigueur. La femme convaincue d • péohé est enfermée pendant trois mois dans une chambre dont on mure la porte. Par un trou pratiqué dans le toit, on jette tous les jours un morceau de galette et quelques dattes. — de quoi empêcher la prisonnière de mourir de faim.

En pratique, cette sévérité trouve, dans la naïveté des maris M'zabites, un correctif admirable : la coutume, qui leur interdit d'emmener leurs femmes en voyage, ordonne en même temps de les laisser enceintes à la maison. Un bon M'zabite ne se met en route que lorsqu'il se croit en règle avec ce devoir. Il arrive pourtant que les enfants, en très grand nombre, naissent seize ou dixhuit mois après le départ du père. Ce retard n'étonne personne ; c'est une croyance respectée en pays musulman, même parles gens instruits, élevés dans nos écoles, que l'enfant peut dormir pendant des mois dans le sein de sa mère. Et ce ne sont point les femmes M'zabites qui chercheront à discréditer ce préjugé dans l'opinion de leurs maris.

Hugues Le Roux. Temps 23 oct. 1890.

J'ai trouvé au Caquingué une coutume, particulière à ce territoire, qu'on appelle l'entretien des femmes.

Quand une femme est enceinte, un jeune homme vient trouver le mari et lui demande la main de sa tille que sa femme peut mettre au monde. Si l'offre est acceptée, l'amant se trouve obligé de l'entretenir dorénavant, c'est-à-dire de lui fournir ses vêtements ninsi que toutes les nécessités de sa toilette.

On peut bien penser que cette ooutume n'est en rigueur que parmi les riches. A la naissance du bébé, le (lancé futur redouble de cadeaux envers la mère; puis jusqu'à l'âge de puberté, où le mariage sera consommé, il aura l'obligation de fournir à la tille vêtements, si c'est un tils qui est né. l'obligation d'habiller la mère aussi bien que l'enfant existe encre. El quand le tils atteint l'âge d'homme, il devient le quissongo 1 1 de son entreteneur.

il) A quelque tribut qu'ils appartiennent, Bihenos ou non. les porteurs se constituent en petites bandes qui choisissent un ohef dans leur sein. Depuis la côte jusqu'à Caquingué, ce chef est appelé quissongo; dans le Bihéet !»■ Bailoundo, o'esl un pombei'ro.

si étrange qu'une pareille coutume semble à première vue, la réflexion lui l'ait perdre beaucoup de son caractère extraordinaire. En Afrique je ne l'ai rencontrée qu'au Gaquingué : mais en Europe, il me semble l'avoir retrouvée assez souvent, dans beaucoup

de cas. non dans la forme qui vient d'être décrite, niais dans'son essence el portant, dans la langue polie des salons, le nom de mariage de convenance.

Major Serpa Pixto (Comment fax traversé VAfrigx

Faits divers

Grossesse précoce. — Brantôme, dans la Vie des On mes galantes, raconte l'histoire d'une jeune fille de son temps, chez qui la fécondité n'attendit pas le nombre des années : « .... Et cent mille autres qui tiennent en cela de leurs bonnes vesses de mère, jusque-là qu'elles n'attendent pas seullement l'aage de maturité qui peut estre à douze ou treize ans, qu'elles montent en amour mays plus tost : ainsi qu'il advint n'y a pas douze ans, à Paris, d'une fille d'un pâtissier, laquelle se trouva grosse en l'aage de neuf ans, si bien qu'étant fort mallade de sa groisse, son père en ayant porté l'urine au médecin, le dit médecin dist aussi tost qu'elle n'avait d'antre malladie sinon qu'elle était grosse. «Gomment! respondit le père, monsieur ma fille n'a que neuf ans.» Qui fut esbay ? ce fut le médecin. «C'est tout un, dit-il, pour le seur, cil. 'st grosse ». E1 l'ayant visitée de plus près, il la trouva ainsi : et ayant confessé avec qui elle avait en affaire, son gallant fut puni de mort par la justice, pour avoir eu affaire à elle en un aage si tendron, el l'avoir fait porter si jeunement. Je suis bienmarry qu'il m'ait falu apporter cesl exemple....

Effets de la foudre. — Gangiamila de Païenne, donne, dans son Embryologie, l'exemple d'une femme enceinte qui, en 1743,

fut frappée de la foudre, dont elle mourut sur le champ : deux heures après, on tira de son sein l'enfant qui vivait.

Millotj dansl' AH de procréer lesseœesà volonté, a vu un fait entièrement opposé au précédent : « Madame Ducret, nièce de madame de Mon tesson, grosse de six mois, bien portante et ayant senti remuer bien distinctement pendant près de trois mois, reçut sur le ventre le sillon de la foudre qui ne laissa sur elle aucune trace, mais qui tua son enfant, de manière qu'elle ne le sentit plus remuer depuis ce moment. Elle accoucha, six ou sept semaines après cet événement, d'un garçon dont la peau était intacte, mais dont tous les os et les chairs étaient dissous et réduits en une espèce de gelée opaque . »

Effet du vent. — Déjazet était le huitième enfant d'une nombreuse famille très pauvre, et sa naissance, arrivée plusieurs années après celle du dernier frère, surprit tout le monde. Le hasard, le vent surtout, en fut la principale cause. Vous avouerez :

Qu'on ne s'attendait guère

A voir le veut dans cette affaire ?

Après le septième enfant, M. et Mme Déjazet père et mère décidèrent qu'il y en avait assez comme cela... Or, il advint qu'un jour il fit grand vent, et quand Mme Déjazet alla prendre certaine éponge qu'elle accrochait toujours à la fenêtre pour la sécher, purifier, etc.. l'éponge n'y était plus; le vent l'avait emportée. Mais malgré les supplications de sa femme, M. Déjazet ne voulut rien entendre. . . et voilà comment naquit Déjazet.

iL' Union, médicale).

Fécondation artificielle par arme à feu. — Voici une anecdocte, venue d'Amérique, qui laisse loin derrière elle la légende de la jeune vierge marseillaise enceinte de son père... parce qu'elle s'était ba ignée après sa mère sans avoir eu la précaution de renouveler l'eau de la baignoire. Elle nous vient de The American Weekly, par l'intermédiaire de plusieurs journaux français et étrangers.

Pendanl une escarmouche près d'une maison habitée par une honnête famille, un militaire, posté à cent cinquante mètres de L'habitation, a la jambe fracturée par une balle'Minié qui lui enlève le testicule gauche. Au même instant, un cri perçant retentil

dans la maison : une jeun*1 fille vient de recevoir une balle audessus de la région inguinale gauche. Les deux blessés guérirent loin l'un de l'autre.

Deux cent soixante-dix-huit jours après l'accident. le Dr Gapers, appelé de nouveau auprès de la jeune fille, constate qu'elle est en proie aux douleurs d'enfantement ; la membrane hymen est intacte.

Nous ouvrons une parenthèse, l'histoire s'étant peut-être enrichie en route du détail suivant: trois semaines après l'accouchement, le nouveau né est opéré d'une tumeur du scrotum qui existait depuis sa naissance. Cette tumeur était produite par une balle Mi nié écrasée, déformée, comme si dans son trajet elle avait rencontré un corps dur et résistant.

Tout le inonde fut stupéfait même le Dr Gapers. Toutefois après la réflexion et le raisonnement par analogie avec ce qui se passe pour la fécondation des fleurs, notre confrère conclut que la balle, en traversant le scrotum du militaire, avait fécondé l'ovaire de sa seconde victime.

Le militaire convaincu ou non de sa paternité, épousa la mère dont il eut trois autres enfants. Aucun d'eux ne lui ressemble autant que le fils de la balle.

ta (Unique se demande pourquoi la balle, si intelligente dans sa brutalité, ne s*ost pas enkystée dans le placenta, et termine par (•■conseil aussi moral qu'hygiénique: ne laissez pas vaquer les jeunes tilles aux alentours do* champs de bataille !

Envies de femmes grosses

M. et M11"' X... sont mariés depuis deux ans et il ne manque à leur bonheur qu'un petit bébé.

Hier, en rentrant, madame montre à monsieur un affreux collier de chien, garni de pointes de 1er, dont elle vient de l'aire l'acquisition.

— Mais, dit monsieur, nous n'avons pas de chien ?

— En effet : mais, dès que j'ai vu ce collier, j'en ai eu une envie folle, irrésistible !

Alors, le mari serrant sa femme dans ses bras, avec une joie... mélangée de précautions :

— Enfin !

Au foyer d'un tout petit théâtre, entre bonnes camarades.

- Crois-tu qu'elle est sale, cette Gteorgette, ma chère. — Je vais te dire, c'est pas sa faute. Il parait que sa mère a eu

un regard d'égout,

Assurément, c'était une belle et forte fille qu'Henriette, avec ses cheveux noirs remontant en broussailles, de la nuque jusque audessus du front.

Son cou aux tours d'ambre, la vigoureuse souplesse d'une taille jaillissant librement des hanches, et ignorant l'affront du corset, une gorge formée qui faisait craquer le corsage, tout cela formait un ensemble de grâces robustes qu'éclairait un regard très doux et qu'enveloppait le plus avenant des sourires.

Etonnez-vous, après cela, que Maurice, dès la première polka pendant laquelle il avait tenu enlacées toutes ces grâces, fût tombé amoureux fou de la belle enfant !

Aussi, le lendemain — Maurice ne laisse pas traîner les choses — tout de noir habillé, ganté et cravaté de blanc, notre amoureux faisait-il sa demande en mariage au papa, avec toutefois l'assentiment d'Henriette, assentiment obtenu durant la polka dont il est question plus haut ; car chacun sait que c'est la danse qui donne le plus de facilité aux jeun.- gens pour se dire à l'oreille un tas de bêtises loin du contrôle familial.

Comme Maurice est un fort beau garçon, bien découplé, musclé à l'Hercule, et que le directeur du journal où il est reporter lui alloue des émoluments suffisants pour lui permettre de jouir d'une douce aisance, le père d'Henriette ne fait quelques objections que pour la forme, et finit par accorder la main désirée, avec une assez belle dot par surcroît.

Après les délais légaux et les formalités exigées, le mariage eut

lieu, et je puis vous assurer que jamais les salons de Gilet ne retentirenl de plus joyeux échos qu'au festin qui suivit La cérémonie d'usa

Quelques mois se sonl écoulés et déjà, — Maurice ne laisse pas traîner les choses, je l'ai dit, — la taille d'Henriette prend des rondeurs significatives.

Est-ce l'appréhension du moment psychologique ! est-ce le regrel de voir s'écouler la sveltesse de la taille qui rendent ainsi Henriette maussade et continuellement de méchante humeur?

Maurice s'en Inquiète.

Il est cependant toujours aux petits soins, toujours prévenant. Henriette n'a rien à désirer, du moins il le suppose.

Qu'est-ce qui lui trotte donc par la tète ?

Il veut savoir. Il en aura le cœur net.

Sa copie envoyée à l'imprimerie, il quitta son bureau et pénétra dans le boudoir où sa femme est étendue sur une chaise-longue, un roman dans les mains que, du reste, elle ne lit pas.

— Henriette, dit-il après l'avoir baisée sur le front, je désire avoir avec toi une explication définitive ; j'ignore pourquoi, mais depuis quelque temps, tu me fais une tête!... Je sais bien que la position... intéressante dans laquelle tu te trouves te donne tous les drois du monde aux faciles dépits et aux petites mauvaises humeurs des enfants gâtés. Cependant, j'ai la conscience de n'avoir jamais rien fait, ni rien dit, qui puisse motiver un mécontentement de ta part ; donc, tu me fais la tète, je le répète, et je désire savoir pourquoi ?...

— Pardonne-moi, mon ami, mais je ne puis te le dire.

— Que crains-tu donc ?

— Je crains d'être grondée.

— Grondée ! toi ! au moment où je dois être, plus que jamais, le fidèle serviteur, non seulement de tes volontés, mais encore du moindre de (es désirs !... au moment où me sont doublement précieuses et ta tranquillité et ta santé!... Henriette, ce que tu dis là est mal, et tu me fais beaucoup de peine.

— Alors, tu veux savoir ?...

— Celtes!...

— Tu ne me gronderas pas?

— Je te le jure...

— Eh bien ! j'ai une envie.

— Une envie !... Petite imprudente ! Et lu ne le disais pas !... Tu ne sais donc pas les terribles conséquences d'une envie de femme

grosse non satisfaite ? Tu ignores donc que certains enfants portent, en marques ineffaçables, le caractéristique caprice maternel contrarié ?... Tu n'as donc jamais vu ces horribles taches de vin et ces framboises qui, semblant mûrir, rougissent à la belle saison ?... J'ai connu une femme qui * étant enceinte, eut l'envie de manger une grenouille... C'était stupide, grotesque, idiot, mais enfin c'était ainsi. . . Eh bien ! elle accoucha d'une tille qui..

— Oui avait une tête de grenouille ?... Oh ! l'horreur !...

— Pas la tète, non... Elle se contenta d'en avoir les sentiments... A. seize ans. elle faisait le faubourg Montmartre, en plein jour...

— C'est affreux !...

— Dis que c'est épouvantable. Tu vois donc à quoi l'on s'expose... Par conséqusnt, tu vas me faire ta petite confession, n'est-ce pas ?. .. Je m'engage d'avance quelle que soit ta fantaisie, à te satisfaire. Parle : j'écoute.

— Puisque tu l'exiges, voici... Tu sais que nous approchons de la Fête Nationale ?

— Je le sais.

— Alors, je voudrais... Mais tu vas te fâcher.

— Je t'ai juré...

— Alors, je voudrais qu'à l'occasion du 14 Juillet, tu... obtins. ... les palmes académiques !

Maurice fait un bond.

— Moi ! officier d'Académie !...

— Oh ! oui, les palmes ! les palmes !... J'en rêve.

— Mais, c'est de la folie...

— J'étais bien sûre que tu te tacherais... Oh 1 le petit ruban violet !... les palmes !

— Je ne me fâche pas, ma chérie, mon amour, mais ce que tu me dis là est insensé !... Comment veux-tu que j'obtienne les palmes ! A quel titre ? Je sais bien que les titres... Voyons, réfléchis... Ce ne sont pas les chiens écrasés et les suicides, que j'enregistre chaque jour, qui me donnent des droits !... Les palmes !... Tu veux que je demande les palmes !... Mais il y en a vingt mille qui les demandent... Raisonne-toi, Henriette.

— J'ai essayé... que veux-tu ? Ce n'est pas de ma faute.

— Je te donnerai tout ce que tu voudras, mais je t'en conjure, change d'idée.

— Impossible... C'est de ça que j'ai envie.

Maurice attéré, sort du boudoir, et murmure :

— Eh bien ! ça sera du joli !...

Un vers de parodie, lu en quelque endroit, dit :

J'adore la tiédeur dos chambres d'accouchées.

C'était le cas de faire cette citation, au sujet delà chambre d'Henriette, deux mois après le dialogue que je viens de reproduire.

En effet, dans une atmosphère très douce, mais les fein très néanmoins ouvertes et les rideaux baissés, car nous sommes en août et par une admirable journée de soleil réconfortant, sous la blancheur de ses draps brodés de dentelles, la belle Henriette geint, tandis que. tisane en main, la femme de chambre s'empresse et que la sage-femme se livre à l'examen de l'état de la patiente.

Je n'insisterai pas sur la technologie de son cas, ceci n'étant pas un conte naturaliste et n'ayant aucune envie de vous faire un cours d'obstétrique. Sachez seulement que la praticienne estime que la délivrance est proche.

Henriette est plongée dans une demi-somnolence, une sorte d'accalmie relative qui précède presque toujours le moment où les forces doivent se réveiller pour le suprême effort.

Soudain, la jeune femme pousse quelques cris.

— Ah ! ah ! ah ! ah ! ah!

Et Maurice, qui attend, tout angoissé, se dit :

— Voyons, ça va-t-il venir ? Gomme c'est amusant !... Pendant ce temps, la sage-femme, la main sous les couvertures.

prodigue des paroles encourageantes :

— Ma petite dame, encore un peu décourage. .. Quelques minutes, et ce sera fini.

— Oh ! oh ! oh ! oh ! oh !

— Un petit effort ! encore un peu !... Gomme ça, c'est très bien, poussez... Ah! enfin, le voilà, ce gaillard.

Et s'adressant à Maurice, qui n'a plus une goutte de sang dans les veines :

— Félicitez-vous, monsieur, vous êtes père...

— Ah ! qu'est-ce que c'est ?

— Un garçon, monsieur, et un beau. Voyez, c'est tout votre portrait.

— Un fils î j'ai un fils ! s'écria Maurice en se redressant non vin- quelque fierté.

SLR LES ACCOUCHEMENTS 23

— Ah ! bon sang ! s'exclama aussitôt La sage-femme.

— Qu'est-ce ? qu'y a-t-il ?

— Ah! ben, elle est bonne, celle-là ! Monsieur, monsieur, il a des pieds de canard !

— Des pieds de canard !

Et Maurice, s'arrachant les cheveux, sort de la chambre de femme, comme un fou. répétant, dans son désespoir :

— Des pieds de canard !... j'en étais sûr: ça ne pouvait pas

manquer ! . .. Il est palmé

J. Mons. Paris in nuit.

• * La grossesse devant les tribunaux

Les envies d'un mari de femme grosse. — Jocrisse disait que son père était mort en lui donnant le jour, ce qui ne peut pas être pris au sérieux; et cependant Bondonneau. quin'estpas unjocris a des allégations de la même force. Il est prévenu d'un tas de petits vols, h raison desquels le voici en police correctionnelle.

M. le président. — Vous avez été arrêté en flagrant délit de vol d'un gilet à l'étalage d'un brocanteur.

Bondonneau. — C'est vrai, m'sieu, je l'avoue; ça n'était pris

pour le vendre, je vous le jure : me trouvant sans argent et ayant

lument besoin d'un gilet. . . il commence à ne pas faire chaud...

M. le président. — On en a trouvé un chez vous.

Bondonneau. — Un gilet fait avec du drap de billard, oui : mais je ne peux pas m'en servir; il est si tellement vert que. chaque fois que je le mets, il me purge. Rires dans l'auditoire).

M. le président. — singulière explication. On a saisi chez vous tout un bazar : un couteau a papier, un abat-jour, une bobèche en verre, un paquet de pain- à cacheter, une photographie du shah de Perse, un pot de pommade...

Le prévenu. — Je m'en sers jamais; j'ai pas de cheveux. . on peut voir.

En effet, entre la tête du prévenu et une tête de veau, il n'y a guère de différence que dans les traits.

M. le président. — Un démêloir... (Ri?*es). un tire-bouchon,

un polichinelle. (Nouveaux rires.) Que vouliez-vous faire de tout cela?... et j'en passe.

Le prévenu. — Rien, monsieur.

M. le président. — Comment, rien ?

Le prévenu. — Monsieur, on n'a peut-être jamais rien vu d'aussi extraordinaire que mon caractère ; tant que ma femme n'est pas enceinte (elle l'est de son quatrième), je suis comme tout le monde : des qu'elle est enceinte, je fais un tas de petits vols; j'y comprends rien; c'est malgré moi : je vois quéque chose, n'est-ce pas ? un supposé, le couteau à papier... J'ai pas besoin de ça; eh bien, n'y a pas, faut que je le prenne, et quand je l'ai pris, je le laisse là. Même, monsieur, que j'ai consulté quéqu'un là-dessus, qui m'a dit : Ça s'est vu ça; il y a des hommes que quand leur femme sont enceintes, c'est eux qui ont les envies. (Rire général dans V auditoire).

M. le président. — Celui qui vous a dit cela s'est moqué de vous, ou c'est vous qui vous moquez du tribunal.

Le prévenu. — Oh ! m'sieu, moi que pour ce qui est du respect pour la magistrature, il n'y a pas mon pareil ! Je vous assure que c'est un monsieur très respectable et très savant qui m'a dit ça... Monsieur... attendez-donc... Monsieur...

M. le président. — C'est inutile...

Le prévenu (cherchant). — J'ai son nom sur le bout de la langue; tout le quartier le connaît comme le « houblon ».

M. le président. — Vous avez déjà subi plusieurs condamnations pour vol; légères, je dois le dire : huit jours, quinze jours, dix jours.

Le prévenu : Toujours pour des bêtises : une fois, une poire; une autre fois, deux huîtres : une autre fois, un fer à friser, et, monsieur, toujours quand ma femme était enceinte...

Le tribunal l'a condamné à un mois de prison.

Le prévenu. — Que voulez-vous ! je n'ai qu'un moyen, c'est que ma femme ne devienne plus enceinte ; je tâcherai... (On l'emmène.)

Jules Moineaux, (les Tribunaux comiques).

Supercherie. — Une fille de campagne, accusée d'être enceinte par son maître, crut devoir poursuivre ce dernier comme calomniateur. Mise en demeure d'avoir à produire un certificat d'un médecin constatant qu'elle n'était pas grosse, elle se présenta chez moi accompagnée d'une jeune fille qu'elle me fit visiter en son lieu etplace et chez laquelle je constatai tous les signes physiques de la virginité ! Celle-ci me fit délivrer une attestation dans le nom de la première qu'elle me donna.

Munie de cette pièce,, elle donna suite à sa plainte, et le juge de paix condamna l'inculpé à une amende assez forte, et, trois mois après, celle qui l'accusait de l'avoir calomniée accouchait. Cette fille, qui était bien réellement enceinte quand elle s'était présentée chez moi. m'avait alors avoué sa grossesse, en me faisant observer quelle différence il existait entre elle sous ce rapport et la jeune fille qu'elle avait substituée à sa personne, déclarant d'ailleurs être mariée.

Dr A. Toulmolxhe (Etudes sur l'infanticide

et la grossesse cachée ou simulée.)

Question médico-légale. — En étudiant les causes du divorce qui sont des injures graves d'un époux envers l'autre, le professeur Brouardel cite la grossesse en cours d'évolution au moment du ma- ■ et rapporte le cas suivant :

Le docteur Bonne fut appelé un jour, comme médecin de nuit, auprès d'une femme qui se plaignait devant son mari de douleurs hépatiques. M. Bonne trouvant que ces douleurs ressemblaient beaucoup à des douleurs expulsives, demanda à rester seul avec la malade, qui lui avoua être enceinte de huit mois et mariée depuis six semaines. Ayant rejoint le mari dans la chambre voisine, il lui exposa la vérité, et lui montrant que la vie de sa femme dépendait >n sang-froid, le pria de ne pas faire de scène dans le moment. Le mari imprudent ne secontentapas de se montrer accommodant, mais se prêta même le lendemain à une scène d'attendrissement et de réconciliation devant la famille de sa femme. En sorte que, lorsqu'il voulut divorcer quelque temps après, on lui opposa sa réconciliation devant témoins, et il ne put rien obtenir.

(Gazette des Hôpitaux

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