‹ Anecdotes & curiosités historiques sur les accouchementsChapitre 4 sur 26 · L. Loire, (Anecdotes de Théâtre · texte numérisé non relu

L. Loire, (Anecdotes de Théâtre

M,lc Vestris se récriait sur la fécondité de Mlle Rey ; elle ne concevait pas comment cette fille se laissait prendre si souvent.

Sophie Arnould, qui ne laissait passer aucune occasion de dire un mot spirituel, lui répondit :

— Vous en parlez bien à votre aise ; une souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise.

La danseuse MMe Allard fut renvoyée de l'Opéra parce qu'elle devenait trop grosse et qu'elle faisait continuellement des enfants.

Les demoiselles de ce théâtre se récrièrent ; elles ne voulaient point qu'on leur interdise une liberté qui tient à leur plaisir et plus encore à leur fortune.

Baciiaumont.

Je m'aperçus que l'une de mes ballerines, quoique dans une position intéressante, n'en continuait pas moins son service, fort pénible à cette époque. Je l'engageai à le suspendre et lui demandai avec bienveillance :

— Quel est le père de cet enfant ?

Elle me répondit naïvement.

— C'est des messieurs 1res bien que vous ne connaissez pas.

D' Veron, (Mémoires).

SLR LES ACCOUCHEMfiXTS 33

Un soir. Lin directeur voit une de ses artistes arriver, éplorée, dans Sun cabinet. Sa petite sœur, qui de la quittait jamais d'une semelle, lui marchait derrière les talons en larmoyant à l'unisson. L'aînée, au milieu de ses pleurs :

— Monsieur, je viens vous prévenir qu'il me sera impossible de travailler de quelque temps...

— Et pourquoi cela, ma chère enfant ?

La fillette, ouvrant son manteau avec un grand geste tragique et un sanglot immodéré :

— Hélas ! je vais devenir mère î

— Diable ! *

— Et ce qu'il y a de plus affreux, c'est que mon père me tuera !... Oui, il me tuera!... Je snis perdue !

— Voyons, ne vous désolez pas î... Je verrai votre père, je lui parlerai, je lui ferai entendre raison... Il vous pardonnera, j'en suis sur... Mais comment avez-vous pu faire?... Avec votre petite sœur, qui était sans cesse à vos côtés'?...

Ici; la petite sœur s'avance.,.

Et, ouvrant son manteau avec le même geste et le même sanglot :

— Ah ! monsieur, pendant que vous y serez, intercédez aussi pour moi ?

(Les demoiselles de V Opéra).

Armand Gouffé, sepromenant un soir dans les coulisses du Vaudeville, aperçut une jeune actrice dont la position intéressante se révélait à tous les yeux.

— f]h bien ! Fanny, lui dit-il en l'abordant :

Tu vas donc encore être mère ?

Et quel est le mortel heureux

Qui t'a fait cet enfant, ma chère ?

— Eh! que sais-je moi?... ce sont eux,

répondit la jolie soubrette.

34 ANÏSCD0TK8

Encore une Jeune ballerine qui i@ teôuve dan« une position intéinte. Gomme elle ne sait pas aujuite 6 quel riche étranger

revient la responsabilité Lei bnnnes petite! camarades Font surnommée : Y Enceinte de V exposition*

La seconde iille de madame Cardinal se trouve dans une situation intéressante. La malheureuse mère compte ses doléances â notre ami Boireau. •

— Je suis sûre que cest cet abominable ténor qui lui a pris la taille un soir dans les coulisses.

— Eh bien! de quoi vous plaignez-vous? chère dame. S'il la lui a prise, ne la lui a-t-il pas rendu au centuple?

lin des directeurs de l'Ôdéon, s'adressant, un jour, à une oélèbre tragédienne dont la nouvelle grossesse compromettait beaucoup les intérêts de son théâtre, lui disait avec emportement :

— Oui, madame, vous mettre dans un pareil état, lorsque la fortune de tant de pauvres gens dépend de vous seule, je dis que c'est un crime, un véritable crime.

— Mais non, mon cher directeur, reprit l'illustre tragédienne.

l'n crime, pai' exemple, est de donner la mort : Mais ce n'en est pas un que de donner la vie.

Une actrice dont, la grossesse est très avancée, demande à un auteur dramatique :

— Kl (Juand passe votre nouvelle pièce :}

— Vers le 15 octobre.

La jeune femme, avec un soupir :

— Moi aussi .

SLR LES ACCOUCHEMENTS 38

Hommes gros d'enfant

Nouvelle. — D'une jeune fille à qui on fit entendre qu'elle avait engraissé son mari et comme il remisl son engroissure à sa chamberière, laquelle il engroisça par le con ■ ni de sa

femme.

Vous devez sçavoir qu'une foya advint à Troyes, en Champagne, qu'il y avoit un honneste marchant, jeune, galleni et bien délibéré, lequel se maria à l'aide de ses parens, avec une très belle jeune fille et honneste et qui avait bien de quoi et s'entraymoint merveilleusement. Or est il ainsi qu'il y avait une belle jeune fille de chamberière qui les servoit : advint ungjour que le dit marchant se jouyt avec sa chamberière, et tant la persuada et prescha si bien qu'il coucha avec elle, et par tant de i'oys y alla, qu" ungjour la dicte chamberière luy dit qu'elle estoit grosse» dont le jeune gailent fut bien estonné et marry ; et ung jour, entre les autres, alla veoir ung sien cousin germain, lequel estoit médecin, et quant le dit médecin vit qu'il faisoit si mauvaise chère, luy demanda qu'il avoit: si luy îvspondit qu'il étoit merveilleusement marry.

— Hé î qu'y a-t-il, dit le médecin.

— Ah ! mon cousin, dit le marchant, je suis plus marry que je fus jamais en ma vie. car je me suis joué avec ma chamberière. tellement que je l'ai engroissée, et si ma femme s'en apperçoit aucunement, jamais je n'aray bien ne joie avec elle, car son père et sa mère m'en voudront mal, veu et regardé qu'elle m'ayme tant.

— Oh ! cousin et amy. dit le médecin, n'y a-t-il autre cho Or ne vous soucie/ vrayement, nous mettrons bon remède à tout cela.

— Hélas! mon cousin et amv. dit le marchant, je m'en recommande à votre bonne grâce, et je paye toul cria qu'il voua plaira.

— Or scavez vous; dit le médecin, qu'il y a, il n'est point question de payement mais j'ay advisé une grand.' abilleté que vous

ferez, moyennant que vous me voulez croire. Ilfauli que vous en retournez en vostre maison et que laciez le malade, et ne plain-» gniez riens que les rains et le ventre «'I me envoyez voire orine par vostre femme; et puis du demorant me lessez faire et je croy que tout se portera bien, Dieu aydant.

Alors print congé le marchant de lny. et s'en vint en sa maison sans faire semblant de rien, va commencer à faire le malade et sa pouvre femme le réconfortait bien doulcement, qui n'y pensoit en nul mal. et lui disoit:

— Hélas, mon douxamy, hé! queavez-vous ? hé! qu'est-ce qui vous fait mal ?

— Ha ! ma mye, dit-il, je pense que je suis mort, car j'ay une si grande douleur au ventre et aux reins qu'il m'est advisque les chiens me les mangent.'

- Mon amy, il fault que vous faciez de vostre eaue et je la porteray au médecin.

— Pla ! ha ! ma mie, dit le jeune homme, il n'en est ja mestier... Si fit elle tant, qu'il fit de son eaue et puis la porta tout en plo-

rent à son cousin, qui, quant il la vit ainsi plorer, lui demanda incontinent qu'elle avoit.

— Ah! mon cousin, dit-elle, je pense que vostre cousin mon mary se meurt.

— Jésus, dit le médecin, hé ! comment il n'y a pas longtemps que je l'ai veu.

Lors elle ploroit si très fort qu'elle ne povoit ung seul mot dire, mais lui monstra son eaue. Alors le médecin la va regarder et quant il l'eut bien visitée, il va dire :

— A quiconquo soit ceste eaue, il a une grande douleur de ventre et de reins.

— Hélas, dit la jeune femme, mon amy ça «mon, car il ne plains que cela.

— Comment! dit le médecin, cette eaue. que vous m'avez cy apportée est d'une femme qui est enceinte d'enfant.

— Ah ! mon cousin, dit-elle, je vous promets que c'est de mon mary. car je suis bien asseurée et lui ay veu faire.

— Comment! est-il vray, dit le médecin, le sçavez vous bien et esfes VOUS bien asseurée ?

— Ouy, dit-elle, certainement.

— Or ma mye sçavez vous qu'il y a, votre mary est gros d'enfant.

— Gomment, dit-elle, il est bien possible !

— Ouy, dit le médecin.

— Or me dites mais comment est-il possible que cela se soit fait?

— Venez-ça ma mie. dit le médecin, aucunes foy s quant il vous a fait cela et que vous deux vous jouez ensembles, ne montistes vous jamais sur luy, ne mentez point, si vous voulez qu'il soit guery ?

— Ah! mon cousin, je vous diray la vérité, je vous promets qu'il ne m'a vint jamais qu'une foys.

— Ah ! par ma foy, dit le médecin, c'est assez, je n'en demande plus, il est gros d'enfant, sans point defaulte.

Et la pou vre jeune femme fut bien désolée et luy demanda s'il y avoit point de remède.

— Ouy bien, dit le médecin, mais sçavez vous qu'il fauldroit faire? Il fault que vous trouvez façon et manière de parler à quelque jeune fille pucelle, et que vostre mary couchast avec elle une nuit ou deux, et la semence qu'il a en son corps il la remettroit dedans le corps delà jeune fille, car la semence que lui avez baillée, qui est sortie de vostre corps, n'est pas encore à convalescence de vertu, car l'enfant qu'il doit procréer n'a point encore de vie, et s'il habitait une jeune fille, il lui remettrait tout dedans son corps et par ainsi voilà qui le sauveroit. .

— A ce, dit la jeune femme, mon cousin, mon amy, je vous remercie, nous viendrons bien à bout de cela, Dieu aydent, car j'ay une jeune fille de chamberière cheux nous, et croy moy qu'elle est pucelle, je lui bailleray plus tost dix écus, pour la contenter, et qu'elle couche avec mon mari et qu'il soit guery.

— Ah î par ma foy ! dit le médecin, voilà qui viendroit bien à à point et aussi que le monde n'en fut point abreuvé, il vaudroit mieux que cela se fit cheux vous, à tout le moins personne n'en sara ja rien, car si on le sçavoit, on diroitha! voilà la femme qui a engroissé son mary pour avoir monté dessus, cela seroit vilain,

— Or ce, dit la jeune femme, mon cousin, mon amy, je vous prie que le venez veoir, pour le reconforter ung petit.

— Otly da ! dit le médecin ma cousine, je m'en voye quant et vous.

Si vindrent veoir le pouvre patient, bien desconforté, Dieu le scet. Si lui compta le médecin secrètement, comme \i\ avoit ex-

lift ANECDOTES

ploité avec sa femme et qu'il falloit qu'il couchast avec sa chamberière etque l'appointeinent estoil ainsi fait pour le guérir, dont il fut bien joyeux et lit on venir la chamberière pour luy refaire ung peu son lit, à laquelle le maistre compta toute l'affaire, comme sa maîtresse deYOit parler à elle de cela et qu'elle fit ung peu de festrange du commencement, mais qu'à la fin, elle se conseil lit. J^e médecin après la rovisitation faicte, print congé et s'en alla, la dame appella sa chamberière à part et lui dist :

— Viens ça, Jehanne, ma mye, il fault que tu me faces ung service et je t'en prie bien fort.

— Madame, dit la fille, tout ce qu'il me sera possible de faire pour l'amour de vous, je le feray, mon honneur sauve et le vostre, car autrement ne le voudroye faire.

— Si, dit la dame, Jehanne, ma mye, ne te soucie de rien, je te veulx faire tout plain de services, mais il n'y a remède, il fault que tu couches une nuit avec ton maître, pour quelque maladie secrète qu'il a, et ne te soucie de rien, il no te fera pas mal.

— Gomment ? ma maîtresse, dit la fille, hé, me voudriez vous faire ce déshonneur, et si ung autre le me conseilloit, vous m'en devriez destourner à tout le moins si vous estiez femme de bien, ah! je vous promets, dit-elle, que j'aymerois mieux être morte, et si mon maistre me faisoit ung enfant, je seroye fille perdue à tout jamais.

— Or ce, dit la maîtresse, Jehanne, ma mye ne te soucie de rien, je le bailleray dix beaux escus et une bonne robbe et si te marierai et que tu face cela.

Après plusieurs disputacions entre elles deux, Jehanne s'accorda à faire le vouloir de sa maîtresse, avec la bonne dévocion qu'ello y a voit, Si s'en vint la dame parler à son mary, en la présence du médecin, lequel estoit revenu veoir pour sçavoir comme il lui estoit et elle luy va commencer à faire sa harengue.

— Qr ça, mon amy, dit-elle, comment vous portez-vous?

— Se m'ayt Dieu, ma mye, dit le pouvre homme, je croy que je me meurs.

— Ah ! mon amy. dit-elle, ne dictes jamais cela, vous me rompez le cueur : niais on a avisé de voatre santé dont je loue Dieu et

remercie, voicy voslre cousin qui dit qu'il f&Ul M11'" vous couchez une nuit ou deux avec nostre chamberière.

— Ah ! ma mye , dit le pouvre lioinme, jamais ne me parlez de Cela, bêlas mon I Heu ! el 70US m/estes tanl bonne et (an! douce et

que je vous changeasse pour une autre, j'ayiieroye mieux estre mort, ma doulce amye.

Et bref à l'ouyr parler il estoit encore plus fort à ferrer que la chamberière.

— Or ce, dit le médecin, mou cousin, mon amy, il n'y a remède, nostre Seigneur ne vous en sçara nul mal gré, puisque c'est pour vostre santé.

— Hèlas! mon cousin, dit-il, cuidez vous que je veuille rompre mon mariage. Hé ! j'ay une si bonne femme et m'ayme tant, bref j'ayme mieulx morir.

— Or ça, dit le médecin, si vous morez en cest estât, vous estes dampné à tous les diables, car vous serez cause de vostre mort, veu que sçavez le remède pour vous guérir à Tayde de Dieu et vous ne le voulez pas faire !

— Hélas! mon amy. dit le patient, il m'est advis que je seroys dampné ?

— Hé non, serez de par Dieu, dit le médecin, vostre femme le veut bien.

— Je vous promets que voire, dit-elle, mon amv.

— Or je vous dirav donc, dit-il, vous en prendrez le péché sur vous antres.

— Hé bien dirent-ils, nous le voulons bien.

— Or sus, dit-il, donc que on me ramène. Alors furent ils trestous bien ay

— Or ce. dit le médecin, ma cousine, allez à la cuisine et je le fcray soupper.

Et soupèrent avec luy, puis après ils soupèrent très bien eux deux. Après souper, il print congé de luy et demora la fille à coucher avec luy, et menèrent bonne vie ensemble cote nuit et jouèrent bien des couteaux eux deux sans eulx couper, ne courecer. Le lendemain matin, le médecin vint veoir le pacient. et trouva qu'il faisoit bonne chère et luy compta toute son atl'ahv el dit qu'il se trouvoit très bien, dont ils furent tous jn\eiix ©t au bout de quatre ou cinq jours, il dit/jue le ventre et lej mins luy faisoint encore ung peu de mal. Si dit le médecin qu'il falloit qu'il eoucliast encore une nuit ou deux avec la lillc pour l'achever de guérir.

— Et bien donc, ce dit la pouvre jeune femme, je suis contente, si seray bien ayse qu'il soit bien guéry.

Oh ! que c'estoit une bonne femme envers son mary; que plut à

Dieu de Paradis, que j'eusse autant d'escus, comme il s'en trouveroit par le monde qui ne le vouldroint pas faire le tour, je ne

vouldroye pas estre roi de France. Le pouvre homi sus! encore

sa chamberière à coucher av. »c luy tant qu'il fui bien guéry, Dieu mercy au bon médecin, mais la chamberière devint bien grosse, mais sa maîtresse y mit si bon remède, que tout se trouva bien et la maria après qu'elle fut relevée de sa couche pour ce qu'elle estoit cause de l'affaire ce luy sembloit.

Le grand parangon des nouvelles nouvelles.

L'homme en mal d'enfant. — Un imbécile, nommé Calendrin, devenu possesseur d'une somme de deux cents livres par la mort d'une de ses tantes, se crut un des plus riches particuliers d'Italie. Il se mit en tête d'acheter une métairie. Il n'y avait homme dans Florence qui pût lui donner des renseignements sur un achat de cette nature, qu'il ne consultât. Eùt-il eu deux mille écus à y employer, il n'eût pas fait plus de démarches, il n'y eut pas attaché plus d'importance. Il fut obligé de renoncer à tous les marchés qu'il entama : le prix se trouvait toujours au-dessus de ses forces Deux de ses amis, Lebrun et Bulfamaque, qui éclairaient sa conduite, lui remontrèrent plusieurs fois qu'il serait bien plus sage à lui d'employer son argent à régaler ses amis qu'à une acquisition qui ne lui convenait en aucune manière. Mais leurs conseils n'avaient pas fait impression sur son âme, et n'avaient pu ramener à leur donner à dîner une seule fois. Gomme ils s'en plaignaient un jour, arrive un de leurs compagnons nommé Nello. On délibéra sur la manière dont il faudrait s'y prendre pour se régaler aux dépens de Calendrin. On convint d'un projet dont voici l'exécution.

Le lendemain, Calendrin sort de sa maison; il n'est pas encore fort éloigné que Nello l'aborde.

— Bonjour, Calendrin.

— Bonjour, Nello.

Après les compliments d'usage, Nello fixe Calendrin avec une attention mêlée de surprise.

— Que considères-tu donc? dit Calendrin.

— N'as-tu pas senti quelque chose, cette nuit? Tu me parais absolument changé.

— Comment! quedis-tu? que crois-tu donc qu'il me soit arrivé?

— Je ne sais! quoiqu'il en soit,tun'es pas comme à ton ordinaire, et Dieu veuille que ce ne s..it pas ce que j'ai lieu d'imaginer !

Sur ces mots, Nello laisse aller Calendrin. Celui-ci prévenu, inquiet, n'éprouvant cependant aucun mal, rencontre Bulfamaqué à quelques pas, qui, l'ayant salué, lui demanda s'il ne sentait rien.

— Je ne sais ! Nello, que je viens de rencontrer, m'a dit que je ui paraissais tout change; serait-il bien possible que j'eusse quelque chose?

— Si tu as quelque chose? Assurément ! Tu semblés à demi-mort. A ces mots, Lebrun survint.

— Ah! Calendrin. quel visage as-tu? On te prendrait pour un mort. Comment te trouves-tu ?

- trois rapports si uniformes, et qui avaient l'air d'être si peu concertés, persuadèrent Calendrin qu'il était effectivement malade.

— Que dois-je faire? demanda-t-il douloureusement à ses amis.

— Si tu m'en crois, dit Lebrun, tu te mettras dans ton lit: tu te couvriras bien: tu enverras de ton urine à maître Simon, le m cin, qui. comme tu le sais, est absolument dévoué à nos intérêts; il découvrira le genre de ta maladie et t'en prescrira le remède. Nous voulons t'accompagner, et. s'il est besoin de te faire quelque chose nous sommes à ton service.

Nello les rejoignit, et tous trois suivirent Calendrin dans sa maison. Dès qu'ils furent arrivés. Calendrin dit tristement à sa femme :

— Viens, ma femme, viens me couvrir, car j'éprouve une grande douleur.

îtant couché, son premier soin fut d'envoyer de son urine à maître Simon, qui, pour lors, demeurait au petit marché, à l'enseigne du Melon. Il chargea une petite fille de son message. Lebrun alors dit à ses compagnons :

— Mes amis^ demeurez ici: moi je vais savoir la réponse du médecin, et je l'emmènerai s'il est nécessaire.

— Ah! oui, mon ami, dit Calendrin, va savoir toi-même ce que tout cela veut dire; je me sens du mal par-ci par-là; cela me donne beaucoup d'inquiétude,

Lebrun part, arrive chez maître Simon avec la petite fille et lui fait part de tout le complot, La n re entre avec la bouteille

d'urine. Le médecin l'examine avec attention.

— Retourne, ma mie. vers Calendrin: dis-lui de se tenir chaude-

42 WKCPOTES

ment; dans un instant j'irai le voir; je lui dirai quel mal il a et ce

qu'il doit foire pour s'en débarrasser;

Là messagère revient, fait son rapport, et un moment après entre Lebrun accompagné dn médecin. Il tàte le pouls du malade et lui dit en présence de sa femme ;

— Calendrin, mon ami, si tu veux que je te parle vrai, tu n'as d'autre mal que d'être gros d'enfant-

A cette nouvelle inattendue, Calendrin désespéré s'écrie ;

— Ah! ma femme, c'est toi qui m'as mis dans cet état. Je te l'avais bien dit ; tu n'as jamais voulu le croire, et, malgré mes remontrances, tu as toujours voulu renverser l'ordre établi par la nature.

La femme, qui était très honnête, rougit et quitta la chambre ; mais Calendrin continua :

— Ali! malheureux que je suis! Que vais-je devenir? Que puisje faire? Comment accoucherai-je? Par où l'enfant pourra-t-il sor^ tir? Je vois bien qu'il faut mourir et mourir par la rage de cette maudite femme. Dieu puisse-t-illui faire autant de mal que je me désire de bien! >Si j'étais aussi sain que je le suis peu, je me lèverais bientôt; je prendrais un bâton et je lui donnerais tant de coups que je la mettrais en pièce. Cependant, si je suis puni, il faut convenir que je le mérite bien ; je ne devrais jamais condescendre à ses volontés. Mais si je puis en revenir, qu'elle soit persuadée que je la verrais mourir mille fois plutôt que de la satisfaire à cet égard.

Lebrun, Bulfamaque et Nello faisaient tous leurs efforts pour s'empêcher de rire, pour le médecin, il se donnait libre carrière; il éclatait si fort, il ouvrait si largement la bouche qu'on eût pu sans peine lui arracher les dents. Jùifm, Calendrin eut recours à lui, se recommanda à son art et le pria instamment de lui donner, dans cette détresse, ses conseils et ses soins. Le médecin lui dit obligeamment : « Mon ami, il ne faut pas tant te tourmenter. Grâce à Dieu, je me suis assez tôt aperçu de ton mal pour lui apporter un remède aussi prompt qu'efficace; mais il t'en cuùtera un peu.

— Hélas! Monsieur, j'ai deux cents livres avec lesquelles je voulais acheter une métairie; preneg-lea, s'il le fauti je les sacrifie volontiers pour me tirer de rembarras où je suis et pour n'être pas

dans le cas d'accoucher, car3 en vérité je doute que .i(l puisse soutenir nue si pénible opération i J'ai dans ce moment entendu les femmes crier si fort, et îfélant pas conbniné comme elles, je vois bien qu'il faudrait en mourir.

— N'aie aucune inquiétude, mon ami; je vais te préparer un breuvage très agréable qui, dans trois matinées, te tirera d'affaire, te rendra plus sain qu'auparavant. Mais, dans la suite, sois sage, et garde-toi bien de retomber dans tes anciennes folies, Pour composer l'eau que tu dois boire, il faut une demi-douzaine de chapons gras, et pour les autres drogues qu'on doit y mêler tu donneras à Lebrun cinq livres; il les achètera et fera tout porter dans ma boutique. Je t'enverrai demain matin, s'il plaît à Dieu, cet excellent breuvage dont tu boiras un grand verre tous les jours.

— Monsieur, lui répondit Calendrin, je remets tout entre vos mains.

Il donna cinq livres à Lebrun, outre l'argent nécessaire pour acheter les chapons, et le pria de vouloir bien se donner la peine d'en faire l'emplette pour l'amour de lui.

De retour chez lui, le médecin fit faire un bouillon qu'il envoya au prétendu malade. Lebrun, ayant acheté les chapons et tout ce qui devait les accompagner, revint avec Bulfamaque et Xello, On but et Ton mangea en l'honneur de Galendrin. Celui-ci prit son bouillon pendant trois jours de suite. Ses amis vinrent le voir. Le médecin, lui ayant tàté le pouls, lui dit :

— Galendrin, te voilà absolument guéri. Lève-toi, maintenant tu peux sortir quand il te plaira .

Le sot se lève, va à ses affaires, court la ville, et vante partout la cure merveileuse que maître Simon a faite sur lui. Lebrun, Bulfamaque et Nello étaient charmés d'avoir pu tromper l'avarice de Galendrin, mais la femme de ce dernier, s'étant aperçue du tour, s'en vengea en grondant son benêt de mari.

Boccace.

Varia.

Recherche de la paternité. —Lin* l'emnie de village, veuve, de chaste réputation, sentant des premiers ombrages de grossesse, disait à ses voisines, qu'elle penserait être enceinte si elle avait un mari. Mais du jour à la journée croissant l'occasion de ce soupçon, et enfin jusques à l'évidence, elle en vint là, de faire déclarer a

prône de son église que qui serait consent de ce fait, en l'advouant, elle promettait de le lui pardonner, et s'il le trouvait bon, de l'épouser. Un sien jeune valel de Labourage, enhardi de celle proclamation, déchira l'avoir trouvée un jour de fête, ayant bien largement pris son vin, endormie en son foyer si profondément et si indécemment, qu'il s'en put servir sans l'éveiller. »

Montaigne.

Prédicateur maladroit. —Le père Ch..., prédicateur qui se rendit fameux à Marseille par ses déclarations, criait en chaire, « qu'une femme enceinte devait se cacher et rougir : et que toute fille vertueuse ne pouvait mériter le ciel qu'en embrassant la vie monastique. »Une pieuse mère objecta à cet original que la sainte Vierge avait été enceinte, et n'avait point embrassé la vie religieuse... Une autre lui demanda s'il avait eu une mère ?... Quelques provençaux moins polis le prièrent de leur dire s'il était né d'une truie ou de la femelle d'un bœuf ?...

Prœdicatoriana.

Annonce anglaise. — Un journal anglais ayant inséré l'avis suivant :

« Une jeune veuve, sur le point de sevrer une fille de six mois, désirerait avoir un autre enfant. »

Un autre papier-nouvelles, en répétant cette annonce, ajouta malignement :

« Nous espérons que les jeunes élégants de Londres voudront bien se rendre aux vœux de la dame. »

Londresiana.

Un germanisme. — J'ai renvoyé mon valet de chambre ce matin, dit à un de ses amis un financier de souche allemande, bien connu pour son parler émail lé de « germanisme ». - Pourquoi donc ? demande l'ami.

— Il a fait une grossesse à ma femme !

Grossesse pour grossièreté, ce n'est pas mal, n'est-ce pas ?

SLR LES ACCOUCHEMENTS

Nourrice dévouée. — MmeX ;i gardéauprès d'elle La nourrice

le son premier enfant.

La famille va bientôt s'augmenter d'un deuxième bébé.

M""' X annonçait hier cette grande nouvelle à la nourrice.

— Ali î madame ! s'écria la brave fille, si vous m'aviez dit cela plus tôt, j'aurais pu me mettre en mesure.

{Le Télégraphe.)

Servante et maîtresse. — MadameX... constate que la taillede sa camériste s'arrondit de jour en jour.

Fig, i.

Vous n'avez pas bonté, Sophie, d'être dans cette position ?

Vous y (Mes bien, vou^ !

Moi, Mademoiselle, c'est de mon mari.

Mais, Madame, moi aussi !

Pépin. Le Grelot.

\i\ ANECDOTES

Jeu de mots, jeu de sots. — Pourrais-tu me dire Indifférence entre une femme enceinte et une puce ?

— Eh bien ! la puce est puce elle et la femme enceinte ne Test

pas.

Hiéroglyphe moderne. — Pour représenter une femme au milieu d'une grossesse, il suffit de dessiner une femme au milieu d'une grosse S.

Réflexion déplacée. — On est treize à table ; rien que des hommes et des jeunes filles.

Un des invités paraît soucieux, à cause de ce chiffre.

— Ne craignez rien, lui dit Boireau; il y a bien une de ces « demoiselles » dans une position intéressante t

Prière d'une horizontale : « 0 vierge ! qui avez conçu sans pécher, faites-moi la grâce de pécher sans concevoir! »

Dialogue:— Que désirez-vous? demande une belle-mère à sa bru qui se trouve dans une position intéressante.

— Peu m'importe, un garçon ou une fille.

— Ne dites pas cela, ma chère, vous ne savez pas le bonheur qu'on ressent de créer un homme.

Consultation: — Docteur, j'éprouve des maux de cœur, des dégoûts, «les envies bizarres... que faut-il faire? — Une layette.

SLR LES ACCOUCHEMENTS 47

Position intéressée. — Lp petit comte deX... nage dan? la )oîp. Son oncle lui a promis un million si la comtesse le rendait père, et l'événement est proche. Il vient de répondre à un ami lui demandant un rendez-vous :

— Impossible de bouger. Je suis dans une position intéressée.

Un aveu. — Le lendemain du mariage, les jeunes époux vont faire une partie de campagne.

A la gare., on trouve une de ces balances où. pour savoir son poids, il faut introduire une pièce de dix centimes.

Toute la noce se pèse. Vient le tour de la mariée. Elle saute sur le marche-pied et demande :

— Combien faut-il mettre ?

— Deux sous par personne.

Elle rougit, hésite et. timidement, glisse dans le trou... deux pièces de dix Centimes I

Reproches matrimoniaux. — Une dame de province, écrivant ;'i son mari qui était à Paris depuis quelque^ mois, après lui avoir parlé d'affaires, finissait ainsi sa lettre : « Je t'apprendrai pour nouvelle, mon ami. que mesdames une telle et une telle sont «es; que mesdemoiselles telle et telle craignent de l'être, et qu'il n'y a que moi, qui ne le Sttle pas. Tu devrais mourir de honte. >

BncycU a.

Dialogue. — Tiens, dit Titine à Céleste dan> une position intente, on t'a donc pris ton capital ?

— Oui. ajoute timidement Céleste, mais on m'a laissé un reçu.

Judicieuse réflexion. — Une dame âgée ^erre nerveusement les mains d'un vieil ami de la famille.

— C'est affreux!... nia nièce!. . confiée âmes soins, et n'être

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