G ANECDOTES
Toutes enceintes. — Le juge de paix du quatrième arrondissement avail récemment à juger deux femmes habitantlarue des Jar« dins-Saint-Pau] :ces deux femmes s'étaient réciproquement injuriéea et chacune d'elles avait fait assigner son adversaire.
Au jour dit, une d'elles s'est présentée ainsi que deux témoins appartenant au même sexe, mais la seconde ne pouvant comparaître parce qu'elle était en couche en ce moment, son mari est venu exposer le fait et a demandé une remise.
— A huitaine, s'empressa de dire le juge de paix. Aussitôt, celle des deux plaignantes qui était présente s'écria :
— Pardon, monsieur, mais dans une huitaine il est probahle que moi aussi je me trouverai dans le même embarras : si vous vouliez donc bien renvoyer à pins tard.
— A quinzaine alors ! reprit le magistrat.
— Impossible, objecta alors une des femmes appelée en témoignage : dans quinze jours, ce sera mon tour.
— Oh ! alors, mettons cela à un mois, dit le Juge, qui croyait en avoir fini ; à cette époque vous serez délivrées toutes les trois.
Mais à peine avait-il indiqué ce nouveau délai que le second témoin, c'est-à-dire la quatrième femme qui devait figurer dans le procès, se leva à son tour.
— Dans un mois je serai dans le même cas. dit-elle: ainsi !...
— Ah! bah! lit le magistrat avec une profonde surprise ; vous vous êtes donc donné le mot tontes les quatre ?
Puis, il ajouta en souriant :
— Allons! mettons ça à l'année prochaine, et n'en parlons plus!.. Cette anecdote pourrait sembler avoir été inventée à plaisir: nous
en garantissons l'authenticité.
(Le Pet/'t Parisien.)
Serment et grosessse- — Le président, à une jeu ne femme qui comparait comme témoin :
— Vous jurez de dire la vérité.
— .Je le jure.
— Levez La main.
— Je ne peux pas. monsieur le président.
— Kl pourquoi donc ?
— Mou médecin me l'a défendu... à cause de ma position !
Grossesse illusoire. — Plusieurs lettres anonymes furent adressées au procureur de la République, pour le prévenir qu'une jeune femme de vingt-deux ans, Célina B..., après avoir accouché clandestinement, avait dû se débarrasser de son enfant par un crime. On donnait à l'appui de cette dénonciation des renseignements si précis, qu'une enquête sur le fait signalé fut jugée nécessaire.
De nombreux témoins furent entendus, tous habitant rue du Temple, la même maison que Célina, et tous, même la sœur de celle-ci, reconnurent qu'en effet la grossesse ne pouvait être mise en doute. Aux uns comme aux autres, Célina avait fait part de immense joie qu'elle ressentait à l'idée d'être mère: elle montrait volontiers la layette qu'elle préparait pour le cher petit être qui allait naître, et sa grande préoccupation était de trouver une nourrice convenable.
On conviendra que. dans de telles conditions, il était difficile aux parents et amis de Célina de ne pas croire cà ce qu'elle affirmait avec tant de bonheur.
Enfin, il y a de cela un mois, Célina, qui s'était, pendant deux jours, renfermée chez elle, ne recevant personne et refusant même de voir sa sœur, reparut aux yeux étonnés des voisins, avec une taille dénotant que le grand événement si pompeusement annoncé par elle s'était accompli. Mais à toutes les questions qu'on lui fit sur les incidents qui avaient précédé ou suivi son accouchement, elle ne répondit que d'une façon évasive. se contentant de dire qu'après avoir eu recours aux bons soins d'une sage-femme qu'elle nomma, elle avait confié son enfant à la praticienne qui l'avait envoyé en nourrice, dans l'Yonne.
Les commères avaient beau jeu, elles jasèrent et demeurèrent persuadées que Célina avait tué le nouveau-né. Cette conviction prit chez elles d'autant plus de consistance que, pour détourner les soupçons, elle emmena deux de ses voisines à la gare de Lyon, huit jours plus tard, pour attendre la nourrice et le bébé. L'attente fut vaine, ni l'un ni l'autre ne parurent. Plus de doute, un crime avait été commis.
Elles se décidèrent alors à dénoncer le fait au Parquet, comme nous l'avons dit en commençant. Au cours de l'enquête, grande fut la stupéfaction du magistrat qui eu avait été chargé, en acquérant la certitude absolue, avec preuves médicales à l'appui, que Célina
n'avait agi que sous l'empire d'hallucinations qui lui avaient fait prendre pour la réalité ce qui n'était que l'illusion d'un esprit malade et frappé de monomanie.
Eau trop fécondante. — Il ne manque pas d'eaux en France qui ont la propriété de rendre fécondes les femmes stériles: eau de Lourdes, eau de la Salette, source de la Marie, (des eaux de Vais. etc, etc.; mais nous ne pensons pas qu'il y en ait qui puissent rivaliser avec celle de M. Bidoche ; qu'on en juge d'après l'histoire suivante que le Progrès Médical emprunte au Petit Provençal :
« Le Petit Provençal nous donne une bien bonne histoire qui montre que, même avecles meilleures intentions de préparer la régénération de la France, il est dangereux et même décourageant dans ce cas de pratiquer illégalement, quoique avec succès, l'exercice de la médecine prolifique.
« M. Bidoche est un brave homme qui habite près de Cannes. Dans ce charmant pays toujours chaud, toujours ensoleillé et illustré par sa présence, ce digne citoyen, désireux de concourir à l'augmentation de notre race, s'est enfermé un beau jour dans son cabinet. Après de longs travaux, que les veilles ardues n'avaient pu interrompre, il sortit un jour radieux, en prononçant le mot d'Archimède et vint exhiber aux populations enthousiastes du midi une étonnante invention: l'Eau mystérieuse des Pères de la Montagne-Sainte. Cette eau, qui guérissait également tous les maux et qui allait bientôt détruire la respectable réputation de l'eau de Lourdes, avait déjà fait à M. Bidoche une renommée méridionale, ballant en brèche celle de Tartarin dans un autre genre. Tout le Midi allait se soulever et proclamer en masse la merveilleuse découverte, aplatissant comme punaise celle de notre illustre mai Ire Pasteur.
« Hélas ! un ange, une femme inconnue, Mme Bouline, est venue tout bouleverser et renverser d'un coup tout l'édifice si laborieusement élevé à la mémoire de la science française. Le déjà illustre Bidoche eut le malheur d'avoir affaire avec cette dame stérile, depuis douze ans, pourtant, que les flambeaux de l'hymen s'étaient allumés en son honneur, el lui promit, avec son eau, de lui faire engendrer un héritier destiné à perpétuer la race des Bouline, qui menaçait de s'éteindre. Chose promise, chose due. L'eau mysté-
ri. -use fut absorbée par M1"" Bouline, et l'enfant. désiré vint couronner ses vœux. Mais, ô imprévoyance coupable de Bidoche ! Il
avait mis la dose trop forte ! Après le premier rejeton Bouline, il en vint un second, puis un troisième. Mm« Bouline, qui pourtant n'avait payé que pour un, et mécontente d'une telle abondance de progéniture, traîna Bidoche devant les tribunaux.
« Voici, d'après les minutes du greffe, la déposition de la victime :
« Messieurs... Après douze ans de mariage, je n'avais pas d'enfant. M. Bidoche, que j'allais consulter en cachette de mon mari, m'ordonne une eau qui contenait, selon lui, les germes de la fécondation universelle. Je bus de cette eau et je fus bien satisfaite, puisqu'au bout de deux mois, je devenais enceinte ; mon mari aussi fut très content: mais. M. le Président, ça a mal tourné, « car après mon premier enfant, j'en ai eu un second, puis un troisième. Je fus obligée de voir de nouveau AI. Bidoche et de lui dece mander d'arrêter cela, son eau produisant trop d'effet. M. Bidoche nie répondit: Je n'y puis rien, vous pouvez faire douze enfants !.. » «et Mme Bouline s'est écriée : « Je suis en droit de me plaindre. c M. Bidoche a trop forcé la dose. »
« Malgré l'explosion de rires fous causée par cette simple et touchante exposition, malgré tout l'intérêt qu'auraient dû porter à l'infortuné Bidoche, les magistrats soucieux de toute découverte propre à donner des défenseurs et des mères à la patrie, ces derniers ont condamné le malheureux à deux cents francs d'amende!
« Bidoche, dit le Petit Provençal, se retira tout penaud en s'écriant d'un air tragique et les yeux baignés de larmes : O Hippocrate, mon divin maître ! Que d'injustices on commet en ton nom !
La grossesse d'un baryton. — Les prétextes qu'un acteur peut imaginer, pour rompre un traité qui a cessé de lui plaire, dépassent véritablement les limites de l'invraisemblable.
M. Piccaluga avait été engagé aux Folies-Dramatiques l'an pa à des appointements qui passeraient pour extrêmement convenables, si nous ne vivions pas à une époque où les exigences des acteurs sont devenues si fantastiques que bientôt les entreprises théâtrales seront tout à fait impossibles. Le jeune baryton avait en poche un bon traité decinqans qui lui assurait 1,000 fr. par mois, plus les feux à partir de la seconde année.
'M) ANKCDOTES
Mais les chanteurs sont capricieux. A eux seuls, ils occuperaient de leurs différends tout un Tribunal à l'année. M. Piccaluga, décidé à quitter les Folies-Dramatiques pour des scènes plus solennelles, s'est avisé un beau matin de trouver léonines et injurieuses les clauses de son traité. 11 en a demandé la résiliation au Tribunal de commerce, en numérotant ses nombreux griefs.
Léonine, la clause qui autorisait le théâtre à rompre l'engagement de l'artiste quand les amendes encourues par lui auraient atteint un certain chiffre :
Léonine, la faculté que se réservait la direction de réduire d'un tiers ses appointements et ses feux pendant la saison d'été, la morte-saison des théâtres ;
Léonin encore, le droit que s'arrogeait cette même direction de lui couper les vivres durant l'instance, en cas de procès.
Enfin, et c'est ici que le procès devient du plus haut comique. M. Piccaluga considérait comme injurieuse une quatrième clause qui autorisait l'administration à rompre son engagement en cas rie g?'ossesse.
Le baryton a fait sérieusement plaider par son agréé,, devant la grave juridiction du Tribunal de commerce, qui n'a cependant pas de temps à perdre, que cette confusion des sexes blessait profondément sa dignité d'homme et qu'il ne lui était pas possible de supporter sans rougir une pareille erreur dans la personne.
Que M. Piccaluga se rassure ! Ni le directeur des Folies-Dramatiques, ni le président du Tribunal de commerce n'ont songé un seul instant â s'armer des ciseaux du chanoine Fulbert. Personne ne pense à le transformer en soprano et à lui montrer le chemin douloureux de la chapelle Sixtine.
Le Tribunal de commerce — était-ce bien la peine ? — a expliqué dans son jugement que les appréhensions du baryton étaient veines. On a tout simplement libellé son engagement sur une formule imprimée à l'usage des actrices. Les directeurs de théâtre. rendus prudents par un nombre infini d'indispositions temporaires, n'engagent plus, on le sait, les demoiselles du chant ou de la danse qu'en se réservant de rompre si l'accident redouté se produit.
M. Piccaluga a obtenu simplement l'annulation de la clause de grossesse qui l'avait si fortement scandalisé et (pie la direction des Folies-Dramatiques avait oublié de biffer sur la formule imprimée.
SLR BES ACCOUCHEMENTS 31
Mais son traité n'en est pas moins valable dans l'ensemble, et le Tribunal l'a maintenu avec toutes les conséquences qu'il comporta notamment le paiement d'un dédit de 35,000 francs à la charge du chanteur... en cas de fugue.
Albert Bataille, {Le Figaro.
La grossesse dans les coulisses.
Le fameux Lully chargé do la direction du Spectacle de Opéra, ne pouvoit souffrir de voir enceintes les Actrices de ce Théâtre, non par scrupule, mais parce «pic leur grossesse les empêchoit ie remplir leur devoir. S'étant un jour aperçu que M1,e Rochois, nie des plus célèbres, étoit en cet état, il lui demanda, avec colère, le qui étoit cet enfant : la Demoiselle lui avoua qu'il étoit de le Bas, I>;^son de l'Opéra, qui luiavoit même fait une promisse de mariage. Lully voulut la voir, et MIle Rochois tira aussi-tôt de sa poche un alet de pic, sur lequel elle étoit écrite. A cette vue. il ne put reteii -on indignation, et il donna brutalement un coup de pied dans le ventre a MI,e Rochois, ce qui lui lit faire une fausse couche.
D'-Sle.
^e parterre redemandait Y Ariane de Thomas Corneille, lorsque Dancourt vint annoncer une autre pièce pour le lendemain : mais le Mtrterre ne voulait pas entendre raison.
La tâche de l'orateur était assez scabreuse . Arian e était le triomphe <lo M11" Duclos : malheureusement, elle était chargée d'un certain fardeau qu'elle n'avait pas reçu des mains de l'hymen, et qui touchait au terme prescrit par la nature.
C'était cet état qu'il fallait avouer au parterre sans blesser ladéticatesse de l'actrice, de Laquelle il savait qu'il serait entendu.
Lorsque le tumulte et I nrent ces-'". Dancourt s'avance,
fajit des excuses, force compliments, parle d'une maladie de M11* Duclos, et, par un geste adroit, il désigne le siège du mal.
A l'instant, l'actrice, qui ne perdait ni une de ses paroles, ni un de ses gestes, s'élance des coulisses suri*4 théâtre, applique uij soufflet sur la joue de l'orateur, et se tournant vers le parterre, avec le même feu, elle «lit :
— A demain, Ariane.