I-JO il JiloSlTKS HISTORIQUES
Le refrain généralement répété a réveillé L'engourdissement de cette populace (1).
Les concerts spirituels étaient, paraît-il, déjà à la mode.
On ;i exécuté hier au Concert spirituel une CantatilledeM. le marquis de Saint Marc, musique du sieur Piccini, sur la naissancedu Dauphin... Le sujel est raté absolument. Il n'a reçu aucun battement de main. On ;i trouvé que la partie du récitatif avait trop peu d'expression; le chant «lu chœur p int assez de noblesse et ne faisait pas ronfler dignement les noms de Louis et d'Antoinette, qui en formaient le refrain (2 .
Quant aux versificateurs, ce fut un déchaînement de rimes à nul autre pareil. Dans un juste accès d'humeur, quelqu'un improvisait <•«■ quatrain :
Prince dont dépendront unjour nos destinées. Longtemps Dauphin et longtemps Roi, Puisses-tù vivre autant d'années Qu'on a fait et fera de mauvais vers pour toi !
De son côté, un M. de la Blancherie (3) s'écriait :
() Monseigneur! que votre sort est doux, Non d'être né pour gouverner la France;
.Mais de ne pas avoir la moindre connaissance
De tous les mauvais vers que nous forgeons pour vous.
( lependanl tout ne fut pas également exécrable.
Entre lu multitudedes vers fades qu'a fait naître avec elle la naissance de Monseigneur 1<" Dauphin, il faut distinguer ceux-cideM.de la Ghal>eau8sière, l'auteur des Maris corrigés.
Mémoires de Bachaumont.
3 ma doute l'illustre inconnu que cite Rivarol et Champcenotz dan [eur Petit almanach des Grands hommes.
Un jardinier, connu par son dise rnement, Qui ne laissoit jamais un bon terrain en fricb Avoit un jour enté, dans un jardin charmant, Sur un laurier de France un beau rosier d'Autriche.
Son travail fut suivi du plus heureux suce L'arbuste tout joyeux de Ba métamorpb
Fit d'abord galamment les honneurs à la Rose : Mais le propriétaire eut. peu de temps api La rose Autrichienne et le laurier François 1).
A toute cette horticulture, nous prêterons V Impromptu d'un Gascon :
Sandis, vous l'entendez, Rochambeau, La Fayette,
Vous savez réunir les vaincus, les vainqueurs ; La France à son Dauphin présente tous les cœurs, Et vous forcez L'Anglois à payer la layette.
L'auteur fait allusion à la capitulation de York-Town.en Amérique. Ce succès militaire donna prétexte à une chanson où nous trouvons le couplet suivant :
Notre Dauphin a précédé (2) Cette heureuse victoire; 5t un signe bien décidé De sa future gloire.
Anglais, craignez tous ce luron, La faridondaine, la faridondon.
Il aura du poil... au sourcil
Biribi Et fera de vous des moutons.
- are noms!
Quelques vers que donnent h- Mémoires de Hardy sont passables :
1) Mémoires de Bachaumont.
2) Le chansonnier a commis ici une erreur qui s'explique facilement : la capitulation de York-Town était antérieure de trois jours à la naissance duDauphin.. mais elle ne fut connue qu'à la lin d'octobre (Raunié).
\11 CUHIQS] rÉS BISTORIQI ES
Auguste, enfant, amour de l'univers, Sur les biens que tu lais éclore, Lorsque tous Les yeux sont ouverts, Les tiens seuls sonl fermés encore.
Sourd à nos vœux, tu les remplis.
Dieux ! que ta faiblesse est puissante ! Tu fais déjà l'appui des Lys:
Tu nais à peine et leur éclat augmente. ■ An gré du monde satisfait Commence une illustre carrière; Si ta naissance est un bienfait, Que sera donc ta vie entière ?
L'épigramme elle-même trouva son compte dans cet événement de la naissance d'un Dauphin. Le vieux Maurepas étant mort le 21 novembre 1782, ce fut l'occasion de ce distique .
O France applaudis-toi, triomphe de ton sort. Un Dauphin vient de naître et Maurepas est mort.
On sait quelle vogue eut le genre poissard durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il fallait s'attendre que la naissance du Dauphin fut célébrée dans cette langue de convention, dont Vadé avait fait la fortune. Le recueil Glairambault-Maurepas, publié par M. l.aunié. contient le morceau suivant, une assez plate flatterie d'ailleurs :
La naissance du Dauphin.
si l'Roî z'esl aot pèr' à tous.
La Reine z'est^aussi not'mère :
Mes gas, réjouissons-nous,
A viant d'nous bailler un p'tit frère.
N'sra pas du pied qui s'mouchora .
Messieurs l's Anglais vous verrez ça.
I s'ra biau coin' s;» maman, Coin' el, sera sensible, Coin' son papa bienfaisant.
De Henri s'ra l'portrait visible.
( Shantons «lu soir au matin Vive lDaupliin. vive l'Dauphin !
SIR LES ACCOUCHEMENTS l-;'
âel devait ce présent
Aux vertus, aux vœux de la m< Il a fait en les combinant Le bonheur d'ià France enti< Mon Dieu ! le joli refrain :
Vive l'Dauphin, vivo l'Dauphin!
Fallait entendre not' prélat
Annoncer e'te bonn' nouvelle.
Tuchou ! comme il défila
Son éloquente kyrielle :
Pour son Roi. coin' pour son Dieu.
Il est tout d'îlamme, il est tout d'feu.
Tatudienne quen sabat Faisaient messieurs d' Aquitaine !
ient aussi gais là Qu' s'ils euss1 combattu dans la plaine. Ils chantaient tous le refrain :
Vive l'Dauphin. vive l'Dauphin î
Puur moi. je n'savais pas trop Si j'devais pleurer ou rire, Mon pauv' cœur allait l'gaJ .J'étais content : j'ne pouvais le dire. Quand l'sentiment est trop fort Ça m'coup' le sifflet tout d'abord.
Mais vous vouliez eun'chan& Il fallit bi in vous la faire.
J*yous tiens quitt1 pour la façon ; lies amis, il n'en coûte gu< Pour dire du soir au matin.
Vive l'Dauphin, Vive l'Dauphin !
Qu'il vive, ce cher enfant, Pour l'amour, pour la victoire ! D'ia dernier' goût' de mon - Je voudrais cimenter sa gloire.
<jue le diab' m'emporte à l'instant Si.j>n dis un mot plus qu' j'n sen*.
|-JÎ il RI0SI1 i> UISTORIQ1 ES
A chanter d'pareille sujel
Y a ben pus d'plaisir que d'peine.
Pour trie payer d'ces couplets, N'vous gênez donc pas, belle Reine;
Ils sont, à la rime près,
Dans le cœur de tous les Français.
Si vous croyez, malgré ça, NDus d'voir queuq' reconnais Faites encor un p'tit ga, .Madame et j'vous bâill'rons quittance; Quand on en fait d'si genti S'roit poché de se ralenti.
Ne craignez point, cher papa,
De voir croître vot' famille,
Le bon Dieu z'y pourvoira.
Fait's en que Versaille en fourmille.
Y eût-il cent Bourbons chez nous,
Y a du pain, du laurier pour tous (1).
Autre exemple :
L'accouchemenf de la reine Ou les Etrennes données à la France par Marie Antoinette 2)<
Admirons ce beau Poupon :
Queu plaisir après la peine !
I n'saurait manquer d'êt'bon^
C'est l'ouvrage du Roi d'ia Reine.
G't'Enfant aura des Vertus
Pour le moins, autant que d'écus (bis)
Partout joyeux échaffaut
Le vin coule en abondance,
Buvons à tir-la-rigot
Y à la santé cl'la Cour de France.
(1) Mme Campan nous apprend que le Roi et la Reine furent très satisfaits do ce dernier couplet et le chantèrent plusieurs fois pendant le temps des couches.
(2) < les couplets, qui se chantent sur l'air Ah ! ça v'iâ qu'est donc baclè, accompagnent une gravure de l'époque éditée parNaudet.
On nous verrait d'même en train.
Sans l'vin, les cervelats et Fpain. (bis)
Tout Français, qui n'sait pas ça ?
Pour ses Rois a d'ia tendresse.
Le Peuple, sus s't'artic-là
Va de pair avec la Noblesse.
A Versaille on est content.
A Paris on l'est bien autant, (bis)
La Correspondance <ic Grimm signale une des plus étonnantes éliicul (rations poétiques auxquelles jamais naissance royale ait donné lieu :
VAutoneïde ou la Naissance du Dauphin cl de Madame Royale, poème en sept chants et en vers libres, par M. Peyraud de Beaussol, auteur des Arsacides, tragédie en six actes, et qui n'est tombée, à ce que dit l'auteur, que parce qu'elle n'était pas en sept :1e plan le plus absurde qu'il soit possible d'imaginer, des tirades de vers que la muse de Gresset n'eût pas désavouées, quelques descriptions pleines de chaleur et d'harmonie, mais en général, un style parfaitement digne de l'extravagance du plan et des idées.
Chant I.— L'auteur se promène au Luxembourg, le jour du premier accouchement de la reine (2). Il invoque le dieu du Jour, mais le Vent du Xord se lève pour s'opposer aux bienfaits de ce dieu et répandre un froid mortel sur l'horizon.
II. - L'Aquilon et le Vent du Midi partent en même temps : les deux rivaux s'envisagent des deux extrémités du monde et se disputent la gloire de régner sur la France 2).
III. — Le dieu du Jour l'emporte sur les deux Vents. La nation se livre à la joie. Apparition d'une divinité entourée d'un grand nombre d'esprits.
IV. —Inquiétude du poète sur cette apparition. Naissance du premier enfant de la reine. Le poète est transport»' par son génie à Versailles.
(1) Nous avouons ne pas saisir la signification de ce titre à apparence grecque. Fait-il allusion à l'automne (11 décembre L778 et 22 octobre 1782) Baison dans laquelle Marie-Antoinette lit ses deux premières couches?
(2) L'astrologie avait, jusqu'alors, joué son rôle dans les naissances : c'est maintenant le tour de la météorologie.
V. — Le poète à Versailles reconnaît l'impuissance des divinités qu'il a implorées; il a recours au vrai Dieu, de concerl avec toute la Franc-.
VI. — La France, rebelle aux -décrets du Ciel, n'en obtient rien; par Ls élans deTamour pur 1). elle se met en état de lui être agréable. L'Eternel esl prôl à descendre.
VII. — Il descend, annonce un Dauphin à la Reine, donne des con- Beile à la princesse de Guéménée, à la princesse de Marsan, et retourne ensuite aux cieux. La France chante un hymne de reconnaissance, et le poète termine ainsi sa sublime rêverie :
Je ne respire plus qu'au sein d'un incendie,
Kt grâces à mon Dieu, queje vois au grand jour, Je ne sens plus les douceurs de la vie Que par les brasiers de l'amour.
En province, la joie s'était aussi manisfesté avec éclat. Voici quelques documents tirés des Mémoires de Bachaumont : (2).
2 Novembre. — Extrait d'une lettre de Rouen du 27 octobre... Le mercredi '!'i. on finissait la Veillée villageoise, etdéjàle public se disposait à sortir, lorsque plusieurs coups de fouet se firent entendre derrière le théâtre et retinrent la foule. Les acteurs en parurent étonnés et voyant entrer sur la scène un courrier en bottes fortes, ils l'entourèrent avec empressement. Il répondit par des couplets sur l'air : Par la p'ti? poste de Paris, analogue à la nouvelle du jour et dont le refrain était Vive V Dauphin, Vive V Dauphin. Le public le répéta dans une ivresse de joie inconcevable. Le rôle de courrier était fait par le sieur Patras, auteur des couplets.
96 Novembre. — A Vienne, en Dauphiné, M. l'archevêque, de même que Les maires et éche vins, a doté plusieurs tilles et distribué d'abondantes aumônes.
A Villeneuve-le-Roi, élection de Sens., un particulier, au lieu d'illu-
(1) Singulière intervention du quiétisme.
(2) On trouvera dans Le Mercure de France de nombreux détails sur les réjouissances publiques de Tari- el de la province à l'occasion de la naissance des Dauphins. G'esl an peu la répétition de celles que nous ;i\ ons décrites dans nus Accouchements a la cour et de celles que nous rappelons ici.
SLR LES ACCOUCHEMENTS 121
miner sa maison, a mieux aimé payer la taille «les pauvres de sa pa" ce qui adonné lieu à l'impromptu suivant :
J'ai vu l'autre jour à ta p Ont malheureux - de tes bienfaits;
Des lampions de cette Borte.
Ami, ne 8 'éteindront jamais.
29 Novembre. — M. Le Pelletier, intendant de Soissons. prépara, le dimanche -2-j. une fêle pour la naissance du Dauphin : il y a fait inviter les principaux laboureurs de - néralité. Après le Te Detim, auquel ils ont assisté, au milieu de toute la noblesse, ils ont été placés av dames les plus distinguées de la ville et des environs, à une table où étaient i'évêque, l'Intendant et les g - Les plus décon -
En commémoration de l'événement et, dans cette fermentation g raie de patriotisme, ces laboureurs ont demandé se harger chacun d'un orphelin, auquel il- donneraient le surnom d'Antoine. Il est à remarquer que. parmiles agriculteurs, il en est qui ont.déjà 12, 13 et li enfants.
11 Décembre. — Extrait «l'une lettre de Limoges :
Pour élever un monument durable de notre joie à l'occasion du prince Auguste, que toute la France célêbri "s municipaux ont ré-
solu dr- construire au plutôt une fontaine publiqu - nom d Fon-
taine-Dauphine.Elle sera ornée d'attributs convenables à la circonstance avec l'inscription suivante :
Auspiciis ' D.D. MariiJoan Bapt. Nic.d'Ain Provincial Praefecti :
Gurantibus h. Lui. Nauvissard, Praetore urbano, I). Lud. Estienne Proprael .1-Milibus
1 particuliers avaient de même >ignalé leur zèle pu.
ouvres charitables.
« Le jour de la naissance de M. 1h Dauphin. MM ;iers
delà i smie de l'assistance des prisonniers, reçurent une hutre d "un
inconnu qui leur faisait part de leur intentioi
livrancH des prisonniers pour - m il
leur -lé ferait le choix. En effet, le lendemain 2:J. l'argent leur fut ap-
et ils procurèrent la liberté ;'i ehaumont).
1 liS CURIOSITES HISTORIQUES
l >. Jos. jacq. Juge, Joann. Tauchon, Mark Barbon. Jos. Fournier;
Hoc Ob natum, ovantibus Gallia Delphinum
Publicœ felicitati, Gratulabundé posuit monument uni
Urba Lemovicensie Non. Novemb. Auno. M. DCC. LXXXT.
Cette inscription simple est dans le véritable style lapidaire; elle est de M. L'abbé Vitrac.
En < ait iv. on a résolu d'inviter les propriétaires des maisons qui restent à bâtir sur une place d'embellissement et de commodité, en rotonde, déjà commencée dans le même quartier, sur des façades régulières, à les faire reconstruire au plus lùt,conîormément au plan adopté par le ministère, et qu'elle serait nommée, dès ce moment. Place Dauphine.
Enfin le 28 décembre 1781 eut lieu une dernière fête.
Les gardes du corps obtinrent du roi la permission de donner à la reine un bal paré dans la grande salle de l'Opéra de Versailles. Sa Majesté ouvrit le bal par un menuet qu'elle dansa avec un simple garde nommé par le corps, auquel le roi accorda le bâton d'exempt. La fête fut des plus brillantes; tout était alors joie, bonheur et tranquillité (1).
Cent un coups de canon. — On sait qu'à la naissance desprinces, on tire cent-un coups de canon en signe de réjouissance. Pourquoi ce chiffre ? Cette question a été posée dans les concours historiques du Musée des Familles et voici la réponse. L'origine n'aurait d'ailleurs aucun rapport avec la venue au monde d'un futur grand de la terre :
s'il faut en croire la tradition allemande, ce serait à Augsbourg que, pour la première fois, une salve d'honneur aurait été composée de cent el un coups de canon, pour recevoir un empereur qui revenait d'un»'
1 1 1 Madame < Sampan.
SUR LL- ACCOUCHEME.N fS 129
campagne heureuse, le conseil delà ville d'Augsbourg décida qu'il sérail tiré cent coups de canon. L'officier de service n'étant pas bien sur du nombre exact de décharges qui avaient été faites, en ajouta une pour que,
en tout cas, la centaine fut complète. Une ville voisine tenant à ne pas paraître moins enthousiaste, ordonna de tirer le même nombre de coups; et commeune semblable recommandation passa de ville en ville, ce fut ainsi que s'établit, dit-on. la tradition.
Deux questions d'ancien droit. — 1" Le désaveu de paternité avant le Gode civil. — On sait que, pour ce qui concerne la paternité légitime, le législateur actuel, saisissant la présomption la plus voisine de la preuve, a posé cette règle générale : L'enfant co pendant le mariage a pour père le mari, ('/est l'axiome du droit romain : Is pater est quemjustœ nuptiœ demonstrant. Cependant le Code civil reconnaît le père recevable à désavouer l'enfant dans certains cas : naissance prématurée, impossibilité physique ou morale de cohabiter avec la même, adultère de l'épouse, etc.
Nos anciennes lois étaient beaucoup moins larges et ne s'écartaient pas volontiers de la présomption légale. Une beauté légère de l'ancienne cour, Madame de Salignac. le rappela, un jour, fort cavalièrement, à son mari :
— Je suis grosse, lui dit-elle, vous savez bien que ce n'est pas de vous, je vous conseille de n'en pas faire de bruit, car si on met cela en procès, vous perdrez, parce que vous savez qu'il est dans les lois de ce pays-ci, que tout enfant né dans le mariage appartient au mari ; ainsi il sera à vous, de plus, je vous le donne.
L'anecdote est du commencement du XVIIIe siècle ; elle a été rapportée, croyons-nous, par la duchesse d'Orléans, dans sa Correspondance (1).
(1) Les Anecdoctes secrètes du XVZJT/e siècle par Nougarei (1742-1833
nous rapportent un bel exemple de sang-froid donné par un mari et une femme dans une circonstance analogue.
Un mari, revenant de l'Amérique, trouva safemme lui présentant six jolis petits entants : il demande tranquillement :
— Qu'est-ce que cette troupe d'amours ?
— Ce sont nos enfants, répond sérieusement l'honnête dame.
— Je ne me croyais pas une si aimable famille. Un moment après :
— Ah ça. ma bonne, nous n'en ferons plus d'autres... Nous en avons pissez, n'est-ce pas ?
— Comme vous voudrez, mon ami.
T. II
i;m m Riosn as historiques
La recherche delà paternité avant le Gode civil. — L'article 340 de notre code civil interdil formellement la recherche de la paternité 1 1 . laquelle, disent sagement les jurisconsultes, est de sa nature, éminemment incertaine. Cette disposition légale, joie des célibataires et tranquillité des maîtres qui engrossent leurs servantes, n'.existait pas dans notre ancien droit . Nous lisons dans les Anecdotes du dieu-huitième siècle :
Une contestation est prête à s'élever entre M. le prince de Nassau (Mailly, car il n'est pas reconnu en Allemagne (2), et Mlle Fleury. une des impures très renommée qui excite actuellement les hommages de Nosseigneurs. Celle-ci a vécu longtemps avec M. le prince de Nassau; il l'a quittée grosse; il en est venu un enfant dont elle a déclaré à l'Eglise p<»ur père le prince en question : il a, en conséquence, été baptisé sous son nom. Celui-ci, absent, a été fort alarmé de cet événement; il a fait de- démarches pour se faire rayer de l'acte baptistaire, et comme cela n'est pas possible, il est en instance pour l'exiger en justice. On ne doute pas qu'il ne perde, l'usage constant de ce pays-ci étant qu'une tille, même publique, ayant pour elle la notoriété de l'habitation préalable, en soit crue sur simple déclaration ; ce qui donne au bâtard le droit d'exiger ensuite en justice une pension alimentaire de son père.
Naturellement, la mère pouvait, en pareil cas. exiger également • les secours. L'Intermédiaire des <-i<,-iei<x nous donne, sur cette question, un document singulier par sa crudité naïve. Il a élé pris surlesregistres d'une commune rurale de l'Eure, et le copistea scrupuleusement respecté le style et l'orthographe de l'authentique :
Aujourd'hui mercredi 31 octobre L792, l'an premier de la République française 3) d'après le rapport de Françoise Desportes, fille mineure de Jean-Jacques Desportes, laboureur, demeurant au Mesnil d'An dé. Elle nous a requis, eu présence dudit Desportes, son père, nous maire et
1 1 1 1 Hé seule exception a été admise : Dans le cas d'enlèvement lorsque L'époque de cet enlèvemenl se rapportera à celle de La conception, 1«' ravisseur pourra être, sur la demande des parties intéressées, déclaré père <\<' L'enfant.
(2) Sa mère, Charlotte de Maillv,ayan1 abandonné son époux, Ignace Emmanuel de Nassau-Siegen, celui-ci avait fait déclarer non Légitime bob Bis présumé Charles-Henrî-Nicolas-Othon (1745-1805).
S i ode civil date du < Jonsulat.
SLR LES ACCOt CHEMEN fS L3J
officiers municipaux < l » ' la paroisse d'Ami-'-, de lui dresser procès-verbal, en nous déclarant qu'elle se trouvait enceinte d'après s'être amusée avec Louis Prévost, dan'; plusieurs occasions, donl la première fois se sont trouvés en revenant du pèlerinage de Saint-Lubin, dans la cotte entre Saint-Lubin et Louviers, auprès d'une haie; la seconde, dans les grandes vignes du Mesnil : la troisième, dans la maison de mon père durant la la grandemesse, et les autres fois autant qu'il adésiré, dont je me déclare de ma grossesse d'environ sept ou huit mois. En foi de quoi nous lui avons, d'après sa réquisition, le présent pour lui servir et se pourvoir envers ledit Louis Prévost à ce sujet, dont la fille Desportes a signé on jurant la vérité, en présence de nous maire et officiers municipaux, les jour et an que dessus.
Marque deFrançoise Desportes.)
Louis Desrues, officier.
Nicolas Desrues, procurera
Jean Déporte.
André Dire, greffier.
Xoél Desportes, maire.
Déclaration de naissance d'un hermaphrodite. — Le Figaro du 18 septembre 1869 dit qu'il vient de se passer à Passy un fait sans précédent dans les annales de la médecine.
Le médecin de l'état civil a eu à constater la naissance d'un hermaphrodite chez lequel les deux sexes étaient parfaitement visibles. Gomment va être inscrit ce nouveau-né? Est-ce une fille? Est-ce un garçon ? Voilà les questions qu'il faut résoudre. Le médecin accoucheur tient pour la prédominance du sexe féminin et celui de l'étal civil pour celle du sexe masculin. Jugez si le cas est embarrassant.
Or il y a au moins un précédent du siècle dernier et voici comment le cas fut constaté.
Dans le registre des naissances de la paroisse Bonne-Nouvelle, à Paris, on lit ce qui suit :
L'an 1741, <'t 1.' 1er août, aété baptizé un enfant dontla nature, quant à l'espèce de masle ou femelle, avant les deux noms, a .'-t.'' déclarée incertaine par la dame Lecierc, maltn femme, qui a et.'- nommée
]:!:! Cl RIOSITÉS BISTORIC I I -
dans l'incertitude comme masle François-Marie, enfant de Pierre-André Levasseur, m« cordonnier, el de Marie-Agathe Brunet, son épouse, demeurant nie Neuve-de-Cléry, de cette paroisse, par Jacques François Martin et par Marie Pourdin. Le père et la marreine ont déclaré ne Bavoir signer. Le parain et la sage-femme ont signé avec nous.
Dupuis, prêtre.
Un compliment de famille. (1742.\ — Le maréchal de Nbailles avait deux fils, le «lu.- d'Agen el le comte de Noailles. La femme dû dernier (1) a accouché «l'un garçon. Le maréchal, qui est gouverneur de Versailles, a fait ordonner des feux de joie pour cette naissance. Tout le mondea été indigné ici de cette audace, et M. le duc d'Agen, à ce qu'on prétend, a exprimé l'indignation publique parles vers burlesques que vous allez lire :
Orgueilleux calotin, faux dévot de Noailles, Frauduleux emprunteur, vraizéfode batailles
< >s "/-vous Arlequin, affrontant tout Versailles,
Par la force extorquer des feux pour vos merdailles?
Les sages ont gardé leur bois st leurs futailles
Pour célébrer les fruits des dauphines entrailles.
Ou pour se réjouir lors de vos funérailles [3).
Nouvelles littéraires de l'abbé Râynal(4).
Naïveté d'une jeune épouse. — M. de Cypière, fils de l'intendant d'Orléans, épousa une jeune fille qui n'avait pas encore douze ans. Après la cérémonie, on réintégra la jeune pensionnaire au couvent-»
L) Cette dame, née d'Arpajon, par un privilège assez singulier de la maison dont elle était sortie, était grand croix de l'ordre de Malte.
(2) Le comte de Noailles était maréchal des camps et armées du roi. D'ailleurs les Noailles ne passaient pas pour braves. On disait qu'à Fontenoy, le duc de Biron avait changé trois t'ois de cheval, le maréchal de Saxe trois fois de chemise, un de Noailles trois fois de culottes. Les épigrammes de ce genre pleuvaient.
M. Le duc d'Agen était aussi bon frère qu'excellent oncle.
I) Publiées par MM. Tourneux en tête de la Correspondance de < Irrimm.
I H LES ACCOUCHEMEN l - 13,'}
Maisavant de quitter celui qui ne devait être sou époux de fait que quelques années plus tard, celle-ci, qui avait entendu parler vaguement par ses compagnes des conséquences du mariage, dit gracieusement à M. de Gypière :
— Au moins, monsieur, n'oubliez pas do me taire sortir pour mes couches.
La boîte à perruque de M. le lieutenant de police. — Le lieutenant général de police il) s'était t'ait faire nne perruque neuve pour le mariage de sa fille: un garçon perruquier apporta cette perruque dans une boite. Le travail fini, il demande la boite à son valet de chambre: mais quelle fut sa surprise lorsqu'en place d'une perruque sénatoriale, il trouva un enfant mort ! M. Lenoir fit aussitôt chercher le maître perruquier, lequel voyant le fait, demanda beaucoup d'excuses, et conta que sa femme était accouchée la surveille, que l'enfant était mort peu après, qu'on avait apparemment confondu les deux boites, et enterré celle où était la perruque. Ce quiproquo a fait beaucoup rire le magistrat et son monde, et l'on assure que la perruque a été exhumée et l'enfant mort mis en terre à sa place (v2).
Les deux abbés beaux-frères ou le vice récompensé. -- M. Le-
grand, prévôt de Saint-Germain, me contoit, ces jours-ci, une histoire dont il m'a fort assuré la vérité, la voici: l'on en croira ce qu'on en voudra. Il prétend que défunt M. le cardinal de Rohan, peu de temps avant sa mort, avoit présenté à l'évoque de Mirepoux, un jeune abbé de qualité, et lui demandoit pour lui une abbaye : le Mirepoix promit. Un bénéfice vient à vaquer, le cardinal et l'abbé furent le sommer de sa parole; ce funeste évêque les refusa, en ajoutant que M. l'abbé savoit bien lui-même, l'impossibilité où il étoit de lui accorder ce qu'il demandoit. L'Abbé, qui se sentoit irréprochable du côté des mœurs, et à tous autres égards, pressa si vivement M. de Mirepoix de lui déclarer, devant le Cardinal de Rohan, les causes de son refus, que ne pouvant plus reculer, il lui dit :
— Eh bien ! Monsieur, puisque vous m'y forcez, je vous dirai que je suis étonné que vous pressiez le roi de vous accorder une grâce, dans le
(1) M. Lenoir.
(2) Anecdotes sect*ètes du dix-huitième siècle.
13 ', il RIOSITÉS BISTORIQI ES
temps que Madame votre Boeur, abbesse de..., vient de donner un scandale public et est accouchée ces jours-ci: sachez, Monsieur, que Sa Majesté a disposé du bénéfice que vous demandez en faveur de M. l'abbé'".
— Comment ! reprit vivement M. le Cardinal de Rohan, que ditesvous, Monseigneur! outre que les fautes sont personnelles et que ce jeune homme, qui est vertueux, ne doit point être puni de celle de sa Boeur; c'est crue l'abbé"*, à qui vous avez donné le bénéfice, est celui qui a fait l'enfant à la sœur de Monsieur.
Le Mirepoix. malgré tout son esprit, resta pétrifié.
Gh. Collé, Journal historique.
Madame du Ghatelet et Voltaire. —-Voltaire fut l'amant de Madamedu Ghatelet (1), mais fut-il le père de l'enfant qui coûta la vie à la nymphe de Cirey ? Voici ce qu'en pense Collé :
Madame du Ghatelet (la -véritable) est grosse. La dernière personne qu'on a soupçonnée est son mari, comme l'on croit bien. M. de Voltaire n'en est point coupable, non plus, à ce qu'on assure; tout le monde veut que ce soit M. de Saint-Lambert qui a fait cette ânerie-là. On prétend qu'elle a pris cet officier pendant une absence de Voltaire. Ce changement fit dire, dans le temps, cet ancien proverbe :
C'est aujourd'hui la Saint-Lambert, Qui quitte sa place, la perd.
Quoiqu'il en soit, elle est grosse, sans avoir pensé qu'elle avoit quarante-cinq ans (2\ ou, c'est peut-être ce qui l'aura engagée à s'abandonner à la Providence, et ce qui l'aura rendue intrépide sur les suites qu'elle devoil médiocrement appréhender.
Cependant, quand elle a vu qu'elle s'étoit trompée, il a fallu néces-
il si Ton en croit Chamfort, dans ses Caractères et Anecdotes. Voltaire qualifiait parfois assez singulièrement sa maîtresse: « M. de Voltaire se trouvant avec madame la duchesse de Chaulnes, celle-ci, parmi les éloges qu'elle lui donna, insista particulièrement sur l'harmonie de sa prose. Tout d'un coup, voilà M. âe Voltaire qui se jette à ses pieds : « Ali ! Madame, je vis avec un cochon qui n'a pas d'organes, qui ne sail pas ce que c'est qu'harmonie, mesure, etc. »
Le cochon dont il parlait, c'était Ma. laine du Ghatelet. son Emilie.
2 Collé vieilli 1 Mme du Ghatelet de 3 ans.
sairement qu'elle cherchât, comme uiip honnête femme, la compagnie de son mari, qui, depuis douze ou quinze ans, ne lui avoit pas dit un mot plus haut que l'autre, et ça été le diable. 11 n'étoit point à Lunéville, où ce beau coup-là s'est fait. Elle a été obligée de prier le roi Stanislas «le l'y faire venir. Le roi n'avoit nullement la fureur de M. du Ghatelet, qui l'ennuie tant qu'il veut : mais les instances réitérées de sa femme l'ont emporté; il est arrivé.
Ce n'étoit pas le tout que d'arriver, il étoitbien aussi difficile de l'amener au but: avec un peu de peine, il y est venu, et le tout s'est passé à la satisfaction de cette grande physicienne. Sur cela, quelqu'un disoit :
— Mais quelle diable d'envie a donc pris à Madame du Chatelet de coucher avec son mari ?
— Vous verrez, répondit-on, que c'est une envie de femme grosse (1).
En septembre 1749. Collé écrit :
Madame du Chatelet est accouchée dans le commencement de ce mois-ci. Dans une compagnie où étoit la Maréchale de Boufllers, onexagéroit le ridicule qu'il y avoit eu à Madame du Chatelet d'avoir fait un enfant à son âge: sur quoi la bonne Maréchale soutint qu'il n'étoit pas aussi grand que celui que Madame Dubocage s'étoit donné en faisant une tragédie.
La marquise mourut huit jours après avoir missa fille au monde voici Fépitaphe qu'on composa sur cet événement :
Ici gît qui perdit la vie Dans le double accouchement D'un traité de philosophie Et d'un malheureux enfant.
Lequel des deux nous l'a ravie ?
(1) Le même mot mis en vers et. en conséquence, gâté par Lallemand :
— Quelle nouvelle, mon ami ?
— Aucune: sinon qu'Aspasip Reprend, dit-on, la fantaisie De coucher avec son mari.
— Quel conte ! l'aventure est fauss Aurait-elle assez peu de goût...
— Bon ! son état excuse tout :
C'est un désir de femme gross
13G Cl RIOSITES HISTORIQUES
Sur ce funeste événement, Quelle opinion doit-on suivre?
Quand Saint-Lambert s'en prend au livre, Voltaire dit que c'est l'enfant.
Voltaire disait, en effet, que M° du Chatelet avait plus de peine à mettre au monde un enfant qu'un livre.
Cependant les lignes suivantes, qu'il écrivait au comte d'Arganlal. prouvent que la marquise accouchait avec la plus grande facilité;
Mme du Chatelet, cette nuit, en griffonnant son Newton, s'est sentie mal à son aise, elle a appelé une femme de chambre, qui n'a eu que le temps de tendre son tablier, et de recevoir une petite fille qu'on a portée dans son berceau. La mère a arrangé ses papiers, s'est mise au lit, el tout cela dort comme un ciron à l'heure que je vous parle.
Il fait allusion au mémo événement dans cet autre passage ;
Moi qui dans les derniers temps desa grossesse ne savais que faire, je ni«> suis mis à l'aire un enfant tout seul: j'ai accouché en huit jours de Catilina. I l'est une plaisanterie de la nature qui a voulu que je fisse en une semaine ce que Grébillon avait été trente ans à faire. Je suis émerveillé des couches de Mme du Chatelet et épouvanté des miennes.
Les enfants de Marmontel (1). — La femme de M. Marmontel, dont on a annoncé le mariage dans le temps, avant fait une fausse couche, l'épigramme a suivi sur le champ.
Marmontel s<> ûattoit enfin
De porter le doux nom de père ;
Sa femme devoit en lumière
Mettre incessamment un dauphin
Mais, espérance mensongère!
— Eh bien ! quoi? — Vous le devinez,
Depuis longtemps il ne peut faire
Hélas î que des enfants mort-nés. (2)
1 l7-js-i;:i!i.
2 inecdotes du dix-huitième siècle
Une série d'échecs avait accueilli les tragédies de Marmontel : Cléopâtre,\es Héraclides, Egyptu$;\\ n'en avait; d'ailleurs pas
moins gardé sa réputation comme prosateur.
Sur Madame de Durfort. — Tiré «lu mémo recueil : Madame la duchesse de Durfort, belle-fille deM. ieduc de Duras, que t«>ut le inonde sait ne point vivre avec son mari.
est accouchée. M. le chevalier de Bonfllers a fait la chanson suivant»' à cette occasion. Il faut savoir qu'elle a pour nom Marie.
Votre patronne Fit un enfant sans son mari:
Bel exemple qu'elle vous donne !
N'imitez don iemi
Votre patronne.
Pour cette affaire - ivez-vous comme elle s'y prit?
Comme vous, n'en pouvant pas faire,
Elle eut recours au Saint-Esprit li Pour cette affaire.
La Renomn.
Vanta partout ce trait galant :
Elle n'en e>t que mieux famée,
X craignez pas. en l'imitant.
Renommée.
Beau comme un ange.
Sans doute Gabriel étoit.
Vous ne devez pas perdre au chai
L'objet qui plait. est. en effet.
Beau comme un ange.
(li Ce passage nous remet en mémoire c^tte explication laconique du divin mystère :
- unt-Esprit Jadis s'v prit
Bien" Car il le fit Sans qu'on y vit Rien :
i:tS <.i RIOSITÉS HISTORIQUES
Belle Marie, si j'étois L'archange amoureux, I destiné pour cette œuvre pie, Que je voua offrirois des vœux,
Belle Marie.
Grossesse extraordinaire. — Mme Gampam racontait à M. Maigne, médecin des Hôpitaux de Mantes, une grossesse abdominale, dont on a observé d'autres exemples (1). et à laquelle l'incendie est complètement étranger :
Mme la marquise de Forges, dont le mari était grand fauconnier, habitait Versailles. C'était en 1775. Elle était enceinte; pendant le travail de l'accouchement, elle apprit une nouvelle fâcheuse, le feu avait pris à l'un de ses hôtels. Les douleurs cessèrent et la marquise resta enceinte vingt-cinq-ans; elle mourut au bout de ce temps. A l'ouverture de son corps, on trouva l'enfant pétrifié.
Plusieurs années avant sa mort, le marquis deCréqui lui dit dans un salon :
— Madame La marquise, vous ferez bien, ce me semble, d'avaler un précepteur pour monsieur votre fils; sa barbe doit commencera pousser.
Trois mots de médecins. — Le premier vaut par sa verdeur, les deux autres par leur dignité:
C'était après une chasse où la cour avait parcouru les bois toute la journée. On étail à la Muette quand une dame, qui était enceinte, éprouva ces premières douleurs qui indiquent un prochain accouchement. Détait Impossible de la transporter à Paris, et peut-être n'aurait-on pas même le temps -de faire venir un médecin. Le roi était dans la plus grande détresse.
— oh mon Dieu ! s'écria-t-il, mais, si l'opération presse comme on le dit, qui donc s'en chargera ?
— Moi, sire, répondit le premier chirurgien La Peyronie (2) qui se trouvait là. J'ai accouché autrefois.
(1) Voir notre Génération humaine.
: 1678-1747). C'était un fort honnête homme.
SLR LES ACCOUCHEMENTS 1W
— Oui, (lit M"e de Charolais : mais cel exercice demande fie la pratique, et peut-être n'êtes-vous plus au fait ?
— Oh î n'ayez aucune crainte, mademoiselle, dit La Peyronie, blessé qu'on mît sa science en doute, on n'oublie pas plus aies ôter qu'à les mettre.
On appela à la cour le célèbre Levret il pour accoucher la feue Dauphin? (2). M. le Dauphin lui dit :
— Vous êtes bien content, M. Levret, d'accoucher Mme la Dauphine : cela va vous faire de la réputation.
— Si ma réputation n'était pas faite, dit tranquillement l'accoucheur, je ne serais pas ici. (3)
Le dauphin était malade : Antoine Petit (4), qui était son médecin, habitant une campagne à quelques lieues de Paris ; chaque matin une voiture de la reine Marie-Antoinette venait le prendre, et le conduisait auprès du prince. Un jour, la voiture revint vide : Petit avait refusé de partir. Le lendemain, la reine lui en fit quelques reproches ; le médecin s'excusa sur ce qu'il était appelé auprès d'une paysanne en couches et très malade.
— Et c'est pour cela, répondit la reine, que vous avez abandonné mon iils !
— Je ne l'ai point abandonné, Madame, dit le médecin ; il eut été le tils de l'un de vos palfreniers, que je ne lui aurais pas donné plus de soins.
A propos du premier accouchement de Marie-Caroline de Naples. — Ferdinand IV de Naples était un assez pauvre homme : il avait épousé une maîtresse femme. Marie-Caroline d'Autriche, sœur de notre Marie- Antoinette. Gomme tous les >uronne,
Ferdinand souhaitait ardemment d'en avoir un tils : la reine lui donna d'abord une fille (177-2. Il n'osa montrer son dépit et lit contre fortune bonne mine, sinon bon cœur. Le ministre de
(1) V. Accoucheurs et sages-femmes célèbres p. lii.
(2) S'apat-il de la première ou de la seconde femme du fils de Louis XV et de Marie Leczinska, nous ne savons trop.
(3) Chamfort. Caractères et a \
(4) V. Accoucheurs ri ■'>/,,■>•< j>. L50.
I i<» i i RIOSITES MST0RIQI ES
France mandait à Choiseul : « Afin que personne ne s'imaginât qu€ la naissance «l'une princesse au lieu d'un prince rendit sa satisfaction imparfaite, il avait soin de dire que les enfants mâles viendraient à leur tour. » De son côté, le sceptique abbé Galiani, olori deretourà Naples, écrivail à son ami le chevalier Magallon, charge d'affaires d'Espagne : « Nous avons accouché, comme vous savez bien. I ta souhaitait un garçon : il viendra (1). La mère a bien une mine accoucheuse (2) el je crois qu'elle nous remplira de petits primes. Vous n'accouchez pas vous autres : tant mieux pour M. le contrôleur-général.» Le contrôleur général était un ministre des finances, Grabiani, qui était bon économiste, savait calculer ce que coûte au trésor un accouchement de cour.
Une monstruosité royale. — Au Chapitre LU de ses Mémoires, Alexandre Dumas, le père, avance ceci à propos de Gustave III. roi de Suéde, assassiné par Anckorstrom en 1792:
Marié. en 1766, à Sophie-Madeleine de Danemark, le roi n'avait pas encore d'héritier de sa couronne en 1776.
Or, la noblesse suédoise attribuait la stérilité de la Reine aux mènes causes que celle de Louise deVaudemont, femme de Henri III. Comme le dernier des Valois, Gustave avait des favoris dont la familiarité faisait tenir sur le prince les propos les plus étranges. Les seigneurs décidèrent, en conséquence, un beau jour, qu'il serait fait au roi des reinontrances sur la stérilité de la Reine, et qu'il serait supplié de faire cesselj cette stérilité par tous les moyens qu'il aurait en son pouvoir.
< rustave promit d'avis. t.
Le soir môme du .jour où il avait engagé sa parole aux seigneurs suédois, il prit son écuyer Monk, le conduisit au litde la reine, et là, devant la pauvre femme toute rougissante, il lui exposa le service qu'il demandail de lui et sortit en renfermant dans la chambre royale.
Quelque temps après la grossesse fut proclamée et la reine accoucha d'un prinrr. qui, après, la morl de son père, régna sous le nom de dustave IV.
Il faut se défier de l'histoire faite par les romanciers.
(1) François I de Naples naquit en L777.
Pour faire des enfants, Marie-Caroline n'y épargnait pas la façon; d'autres que son mari, particulièrement le ministre Acton et le comte Ga^ ramanica en surenl quelque chose : il est vrai que, plus tard, à tous led faiseurs d'enfants, elle préféra lady Hamilton.
SUR LE- ACC0I I HEMENTS 1 'il
Target, père delà Constitution. — L'avocatTargel siégeail au tôtë gauche de l'Assemblée de 1789. Il l'ut nommé président du coûité de constitution. Dieu sait combie n de caricatures 1 et de facéties criblèrent cette malheureuse constitutions conçue dansles orages et qui ne put jamais venir à ternie. Une des plus répandues. fut de représenter Target, dont le ventre était fort rebondi, comme étant toujours sur le point d'accoucher de son projet. La constituion elle-même reçutdes royalistes le nom de Targette, Targetine, Targinette. Àunuméro 66 des Actes des apôtres, nous trouvons: Les douleurs de Target ou les travaux d'Hercule. C'est nue lettre adressée aux journalistes, avec l'épigraphe : Emisit spiritum
A.ux quabante-cinq auteurs des Actes des Apôtres
Messieurs,
Votre journal étant le recueil le plus patriote de3 grandes opérations de la plus auguste et de la plus décente assemblée de l'univers, j'ai été bien étonné de ne vous avoir pas encore vu rendre compte de la scène intéressante qui suivit la démarche que le pouvoir exécutif vint faire (si librement), le i février, au manège national: je veux parler, Messieurs, du serment auguste fait par nos vertueux représentants: serment solennel, dont un heureux hasard m'a rendu témoin et dont aucune circonstance ne m'a échappé.
Vous savez combien nous sommes dans l'attente du grand œuvre de la régénération conçu dans le sein de notre immortel Target : ce grand œuvre, dont il n'est point accouché, fait l'espoir de la France entière.
Le 4 février, pendant le discours du pouvoir exécutif, on s'étoit aperçu que Maître Target avoit fait quelques grim ices; Bon petit œil bleu céleste avoit pris une teinte citron : l'incarnat de ses lèvres s'étoit altéré, le petit bout deson oreille paraissoit moins couleur de ros ! qu'à l'ordinaire. M. le comte Charles Malo de Lameth, le grand furet sur d i L'Assemblée nationale, ayant attentivement observé Maître Target, s'écria : « Vive la Nation! Vivelebonpaupleet les b >nnes actions ! Monseigneur Target va accoucher de la Constitution ! » Cette phrase excita un enthousiasme général : les souverains delà gauche du président et la nation destribunes firent éclater leur joie avec des transports si bruyants, que M. le président,
il) V. Les Accouchements dans les beau '■-■iris.
I U RIO SI fES BISTORIQUES
qui avoil pris une sonnette de chaque main, en cassa >ix avant de par* venir à faire faire silence.
Les grimaces de Maître Target augmentant à vued'œil, il fut, par l'ordre de M. Le président, porté par les six secrétaires sur un lit de misère, placé au bas du bureau.
M. le comte Mathieu de Montmorency, n'écoutant que son enthou- Biasme, voulut adresser au peuple un discours touchant sur le grand événement dont il alloit être témoin ! il parut à la tribune et s'écria : c < mi, Messieurs, ce grand jour... La nation... dans ce grand jour... La constitution ce grand jour... Le patriotisme dans ce grand jour... » L'abbé
Sieyès, son précepteur, le voyant grimper là sans sa permission et sans que son thème fut fait, lui cria en colère : « Taisez-vous, petit garçon : attendez-moi donc » Il prit son soufflel et l'ayant placé à l'antipode de la bouche de M. le comte Mathieu, ce jeune souverain fitalorsun très beau discours, mais où cependant personne n'entendit rien.
Pendant qu'il péroroit, Maître Target (''toit dans les grandes douleurs ; il hurloit, il aboyoit, il remuoit ses petits bras, il remuoit ses petites jambes : sa petite perruque étoit tombée dans les bras de l'évoque •l'A ut un. qui le soutenoit par derrière et lui recommandoit le courage et la patience suivis du calme et de la tranquillité : ce digne prélat étoit Là tout posté pour circoncire l'enfant et M. Emery, placé à côté de lui, lui expliquait comment cela se feroit.
Au milieu de cette scène attendrissante, dont je regrette bien que le pouvoir exécutif, sa femme et son petit garçon n'aient pas été témoins, M. Le baron deMenou, cet excellent patriote, qui commence à être a bien rétabli de- deux chutes qu'il a faites en voulant monter au fauteuil de la sonnette, se mit à crier :
— François, votre bonheur est encore dans le ventre de monseigneur Target; mais il va en sortir. Jurons de maintenir ce grand œuvre et de lui être a jamais fidèles.
— Jurons, jurons, répétèrent toutes les tribunes et les Jacobites.
— Mais, Messieurs, disoit M. de Toulouse Lautrec, né nous pressons pas: j'ai une trèsgrande idée de l'embryon conçu dans lé sein de M. Target. Je respecté fort tous ses petits papas. MM. Thouret, Desmeuniers et compagnie : mais il pourroit arriver par aventuré que cet enfant ne lût pas bien constitué : qu'il fût, par exemple, ou borgne, ou boiteux, et que nous ussions Lé malhur de lé perdre dans pu dé temps : alors il nous faudrait une nouvelle conception de M. Target; et nous savons, par ce que h,, us coûté celle-ci, qu'il né l'a pas bien facile. Né nous pressons pas] .l'aimé beaucoup les petits enfants : mais je suis vieux, et j'aimè aussi Les vieilles gens, lé bon vieillard qu'on appelle « la Monarchie » me plai- Boit assez, quoiqu'un peu cassé.
ou n '.'•.•ou ta point ce paladin raisonneur; et la motion de M. le baron
SLR LES CHEMENTS I 13
de Menou ayant été appuyée par M. Dillon, curé du Vieux-Pousauges, il fut décrété, à une très grande majorité, que tous les députés viendroie ni à la queue leu leu, pendant le travail de Maître Target, jurer, sur son ventre, de maintenir sa progéniture, sans savoir si elle serait mâle on femelle, grande ou petite, forte ou faible, noire ou Manche.
Cette opération se fit très décemment et par appel nominal. M. Fricot parut le premier. Vint ensuite M. Lanusse, M. Bouche et M. l'Anon. A ceux-ci succéda M. de la Fayette conduit par M. Bailly et M. l'archevêque de Vienne par M. l'archevêque de Bordeaux. Cette procession dura Irais heures : quelques aristocrates et, entre autres, l'évêque de Perpi- Ena%, lui donnèrent, en jurant, des chiquenaudes sur sou ventre, qui lui firent tripler ses grimaces, quoique, pour calmer ses douleurs, M. Malouet jouât à côté de lui de l'harmonica, instrument dont il touche à merveille, mais qu'on ne vent jamais entendre.
pendant les suppléants et les souverains des tribunes avoient désiré joindre leur serment à celui des douze cents majestés: on les voyoit de ton- oriteret descendre pour venir taper sur le ventre de maître
JTarget : madame de Staël, madame d'Escars, mademoiselle Théroigne de Méiïcourt, Dondon Picot et Dondinette Lameth, se tenant toutes par lessous le bras, vinrent se réunir aux autres citoyens actifs : Madame de Staël apportoit de plus, comme don patriotique, le profit de l'impression de sa tragédie : en chemin, elle lançoit un tendre regard sur un député, sourioit à l'autre, tapoitsur la joue d'un suppléant et linissoit toujours par dire: «Regardez donc comme je suis jolie : comment me trouvez-vous, monsieur l'avocat ? Voyez ma jambe, monsieur le curé. Ah! petit fripon, vous regardez ma gorge, je le crois bien. »
Monsieur le marquis de Villette, qui étoit venu aussi ce jour-là apporter à la table deM.de Virieu.l'otl'rande patriotique de son marquisat, entrain- par l'enthousiasme général, fut au moment de se précipiter sur le ventre de maître Target: mais un moment de réflexion l'ayant rendu à lui-même, il passa sa main sous la culotte de velours de coton noir du patient, et s'écria là avec une voix terrible : t Je le jure! »
M. Guillotin, pendant ce temps-là. profitoit de la circonstance pour expliquer aux jureurs son ingénieux coupe-tête patriotique ; tout le monde en étoit dans l'admiration, excepté cependant monseigneur Barnave, qui trouvoit qu'elle ne feroit pas couler assez de sang.
On voyoit dans les coins de la salle de ces vilains aristocrates, dans l'attitude du désespoir; en vain M. le curé de Soupes, leur expliquoitil les droits de l'homme, ils ne vouloient point se rendre à la force de sa logique . Le vicomte de Mirabeau, surtout, se distingua par la fureur que lui inspirait un patriotisme si noble et si pur : il se précipita de son gradin et cassa son épée, en disant ces paroles extraordinai • uand
le roi bris serviteurs doivent briser leurs armi
I ', ', Cl RI0SI1 BS m- l ORIQl ES
\l . Le duc de Liancourt, qui la lui avoit vue tirer, se sauva dans le corridor où il s'évanouit. M. Dillon, curé du vieux Pousauges, croyant qu'il en mourroit, se pressa de lui donner l'absolution ; mais un ilacon d'eau des carmes le fit revenir, et M. le cunite de Mirabeau lui ayant assuré que l'épée de son frèreétoil cassée, il rentra dans la salle.
On voyoil d'un autre côté M.. Bergasse, ayant .sous son bras la trompette qu'il 'lit être celle de la liberté, faite à Londres, mais dont les sons sonl trop doux pour être entendus dans ce moment-ci.
Après cinq heures de convulsions et de douleurs, maître Target ayant l'ait nu grand effort, on crut être arrivé au terme heureux de ses travaux. Alors M. le duc d'Aiguillon (1), sa sage-femme, qui, avec un joli c#saquin d'indienne, un bonnet rond et un jupon blanc, étoit à genoux devant le patient et tenoit son tablier étendu pour recevoir le précieux dépôt, trompé par son patriotisme, s'écria :« Le voici, je vois déjà le bout du nez du grand œuvre, il se présente bien . » Tout le monde redoubla d'attention, et Ton vit bientôt après sortir une petite fumée noire qui titéternuer l'évoque d'Autun, et découvrit à la nation, que les douleurs de maître Target venoient tout simplement d'une colique, et que le moment du bonheur de la France îvétoit pas encore arrivé; mais M. le duc d'Aiguillon qui s'y connoit, a assuré que maître Target ne peut pas aller loin, sans mettre bas son grand œuvre, et qu'il y a sûrement quelque erreur sur le moment de la conception, que les uns avoient fixé au 12 juillet, d'autres au 4 d'août, et que quelques uns rejettoient même jusqu'au 5 d'octobre; d'après ce dernier calcul, nous aurions encore quatre mois à attendre ce gage précieux de notre félicité.
Je suis aussi patriotiquemen t que fraternellement Messieurs,
Votre égal en droits.
Testis Unus, Maître en droit national.
(h Armand de Yignerot, duc d'Aiguillon, est représenté tantôt en sagefemme tantôt en fille publique parles royalistes qui prétendirent qu'au 5 octobre, il s'était déguisé en Femme et avait conduit à Versailles un bataillon de dames de La halle pour les réactionnaires, le duc ne fut plus que M""' du Graillon :
D'Aiguillon, la vile et lourde niasse.
De Gonculyx a le port incertain:
Souvent en lui monsieur à madame l'ait place.
Mai- admire/, son bizarre destin.
En homme c'èsl un lâche, en femme un assassin. < lonculyx est un personnage hermaphrodite de la Pucelle.
LU
| ',i, i i EUOSITES LUSTORIQ1 ES
\u frontispice «lu volume se trouve une estampe que nous reproduisons tlg. 5). Les journalistes donneal l'explication sui« \ ante de la scène qu'elle représente.
L'estampe représente l'intérieur du ci-devanl manègej aujourd'hui «aile de l'Assemblée nationale. Les bais, les noirs et les pies qu'on y faisoil manœuvrer ci-devant, ont f ail place aux enragés, aux aristocrates .•t aux un partiaux.
M. Target ''-t dans les douleurs de L'enfantement. 11 est gros d'an fœtus formé fie 18000 bras et jambes; de 83 yeux, el de deux têtes, dont une très grosse el une très petite, aussi <'si-ildans des souffrances inexprimables : sa position l'indique autant qu'il a été possible à L'artiste de Le rendre. Ses jambes, ses bras, sa bouche, tout porte l'empreinte de son
malaise, «'t dans une i traction totale de ses muscles, ses deux yeux
se -"ni trouvés de nouveau dans leur orbite, ce qui ne lui «Hoit jamais arrivé. On attend avec inquiétude que ce1 embryon paroisse au grand jour, parce que Les trois prophètes Siéyès, Touret «'t Chapelier, qui ont beaucoup travaillé à faire cet enfant là à M. Target, ont prédit qu'il deviendrait une forl joli demoiselle, nommée Mademoiselle Constitution. qu'elle seroil si aimable et si douce, que tous les princes voisins se battraient pour se disputer sa main, il y a cependant un point qui a « in. barassé Les papas de la pouponne ; c'est cette seconde petite tête qu'ils lui ont îiii^ sur les épaules, sorte de superfétation qui se nomme, suiv.int Les grands anatomistes, monarchie héréditaire. Mais les chirurgiens consultants, reçus aux écoles de chirurgie le G octobre dernier. mit promis qu'ils avoienl une recette pour faire passer cette difformité si elle grossissoil trop : on commencerait par ne plus lui donner de nourriture, et puis avec la pierre infernale on acheveroil la scarification.
M. le dm- d'Aguillon, eu sage-femme, est aux pieds de la malade; il déploie son tablier avec nue grâce qui lui est particulière: il attend le précieux fruil de la conception de M. Target ; un jupon de pinchinat, un casaquin d'indienne, un fichu de Masulipatan, des lias de coton de Siani, des souliers à double couture et un joli bonnet de Marly noué -«•us le menton, lui donnenl une tournure infiniment agréable et L'on semble voir par sa dextérité <|u"il n'y est point du tout étranger.
L'évoque d'Autun soutient la malade dans ses bras pastoraux, il l'a-
me, il l'exhorte à la patience, il lui parle du Dieu. d'Abraham, d'Isaac • •t de Jacob, il lui fait envisager l'union, la paix et la concorde, suivies du calme el de la tranquillité qui seront le résultat du grand œuvre qui s'approche. Mais Le pauvre accouchant souffre d'autant plus qu'il ètoil habitué ù faire faire 8a besogne par un autre.
-I R LF> ACCOUCHEMENTS 1 '. T
M. Malouet joue de l'harmonica (1), pour tâcher d'adoucir 1h travail. il exécute la fameuse romance de M. Mounier qui commenc mots: fidélité, constance', el il y joint quelques variations par M. de Clermont Tonnerre.
M. B ss< est derrière M. Malouet. Il rit des efforts du révérend père constituant, il a sa trompetl sous s ls, mais craignant de ne
pouvoir pas <iu faire entendre le son harmonieux et doux, au milieu des cris --t des grincements de dents du malade, il s'apprêb tirer.
pour ne pas être témoin du résultat «lu grand œuvre, «-t il >e ti»'iit à récart par prudem t par raison
On ftvoit cherché longtemps un lit»!-* misère pour y étendre H. Target. M. de Virien avoit proposé pour cela son bureau d s - patriotiques; mais des raisons qu'il est inutile de détailler, avoienf fait préférer les marches du bureau des sécrétai
Lesdéputésen foule sortant du côté gauche, passent du côté droit pour laisser à M. Target la vue de son côté favori, et il> viennent prêter serment de fidélité à cet enfant qu'ils ne connoissent pas encore mais «|u'il> promettent de défendre jusqu'à la dernière goutte de leur lion sang, ce qui fait craindre qu'il ne dure pas longtemps.
L sieur Villette, un des rédacteurs de la chronique de Paris, admis a prêter serment, 1h prête d'une manière à lui particulière. Il vient de déposer sur l'autel de la patrie, son marquisat, ses titres, » -
t ses blessures; il a fait pour cette cérémonie une toilette extraordinaire, dont les preuves pendent jusqu'à terre.
Dans le groupe qui entoure le patient, on remarque le bonhomme Gérard, avec sa petite veat ;it«- perruque. 11 a fait sa petite mo-
tion sur les cabarets à cidre -le son pays. Il a aidé à constituer, il va jurer, et il désire fort que cela unisse bientôt pour retourner ;'i ses mou-
En avant du bonhomme Grérard, on voit un gros aristocrate, qui n'a encore rien «lit. mais qui a écrit en revanche comme feu Hortensius. C'est le rédacteur du courrier «le Madon.
L'illustre Dinocheau,. dont le - i«j.
X*a fait ni bien, ni mal à la triste l'a trie.
Il se tourne vers les députés, à la mode de B • tagn< . qui garnitout le côté qui donne à gauche et il leur dit, d'une voix «le tonnerr phrase favorite. . Patience^ attendez...
■ une loupe, il est facile de distinguer Bur la figure tous les détails écit.
| ',s Cl RIOSITÉS BISTORIQUES
M. Bailly prend M. de la Fayette par la main pour le mener jurer. Il lui assure qu'il se <•<•inp.it en constitution, qu'il a palpé M. Target, qu'il a lu dans les astres que celle-ci seroil superbe.
Derrière M. delà Fayette, on aperçoil .M. L'archevêque de Bordeaux en simarre; il conduil l'archevêque de Vienne qui le suit en aveugle. Celui-ci a été insulté dans les Tuileries, en sa qualité d'aristocrate, de ministre et de calotin, mais on lui a l'ait une queue; on lui a mis une redingotte de caporal, -etil estdevenu tout à fait national. A peu de distance d'eux, on remarque un jeune chevalier françois(l), dans l'attitude de L'indignation, brisant son épée sur ses genoux, en grommelant quelques paroles que le bruit des galeries ne permet ]>as à l'assemblée d'entendre. Mais quoique cette épée soit brisée, il n'en manquera pas quand il s'agira de défendre son roi et sa patrie contre les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur.
A gauche, M. de Virienest assis à sa petite table, recevant les dons patriotiques, les boucles, les vieux chapeaux de toute la friperie qu'on vient déposer sur l'autel de la patrie, dont il est grand prêtre. Il se prépare à y enregistrer incessamment beaucoup de billets de caisse et d'assignats, pour la constitution volontaire des bons citoyens qui ne sauront qu'en faire.
Quelques aristocrates forment un groupe noir auprès delà barre. Les uns gémissent dans l'attitude de la douleur; les autres frémissent de rage. On distingue parmi ces derniers, un religieux disputant contre 1.' curé de Soupes, qui, les Droits de l'homme à la main, prouve invinciblement aux aristocrates, qu'ils ne savent ce qu'ils disent.
La barre est remplie de monde, mesdames de Lav..., d'Esc..., Dub..., de Staël, et Théroignede Méricourt, y prêtent le serment de se donner tous les mouvements nécessaires pour maintenir la constitution.
M. Mathieude Montmorency occupe la tribune et prononce un discours relatif aux circonstances, dont voici l'esprit: « Messieurs, dans ce grand jour la nation... la constitution d(ois ce grand jour. Le patriotisme dans ce grand jour... Lanation... La constitution... Le patriotisme... » M. l'abbé Siéy es est derrière lui et lui souffle son discours; M. <1 • Montmorency reprend alors couramment: * Oui, Messieurs, dans ce grand jour, la nation, la constitution^ le patriotisme... W s'arrête encore. M. L'abbé Siéyès perd tout»1 patience et lui dit avec colère :
Vous que j'ai créé roi, jeune Montmorency, Quand \<»iis parle/, si mal, que faites-vous ici ?
1 1 1 Le marquis de Favras
C'est dès ce jour qu'il a renoncé à son éducation, et s'est chargé de celle de M. Duport.
Au milieu do la salle, M. ( ruillotin explique sa machine nationale, dont le modèle est sur le poêle. M. Barnave lui fait des observations et lui
avoue qu'il craint que le sang no coule point assez abondamment et que dès lors, le patient no meure d'apoplexie au lieu de mourir légalement.
Toutes les galeries prêtent lo serment. Dans celle à droite, on distingue Dondon Picot qui jure par sa barbe, et Dondinette, -a tille, qui jure, par la gloire de son père, de maintenir la constitution.
Tous les secrétaires sont assis autour de leur bureau, ils sont très attentifs afin do bien exprimer dans le procès-verbal un si beau moment.
Le président, qui craint que le grand bruit qui se t'ait n'effarouche la constitution, ou qu'elle n'arrive toute contrefaite et peut-être mort-née, s'épuise à force de sonner. Il a fait provision de sonnettes, et il n'en reste plus que cinq entières, do douze qu'il s'étoit fait apporter.
On cherche inutilement dans cette estampe. M. le duc de Liancourt, si connu par son patriotisme et son amourpour la monarchie et la paix. Il y a apparence que lorsque lo chevalier françois qui brise son épée, la tiroit du fourreau, M. le duc n'y étoit déjà plus, car il eût sûrement trouvé des moyens d'empêcher ce gentilhomme de se livrer à sa vivacité et il lui auroit fait entendre raison, si celui-ci la lui avoit demandé.
Pour les autres détails, nous renvoyons au chapitre 66e de m^ Actes.
Nous citerons encore, sur le même sujet, une facétie attribuée à Mirabeau-Tonneau, le frère du grand orateur :