‹ Anecdotes & curiosités historiques sur les accouchementsChapitre 21 sur 26 · PAU L'AUTEUR DE TOUS LES REPAS DU MONDE · texte numérisé non relu

PAU L'AUTEUR DE TOUS LES REPAS DU MONDE

20 mars 1790.

Toute la France était inquiète des suites que pouvaient avoir les cou" ches du célèbre Target, annoncées par les aimables auteurs des Actes des apôtres ; on me sauragré, sans doute, d'avoir pris soin de recueillir jusqu'aux moindres circonstances d'un étal qui doit avoir éveillé l'intérêt de tout Français régénéré : l'honorable membre a t'ait eomme les tilles de famille, qui se montrent en public le lendemain de leur couche quand elles ont fait iin bâtard.

L'accouchée est montée à la tribune; le plus vit' intérêt l'y a suivi : quoiqu'il eut le sein bien couvert, tout le monde tremblait que la fièvre

150 Cl RI03ITÉS BISTORIQUia

de Lait ne tut forte el dangereuse; mais on s'esl rassuré en voyant qu'il n'était répandu sur sa physionomie,

[la annoncé que ne pouvant envoyer une boite de dragées à chacune des quarante-huil mille municipalités «lu royaume, il se contenterail d'envoj er des faveurs des trois couleurs distinctives de la nation à tous les maires du royaume ; et comme il ne leur eroil pas encore les reina bien forts, il a demandé qu'on les autorisai à 1rs porter en écharpe, ce qui a été unanimemenl décrété.

i "in- remarque a alarmé les vrais amis de la révolution : commeon n'a aperçu aucune diminution notable dans le ventre de l'accouchée, on a craint presque généralement une superfétation constitutionnelle.

I.i voixde M. Target aparu un peu altérée, et l'abbé Maury B'esl écrié :

Est-ce là cette voix

Dont le son enchanteur m'a séduit tant de fois ?

On nous saura gré sans doute (Tavoii' recueilli les divers détails qui suivent sur l'intéressante nouvelle-née. On craint d'abord pour la vie «le L'enfant : et la sage-femme d'Aiguillon a cru devoir appeler le prélat d'Autunpour lui faire administrer un baptême de précaution: cet évêque, assisté de l'abbé Siéyès, que l'on prétend avoir fait au moins une oreille, a piis. du sieur Beaudoin, leur clerc, une bouteille à l'encre, et l'enfanta été ondoyé.

On a donné à reniant, pour première nourrice, les biens du domaine et du clergé; il a bien pris le s, 'in. el l'a sucé de son mieux. Le lendemain. \l Griiillotin a donné ordre qu'on changeât sa nourriture. <d on lui a l'ait sucer la gabelle, qu'elle a avalée comme un bonbon.

On la nourrit actuellement de droits féodaux: mais il lui en faut tanl qu'on ne pourra bientôt plus lui en [fournir.

On Be propose de lui faire sucer, dans peu, les parlemens en guise de réglisse.

Les membres du comité de constitution ont obtenu l'emploi de berceuses, et M. ( roupil de Préfeln celui de remueuse.

nu lui apprendra à lire dans des billets delà caisse d'escompte, car on assure que dans quelques mois ce sera l'alpha béta le moins coûteux du royaume.

M. Bailly a promis, pour L'entretien de reniant, les assignats que la

ville îe- pourra pas vendre : il y ajoutera môme un intérêt dans la vente.

L'assemblée nationale, convaincue que l'air de la campagne convient

mieux aux enfans que celui des villes. ;i déjà l'ait vider Bioêtre pour en

faire nue maison de campagne destinée à l'auguste pouponne.

< >n assure qu'on a mené l'entant chez M. Necker, qui. le prenant dans

ws bras, a dit comme madame La duchesse «le Bourgogne mourante :

SUH LES ACCOUCHEMENTS 151

a Tu me coûtes bien cher\ mon enfant, tu me coûtes La vie; mais jeté laisse avec confiance entre les mains de ton père. »

Toutes lesfoisquel'enfanl crie, on appelle MM. I mponl «m < rouyd'Arcy, «■t dès <fu"ils commencent à pérorer, la pouponne s'endort.

Les districts de Paris t'ont quelquefois carillon, et troublent le >mnmeil de la petite nouvelle-née ; on invite Le président Rabaud àse promener dans les rues de la capitale, la sonnette à lu main, pour Leur imposer silence.

On lui a donné pour garde d'honneur Les volontaires de la Bastille, commandés par M. du Saux, <|ni Lésa -i dignement introduits à la barre de rassemblée nationale.

On assure que le général Lafayette est venu La demander <'ii mariage pour le petit garçon du pouvoir exécutif, mais maître Target a trouvé que le parti n'était p;is assez bon pour elle. »

Une singulière envie. — En l'An II de la République, l'avocat Contamine, un des membres du conseil général do In commune de Landrecies, disait dans un rapport: «Les citoyennes de Lan-

drecies furent toujours si fidèles amies de la liberté qu'elle parait les chérir si singulièrement qu'un enfant y est né avec l'empreinte du bonnet de la liberté ! 9

L'enfant si chéri de la liberté, né le 1« ventôse, an 11 1 l(d février 1794) se nommait Marie-Anne-Joséphine Mercier: elle était La fille aînée de J.-B. Mercier, volontaire au 1er bataillon du Nord, compagnie Lebrun, et de Madeleine Boucher.

Le conseil général de Landrecies ne pouvait cacher un fait si glorieux pour la République! Une pétition fut adressée au Comité de salut public et renvoyée aux représentants du peuple. Roger- I >ucos, et J.-B. Lacoste. Voici leur arrêt :

Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort;

A Valenciennea le 13 Nivôse l'an 111 de La République française nneel indivisible.

Les représentants du peuple près les armées du Nord, de Sambre et Meuse et départements frontières :

Vu la pétition de la citoyenne Madeleine Boucher, épouse de J.-B. Mercier, volontaire an 1er bataillon du Nord, chargé de ]»1 u^i<-ur^ enfants, qui n'échappa qu'avec beaucoup <!<• peine à la férocité des Autrichiens, lois du premier siège de Valenciennes, Laquelle vient d'accoucher :'i Landrecy, d'un»' fille portant ^n- le -'in gauche le Bonnet de la Liberté, en

| 52 Cl RIOSITÉS BISTÔRIQUES

couleur el en relief, dont La pétition nous a été envoyée par le Comité de Salul public :

\ h le rapport du général divisionnaire Jacob, quia été par nous chargé de vérifier ce dernier fait;

Gonsidéranl qu'il résulte des rapports du général Jacob qu'il esl constanl que la Bile, dont vient d'accoucher la citoyenne Mercier, porte sous le sein gauche le Bonhet de la Liberté en couleur et en relief;

Considéranl que le peuple français n'a brisé ses antiques idoles que pour mieux honorer ses vertus; que le jour delà liberté, en dissipant les ténèbres mensongères <lu fanatisme, rend tout leur éclat aux œuvres delà Naturequi s'est plue, pendant le cours de notre Révolution, ànous prodiguer ses bienfaits ; que si les miracles inventés par l'imposture sacerdotale étaient accueillis par l'ignorance et la sottise, il n'appartient qu'aux esprits éclairés et à la raison d'observer attentivement les prodiges variés du moteur secret de l'univers.

Considérant que le phénomène, dont la fille delà citoyenne Mercier offre le premier exemple, prouve non seulement que la nature aime à marquer de son sceau le règne de l'indépendance, mais encore atteste l'attachement intime que la mère de cette enfant porteaux signes sacrés il«' la liberté :

Arrêtons que, sur le vu du présent arrêté, le receveur du district du Quesnoy payera à la citoyenne Mercier la somme de 400 livres, à titre de secours provisoire ;

Arrêtons, en outre, que le présent arrêté sera adressé aux Comités de Saint publicet d'instruction publique delà Convention Nationale.

Le présent arrêté sera imprimé et affiché.

Signé : Rogeb Ducoset J.-B. Lacoste Pour copie conforme : Grosley, Secrétaire L).

Billet d'enterrement. — Cette pièce a trait à 'la proclamation de l'Empire, 28 floréal an XII (18 mai 1804) : elle a été attribuée à Martainville et à Gh. Nodier.

(1) Extrail du Mémoire historique des événements qui ont précédé, accompagné ou suivi le siège de Landrecy par les lurons coalisés. A Paris, de l'imprimerie de t luffroy.

Page 1