‹ Anecdotes & curiosités historiques sur les accouchementsChapitre 5 sur 26 · S ANECDOTES · texte numérisé non relu

S ANECDOTES

sortie sans moi qu'une fois, pour une soirée (ont intime!..

trouver dans une position...

Le vieil ami, toussant légèrement :

— Aussi, quelle imprudence ! un bal d'enfants !

Méfait de la chaleur. — Un vieux monsieur à une vieille dame dont la fille lui parait être dans une position intéressante :

— Mais il me semblait que votre iille n'était mariée que depuis un mois?...

— C'est vrai; mais ce sont ces chaleurs subites; tout est en avance cette année!...

Méfait du printemps. — La bonne de M. Taupin vient en pleurant lui déclarer son état intéressant.

— Joséphine, reprend celui-ci, l'an passé c'était la même chose, vous m'avez allégué l'excuse du froid de l'hiver, mais maintenant nous sommes au printemps.

C'est encore pis, monsieur !

Embarras du choix. — Un professeur de philosophie s'apitoyait beaucoup sur la lâcheuse position d'une jeune femme dont la ligure était momentanément enlaidie par les ravages d'une grossesse fort avancée. Un jour, comme il la voyait tristement appuyée sur une table, le front dans les deux mains:

— A quoi pensez- vous donc, ma pauvre enfant ? lui demanda-til avec intérêt.

— Hélas ! Monsieur, répondit la victime d'un air dolent je cherche à deviner quel est le polisson qui m'a mise dans cet état-là.

— Maisenfin, malheureuse, parmi tous les soldais qui occupaient la ferme, tu dois bien savoir Lequel.

— Commenl veux-tu que je sache? Ils étaient huit.

Entre bonnes petites camarades:

— Tu sais que Julia est dans une position intéressante ?

— Et sait-on... à peu près, quel est le père?

Une lorette, qui avait de fort mauvais yeux, était enceinte. Un jour, quelqu'un s'avise de lui demander qui était le père de son enfant. —Ma fois, mon cher, je n'en sais rien, répondit-elle, j'ai la vue si basse !

Quelques combles. — Le comble de in maigreur pour une jeune femme : C'est de paraître enceinte après avoir avalé une boulette de mie de pain. Le comble de la criminalité pour^une sage-femme: Tenter de faire avorter l'amer Picon.

III. — SUR LES ACCOUCHEMENTS Erreurs et préjugés populaires 1

XVe siècle. — Quant un joue homme pucel espouseune fille pucelle, le premier enfant qu'ilz ont est par coustume fol.

Quant l'enfant est nouvellement né. et avant qu'il suche la mamelle, se on lui donne à mengier d'une pomme cuite, jamais, après, toute sa vie. il n'en sera si luffres ne gourmant à table, en boire et en mangier, et si en sera plus courtois en fais et en parole entre les dames.

Quant un enfanl est né, qui lui porteroit le petit boyau jusque* au chief, il en auroil longue vie, douce alaine, bonne voix et gra cieuse loquence.

Quant un enfant est né, avant qu'il soil baptisié, gardez-vous de 1,. mettre premièrement ne porter sur vostre bras senestre, cai pour vray il en seroit gauchier toute sa vie.

Quant un enfant est nouveau-né. se c'est un filz, il le convient porter au père, et lui bouter des pieds contre la poitrine, et pour certain, jamais ne fera l'enfant maie fin.

Quant une femme est aouchie d'une fille, il convient i'ass

sur la poitrine de la mère, en disant : Dieu te fasse preude-femme, et jamais elle n'aura honte de son corps.

{Evangile des quenouilles).

XVIIIe siècle. — 11 ya des femmes qui ne crient pas pendant qu'elles accouchent, de' peur que leur bouche étant dérangée, elles en paroissent moins agréables.

S'il arrive qu'une femme en sortant de l'église, après ses relevailles, rencontre des -eus de bien eu de méchantes gens, son enfan1 tiendra infailliblement des uns ou desautres; et si elle rencontre un garçon, elle accouchera la première fois d'un garçon, oi| d'une fille, si elle rencontre une fille.

Lampridius dit, dans son histoire, que les devins avant été conj ultez sur la fortune d'Alexandre Sévère qui, depuis fut empereur

SLR LES ACCOUCHEMENT'

de Rome, prirent pour an présage certain de sa future grandeur un œuf de pigeon qu'une vieille femme pré enta à sa mère, le même jour qu'il naquit.

Le jour de la naissance de Diadumène, fils de Macrin. une aigle lui porta dans le maillot un pigeon: ce qui fut pris pour une marque assurée que. ls, il prendrait les resnes de rempire.

On a cru qu'on peut produire un enfant dans une bouteille de verre, gardée sous du fumier de cheval pendant quelques jours.

Boukdelot, Les coudées franches.

Mœurs et coutumes obstétricales. (1)

D';; - rabon, 2] une loi défendait aux insulaires de Delos

de mourir dans cette île, rendue sacrée par la naissance d" Apollon

et de 1 liane : les femmes ne pouvaient pas non plus y accoucher,

que Latone y avait fait ses couches; on portait les femmes

en couche et les malades dans une lie voisine.

Les Iroquoi nt à supporter les plus grandes douleurs

st une injure de dire à l'une d'entre elles : Tu as cric lor& lil d'enfant.

Voyage de la Potin ,

(ii V. Histoire des accouchements, p. 342.

52 ANKCDOTES

La stérilité est un opprobre pour les Lapones : elles ne sont cependant pas 1res fécondes, car il esl rare de trouver six enfants dans une famille. Elles accouchent facilement, et il est d'us sitôt qu'une femme esl délivrée, qu'elle boive de L'huile de baleine. Dès qu'un enfant est né, on le lave dans la neige, puis on le plonge sur le champ dans l'eau chaude, sans doute pour l'endurcir au froid. Gomme les Lapons ne connaissent pas le linge, ils ne peuvent faire usage de langes ni de maillots, [ls déposent simplement leurs enfants dans des berceaux faits avec un tronc d'arbre, creusé et garni d'une mousse fine et douce. Si l'enfant est mâle, on place des armes sur son berceau : si c'est une fille, on met à la place quelques ustensiles de ménage.

En Laponie, un père n'attend point, pour doter son enfant, qu'il se marie ; il lui donne, à sa naissance, en toute propriété, un renne femelle, dont le produit lui appartient, sans que pour cela il perde aucun droit à l'héritage. Quand le père est riche, il l'ait un présent semblable à l'apparition de la première dent.

Les Samoyèdes ont un tel mépris à l'égard des filles, qu'ils ne leur donnent même pas de nom à leur naissance.

Ils sont très jaloux et lorsque l'accouchement est laborieux, le mari se livre à toutes sortes de soupçons ; il pense que les souffrances qu'endure sa femme sont une juste punition de l'atteinte portée à la fidélité conjugale. Aussi les Samoyèdes s'efforcent-elles dé conserver le plus grand calme pendant L'accouchement : c'est ce qui a l'ail dire aux voyageurs qu'elles ne sont point ordinairement sujettes aux douleurs de l'enfantement.

Les femmes du Kamtschatka sont peu fécondes, mais elles accouchenl 1res facilement. La naissance d'un enfant est un sujet de joie pour une famille. Le père rassemble tout le village dès que sa femme ressent les premières douleurs de l'enfantement, et chacun s'empresse, quel que soit son âge ou son sexe, d'accourir autour du lit de la malade, pour la voir accoucher Dès que l'enfant lié, on se le passe de main en main, pour l'examiner et le caresser; tout le monde félicite 1<' père et la mère.

SLR LES ACCOUCHEMENT^ 53

Un usage bien barbare chez les Kamtschadales, c'est lorsqu'une femme accouche de deux jumeaux, elle en fait périr un des deux.

Les nouveau-nés sont mis dans des berceaux remplis d'étoupes.

Les femmes qui sont stériles mangent des araignées dans l'espoir de devenir fécondes.

Les Malais croient que les femmes, en accouchant, mettent souvent au monde en même temps un jeune crocodile, jumeau de l'enfant: ils imaginent que la sage-femme reçoit cet animal beaucoup de soin et le porte sur le champ à la rivière où elle les met dans l'eau. La famille dans laquelle on suppose qu'est arrivée cette naissance, porte constamment des aliments à la rivière pour pes parents amphibies, et le jumeau surtout y va à certain temps, dans tout le cours de sa vie, accomplir ce devoir fraternel ; ils sont unanimement persuadés que s'il y manquait, il serait puni de maladie ou de mort.

tte croyance semble avoir pris naissance dens les Ile- Gélèbes et de Buiiton. où plusieurs des habitants nourrissent des crocodiles dans leurs familles : mais, quoi qu'il en soit de cette conjecture, cette opinion s'e>t répandue sur toutes les lies orientales, jusqu'à Timor et Ceram. et à l'Ouest jusqu'à Java et Sumatra, où cependant je ne crois pas qu'on ait jamais entretenu de jeunes crocodiles.

is crocodiles jumeaux sont appelés Sicdaras.

Les Bougis, les Macassars et les Bœtons sont si fermement persuadés qu'ils ont des parents crocodiles dans les rivières de leurs pays, qu'ils font en leur souvenir une cérémonie périodique. IN vont par troupes sur un bateau, fourni d'une grande quantité de provisions et de toute sorte de musique ; ils chantent et pleurent alternativement ; chacun invoque ses parents jusqu'à qu'un crocodile paraisse et dès lors la musique s'arrête et ils jettent dans l'eau les provisions, el et le tabac. Par ces honn

qu'ils rendent à l'espèce, ils espèrent être agréables aux individus qui sont leurs parents, et que ceux-ci accepteront ces offrandes générales qu'ils ne peuvent pas leur adresser en particulier.

Voya Cooh, 1770.

A Zanzibare, sur la route, une indigène -mit an monde un enfant, etbientôl on la vit debout près de sa progéniture. Les Zanzibari accoururenl à ce spectacle inaccoutumé.

— Jette-çà à la rivière, criai! l'un d'entre eux.

— Pourquoi 1 répliqua un autre, ne vois-tu pas qu'il respire ?

— Oui, mais il est tout blanc ! il doit avoir quelque maladie affreuse !

• « Ignorance, que de crimes s'abritent sous tes ténèbres ! Père ! pardonne leur, car ils ne savent ce qu'ils {'ont! » me disais-je en regardant ces hommes.

Sans même soupçonner qu'ils auraient commis un meurtre, ils eussent éteint cette petite flamme à peine allumée.

Stanley. Les ténèbres de V Afrique.

Dans la région du Gaquingué, il existe une loi curieuse au sujet des femmes qui meurent en couches.

Le mari, en pareil cas, est obligé d'enterrer seul sa femme; .l'emporter le cadavre sur ses épaules jusqu'à la tombe, où il accomplit, sans l'aide de qui que ce soit, tous les labours funéraires. De plus, il doit payer aux parents de sa femme la valeur de la vie perdue et, s'il n'en a pas les moyens, il devient leur esclave.

Major Serpa Pixto, Comment j'ai traverse Y Afrique.

En Russie, la naissance d'un enfant est suivi du baptême qui a lieu à l'église. On mange ensuite en famille, et on s'enivre.

Pendant le cours des couches de la femme, ceux qui viennent la voir doivent, en s'approchanl de son lit pour la féliciter ou s'informer de sa santé, glisser une pièce de monnaiedont la valeur varie, suivant la qualité e1 la fortune de celui ou de celle qui l'ail l'offrande. Les personnes de qualité ne peuvenl donner moins d'un ducat. Les gens mariés sont seuls assujettis à cet usage, sans doute parce qu'il ne dépend que d'eux de se faire rembourser. A Pétersbourg, on a aboli ce petit impôi : on le paie très exactem ml à Moskou el dans toutes les provinces.

J)a\i\uxi<; de IIavmoxd. Tableau de fem pi >r de Russie, 1812,

Maria Fiodorovna, très doue.' de caractère, très charitable et très bonne, est aussi très pieuse et même quelque peu superstiti< On rapportée ce sujel un fait curieux. La fille aînée de l'empereur, la grande-duchesse Xénia, porte un nom des plus vulgaires qui lui a été donnépar sa mère. Voici comment : il y a une soixantaine d'an- . vivait à Saint-Pétersbourg une vieille femme qu'on disait folle 'et qui passait pour saint ■ : ce qu'il y a de certain, c'est qui tombe, au lointain cimetière de Bmolensk, est un lieu de pèlerinage où les femmes en état de . se vont trouver un allégement à

leurs douleurs. Or. très malade, et les médecins n'ayant pu calmer - s souffrances, Maria Fiodorovna s'en fut incognito sur cette tombe et ressentit presqu'aussitôt un mieux manifeste: accouchée, elle appel.-i. en signe de reconnaissance, Xénia, du nom de la vieille femme enterrée au cimetière de Smolensk, la tille (fui lui naissait, et il parait que depuis, eh i rue année, l'impératrice, accomp tgnée 3e la grande-duchesse Xénia, ne manque pas d'aller déposer des fleurs su]- la tombe oubliée déjà de la sainte.

Rodolphe Darzens, L'Éclair. H) novembre 1801 .

Accouchements extraordinaires 1

L'enfant qui parle avant d'être né. — Abù-1-Leyth al-Samarkandi (mort en l'an 875 de l'hégire) raconte, dans son Djanhib algâlilm, édit. du Caire 13 13, la lég vante.

Yezid 1». Hanshab racontait au nom de son père : Un jour j'entendis le prophète dire : « si l'ermite Djureydj avait été ver-.'' dam aurait su qu'il est plus imp »rt mt de

répondre à sa mère que d'accomplir le culte divin. » M;ns j'ai appris d'un autre l'histoire de Djureydj. C'était un ermite d'entre les enfants d'Israël qui dans sa cellule se consacrait exclusivement au culte divin. Tu jour, sa mère vint près de lui et l'appela :«0 Djureydj. » Mais l'ermite ne répondit pas parce qu'il était absorbé

(1) v. Histoire des accouchements, p. s 1 7 .

dans sos prières. Alors sa mère di1 : « Puisse le seigneur te conduire à ta perte par des courtisanes ! » Or on raconte qu'une femme convaincue de libertinage désigna

l'ermite comme le coupable et comme le père de reniant issu de sa faute. Comme celui-ci affirmait vainement, par des serments, son innocence, il se fit conduire auprès de sa mère et lui dit : « Tu as invoqué Dieu contre moi et il a exaucé ta prière : prie maintenant pour qu'il fasse éclater mon innocence. La mère de l'ermite fit droit à sa demande; là-dessus, l'ermite se laissa ramener devant le roi qui le jugeait. Lorsque la femme qui l'accusait comparut encore une fois avec son enfant et maintint son accusation, l'ermite plaqua sa main sur la tète du nourrisson et dit : « Par la vérité de Celui qui t'a créé, je t'adjure dédire qui est ton père » ce à quoi l'enfant répondit : « N... le pâtre, est mon père » alors la femme dut reconnaître la fausseté de son accusation.

D'après une autre version, la femme était encore enceinte, lorsqu'elle accusa l'ermite. Celui-ci demanda qu'on ramenât, lui et la femme, dans les champs sous l'arbre au pied duquel il était accusé d'avoir abusé d'elle et dit : « 0 arbre, au nom de Celui qui t'a créé, dis-moi qui a forniqué avec cette femme ? » Toutes les branches de l'arbre répondirent : « C'est le berger. » Ensuite il demanda à l'enfant dans le sein de sa mère qui était son père, et une voix sortit du ventre de la femme disant :« C'est le berger qui est mon père.» Alors le roi voulut faire rebâtir la cabane de l'ermite qui avait été démolie, avec de la matière d'or ou d'argent, mais l'ermite n'y consentit pas et on la lui reconstruisit en argile.

(Mélusiné).

Le garçonnière ( 1 ). — Un jeune garçon fut envoyé par sa mère chercher de la médecine chez son oncle maternel. Il y alla et oncle lui donna la médecine demandée : niais au lieu de l'apporter à sa mère, le garçon la mangea lui-même. Cette médecine le rendit gros, ci1 garçon là. Quand il arriva à la maison, il dit à sa mère: - Mon oncle te fait dire que sa médecine est finie, qu'il n'en a plus. " Plusieurs mois se passèrent ; la grossesse, du jeune garçon

(1) Lr£.'nd<' Bassoutos, extraite de La Revue des traditions populaires. Juin L889.

se développait. Quand il se sentit près du tonne de sa grossesse, le feune garçon dit à son petit frère, avec lequel il gardait les bestiaux :« Reste ici, pendant que je vais là-haut, sur la colline, visiter mes pièges à oiseaux. » Il accoucha seul, tout seul, en secret; il accoucha d'un petit garçon. Alors il l'enveloppa d'une vieille peau de mouton et le cacha dans une grotte, puis il s'en retourna chez

lui.

Le lendemain, il prit ses seaux à traire et alla traire ses vaches : il mit de côté un peu de lait dans une petite corne pour en nourrir son enfant. Lorsqu'il eut fini de traire, il conduisit son bétail aux pâturages et le laissa de nouveau sous la garde de son petit frère, en disant : « Reste ici. pendant que j'irai visiter mes pièges ». Il monta sur la colline, et quand il fut arrivé sur la colline il se mit à chanter :

Pleure, pleure, que nous t'entendions, Xkolobé,

Pleure, pleure, que nous t'entendions Nkolobé,

Tu es comme quelqu'un qui n'aurait pas-été enfanté par un homme, Nkolobé,

Tu es venu au monde avec les jeunes gnous des steppes, Nkolobé,

Tu es venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé.

Alors l'enfant se mit à crier : Ngué, ngué ! Le jeune garçon dit : « Que mon sein se remplisse de lait, afin que j'allaite Nkolobé ! •> Son sein se remplit de lait et Xkolobé se mit à tèter. Quand il eut fini, le jeune garçon le reporta dans sa grotte, puis vers le soir il le quitta et retourna chez lui. Le lendemain il alla comme toujours traire ses vaches : il mit encore un peu de lait dans une petite corne. Puis il fit sortir les bestiaux et les conduisit au pâturage II dit encore à son petit frère : <■ Reste ici, je vais-là-haut visiter mes pièges à oiseaux ». Quand il arriva près de la grotte il se mit à chanter.

Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Pleure, pleure, que nous t'entendions. Nkolobé ! Tues comme quelqu'un qui n'aurait pas été enfanté par un homme,

[Nkoloi Tu es, venu au monde avec les jeunes gnous des steppes, Nkolobé ! Tu es venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé !

Alors l'enfant se mita crier : Ngué, ngué î Le jeune garçon dit : « Que mon sein se remplisse de lait, afin que j 'allai te Nkolobé. > Son sein se remplit de lait et Nkolobé se mit à tèter. Vers le soir

le jeune garçon retourna chez lui. comme à son ordinaire. Le lendemain, lorsqu'il eul trait, il garda de nouveau du lait dans s;i petitèi corne el se rendit encore sur la montagne. Son frère s'en étonna et dit: « Pourquoi vas lu visitertes pièges chaque jour? » Puis, quand son aîné se fut éloigné, il prit un chemin détourné et se rendit sur la montagne par un autre côté : arrivé là, il se coucha derrière un rocher. .Vu bout d'un instant l'aîné arriva, lui aussi : le cadet l'entendit chanter :

Pleure, pleure, que nous f entendions, Nkolobé ! Pleure, pleure, que nous t'entendions. Nkolobé ! ' Tu es comme quelqu'un qui n'aurait pas été enfanté par un homme.

[Nkolobé.

Tu es venu au monde avec les jeunes gnous des yteppes, Nkolobé ! Tu es venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé !

Puis il le vit prendre l'enfant et l'allaiter. Il se dit : « Ouais ! mon frère a un enfant. C'est donc là les pièges qu'il vient ainsi visiter chaque jour ! » Alors le cadet s'en alla sans avoir été vu. et retourna vers son bétail. Quand son aîné fut descendu de la montagne, le cadet lui dit : « J'ai mal à la tète. » Son frère lui répondit : « Tu peux t'en retourner à la maison ».

Lorsque le frère cadet fut de retour au village, il dit à sa mère : - Mère, mon frère a un enfant ». La mère lui répondit : « Un (Mitant ? comment serait-ce possible ? » Il répondit : « Il a certainement un petit garçon, là-bas. sur la montagne. » Alors la mère se prit à réfléchir et s'écria: « Est-ce que ce serait donc à cause de la médecine que je l'ai envoyé chercher chez son oncle maternel ? » Puis elle demanda à son fils: «Ne pourrais-tu pas nous faire voir cet enfanl ? » — «. Oui. ma mère, je puis te le montrer où il est. » Ils y allèrent pendant la nuit, accompagnés du père du jeune garçon, Quand ils furent arrivés devant la grotte, le frère cadet se mit à chanter, en imitant la voix de son aîné :

Pleure, Pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Tues comme quelqu'un qui n'aurail pas été enfanté par un homme,

[Nkolobé.

Tu c- venu au monde avec les jeunes gnous des stoppes. Nkolobé î Tu ps venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé î

L'enfant se mit à crier : Ngué, ngué ! La mère du jeune garçon prit le petit enfant et lui donna lesein : ils refermèrent soigneusement la porte avec de grosses pierres et retournèrent chez eux en emportant le petit enfant. Le lendemain le garçon, mère del'enfant, se leva tout joyeux comme d'habitude, alla traire ses vaches et comme toujours mit de coté un peu de lait dans sa petite corne. Puis il fit sortir son bétail et le conduisit au pâturage : mais cette fois-ci son petit frère n'alla pas avec lui. il resta à la maison. Le garçon monta sur la montagne comme tous les autres jours, et se mit à chauler :

Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Pleure, pleure, que nous t'entendions, Nkolobé ! Tues comme quelqu'un qui n'aurait pas été enfanté par un homme.

[Nkolobé !

Tu es venu au monde aveeles jeunes gnous dos steppes Nkolobé ! Tues venu au monde ainsi que pousse l'herbe, Nkolobé î

Mais cette fois aucune voix ne lui répondit; il s'approcha de la grotte, mais il ne vit rien. Il enleva les pierres qui en fermaient

mtrée. et vit que son enfant n'était plus là. Il pleura, il pleura tout le jour. Vers le soir il retourna chez lui, mais il n'était plus joyeux comme d'hahitude. et s'assit près du feu et fondit en larmes. Sa mère lui dit : « Pourquoi pleures-tu, mon enfant ? » Il répondit : ^ Je ne pleure pas, c'est la fuméequi me fait mal aux yeux. » Sa mère reprit : « Assieds-toi à une autre place, pourquoi te tienstu si près du feu ? » Il se leva et entra en rampant dans la hutte, où il s'endormit le cœur gros. Le lendemain toujours pleurant, il se rendit au pâturage avec son troupeau, et en revint le soir plus triste que jamais. Sa mère lui demanda encore : « Pourquoi donc est-ce que tu pleures ainsi'? serait-ce parce que tu n'as plus ton enfant ? » Cette fois-ci il n'essaya plus de rien nier, et répondit : «Oui ! c'est pour cela. » Alors sn mère le fit entrerdans sa hutte à elle, et lui montra son petit enfant, en lui disant : « Le voilà, ton enfant ! comment donc as-tu pu mettre au monde un enfant, toi qui es garçon ? Cet enfant, d'où l'as-tu ? » Il répondit : « C'est à cause de la médecine que tu m'as envoyé chercher chez mon oncle maternel: je l'ai mangée en route au lieu de te l'apporter ; c'est là la cause de ce qui m'est arrivé. »

Voici les paroles de la chanson que le garçon chante à son fils

♦il)

Nkolob'é, avec La musique, telle qu'elle a été recueillie et notée par mon ami, M. Déter : (1)

LllaJIa,re.uthlu€,Nkolo-be!- LIa,lla, reuthlue.Nkolobe?

E-ka ue~na., ha uatsua-lo-a le mo-tho, NkoJo-be •

Un phénomène. — ...J'ai L'honneur de vous communiquer an

0 fait extraordinaire h dont j'ai été témoin, et dont cinq cents personnes pourraient, tout comme moi, certifier l'exactitude. Depuis vingt-quatre heures, un propriétaire d'ici, M. Gôme, attendait au delà des délais naturels que sa vache, une bête superbe, lui donnai un veau ; il «lût se résigner à faire faire l'opération césarienne par un vétérinaire... Devinez ce qui vint au inonde ?

Un ours 1 !... un ours magnifique et parfaitement conditionné, un ours pesant au moins 100 kilos, armé de redoutables dents et recouverl d'un poil touffu... Si je ne L'avais vu... jamais je n'aurais pu croire à un pareil phénomène !.. .

(l)C'esi à L'obligeance de Madame Dé verleu, la femme d'un de mescoliègues, que je dois ce curieux iécit. Elle L'a écrit sous la dictée d'une vieille femme, aujourd'hui chrétienne, nommée Francina. Je l'ai traduit littéralement. Indépendamment de sa valeur intrinsèque, ce conte est fort intéressant, en ce qu'il nous montre jusqu'à quel point les indigènes du .,,«1 de l'Afrique croienl à L'efficacité des charmes ou des médecines. Ils accordent une confiance absolument illimitée. Ainsi, il y adeu? ;ms< j'ai entendu racontera plus a-une reprise, comme craie, l'histoire d'un jeune garçon qui aurait accouché d'un enfant à peu près dues les mêmes circonstances que dans le conte ci-dessus. Les plus intelligent^ aansdoute n'y croyaienl pas ou n'y croyaient qu'à demi, mais pour beau* coup [g chose ne faisail aucun doute. Le merveilleux pour eux n'a paa besoin d'être vraisemblable ou simplement possible; plus il est exagéré etinsensé, e1 plus aussi il a de chances de s.- faire accepter. J'en ai ed maints exemples qui dépassent tout cequ'on peut imaginer.

E. Jacottet.

SLR LES ACCOUCHEMENTS 61

Le propriétaire m'a raconté que sa vache portait depuis plus de quatorze moi* (juste la période de gestation des ourses) et qu'il se souvenait qu'un mois après qu'elle était pleine, un montreur d'ours avait donné devant sa porte et sous l'œil de sa radie, une représentation aux baigneurs des Grandes-Dalles . . .

Que de plus savants que moi expliquent le phénomène, mais voilà qui combattrait singulièrement la théorie de V indépendance hbsolue du rejeton dans le... sein de sa mère !...

Veuillez agréer, etc.

Etienne Rey, Artiste du Gymmase.

Maria- Josepha. — Cette curiosité tératologique a été exhibée en 1891, au théâtre de la Gaieté dans une pièce faite pour la circonstance. M. le docteur Delineau donne sur ce phénomène, qui présente plusieurs points de ressemblance avec Hélène-Judith et avec Millie-Christine, les curieux renseignements suivants :

Rosa-Josépha sont âgées de quatorze ans et demi. Elles sont nées le 20 janvier 1877, à Skrejchow, village situé près de Tabor, en Bohème, à 50 kilomètres de Prague.

Le père est d'une taille ordinaire, il est âgé de quarante ans. La mère est une petite femme, elle a trente-sept ans.

Ces braves gens. M. et Mme Franck Rlazéck, qui suivent aujourd'hui leurs enfants, cultivaient leur petit bien dans leur pays, quand on est venu leur persuader qu'ils feraient fortune en exhibant leur phénomène. Ils sont d'une bonne santé et paraissent intelligents. L'accouchement, dit la mère, s'est fait naturellement. La grand'mère maternelle assistait sa fille ; elle est morte de frayeur à la vue du monstre naissant.

On laissa d'abord les enfants sans soins, les bonnes femmes du pays ayant déclaré que ces petits êtres ne pouvaient pas vivre: mais on s'aperçut, au bout de quelques jours, qu'ils respiraient, et, sur le conseil d'une voisine plus éclairée que les autres, on les mit aux seins de la mère, qui les nourrit pendant deux ans.

Elles sont élevées au petit bonheur, sans aucune précaution, $ans aucun soin particulier, pataugeant, pieds nus, comme la plupart des enfants de la contrée, dans l'eau, dans la boue ou dan- La neige .

ANECDOl ES

Elles ont une sœur âgée de dix sepl ans el un frère âgé de troi ans, conformés comme toul Le inonde.

deux fillettes* d'un développement égal, jouissant d'uni même activité physiologique, sonl réunies par la partie central* postérieure : leurs extrémités supérieures et inférieures resten

Fig. 2.

Béparées et distinctes. Elles doivent être classées dans la catégorie des autosites (qui se nourrissenl d'eux-mêmes) pygopages (réunis par le bassin .

Elles sont sondées ensemble par le sacrum et le coccyx. Elles se tournent donc le dos. Les deux bustes, pourvus isolément de tous les organes de la respiration, de la digestion et de la circulation,

SLR LES ACCOUCHEMENTS 03

sont assez éloignés l'un d i l'autre pour permettre la Liberté de tous les mouvements du tronc.

La soudure est osseuse résistante, indivisible etsi complète que, si Rosa se baisse pour ramasser un objet à terre. Josépha est soulevée malgré elle et sans difficulté Quand Tune marche en avant, l'autre semble plutôt entraînée, touchant à peine le parquet et donnant de temps en temps une petite poussée du bout des pieds, comme pour aider sa sœur.

Elles marchent très vite dans le sens latéral. Leur allure alors un peu oblique, à la façon des crabes. Elles courent, sautent avec une agilité extraordinaire. Elles peuvent s'asseoir en faisant ■uter à leur deux rachis un léger mouvement de torsion, et se présentent ainsi presque de face.

La peau est blanche et fine; elle ne forme aucune saillie, aucune dépression au niveau de la réunion osseuse.

Leurs ligures se ressemblent. Elles sont d'un aspect agréable. Cheveux blonds, flavescents, teint clair. Les yeux sont vifs et langoureux, le nez un peu busqué, visage ovale.

Leurs physionomies gaies, intelligentes, font oublier le côté pénible el attristant de leur difformité.

sont, en somme, deux fillettes complètes, ayant tout en double, excepté l'anus, qui est commun aux deux personnes. Elles ont chacune un bassin adossé, soudé l'un à l'autre parla icro-

ygienne; chacune, un \Tentre à ombilic central. Elles ont donc eu chacune un cordon ombilical.

La fente vulvaire de l'une se continue suis interruption avec celle de l'autre : paraissant, à première vue, ne faire qu'une seule vulve, située entre les quatre cuisses, avec un seul anus au centre, un périnée commun, et deux vagins latéraux. 11 y a deux clitoris, deux urètres.

Quand on donne un lavement à Rosa-Josépha, si l'on enfonce la canule de 'i ou o centimètres, les deux personnes en ressentent L'effet bienfaisant; si la canule es poussée jusqu'à 10 centimètres environ, l'effet du liquide n'est plus ressenti que par une seule.

Un purgatif donné à l'un.1 n'a pas d'effet sur l'autre.

11 y a donc une jonction des deux rectums, se bifurquant en angle pin- ou moins ouvert, au-dessous de la région» ; :me.

pour ne former qu'une seule ami taie, de 5 ou 6 centimè-

de long, terminée par un seul et unique anus.

Josépha avait, l'autre jour, mangé tant de fraises qu'elle en a été malade. Elle a eu seule des coliques. Elle a eu des besoins fréquents d'aller à la selle.

Rosa s'est fâchée d'être dérangée à chaque instant. Mais, comme elle était naturellement obligée de suivre Josépha dans tous mouvements fonctionnels, elle ressentait, chose à noter, au moment même delà défécation, le môme besoin final que Josépha, ce qui s'explique par l'excitation réflexe des nerfs de Fampoule rectale commune; aux deux sujets, au moment du passage des

excréta.

Les envies d'uriner sont distinctes. Il y a donc deux vessies.

Ces enfants n'ont pas encore atteint l'âge de la puberté. Leur sœur aînée a été formée à quinze ans. C'est l'âge habituel du début de la menstruation dans la race bohémienne. Les glandes mammaires sont peu développées. Nul ne doute que, possédant ainsi deux ventres, deux vessies, deux vagins, deux clitoris, deux mètres, elles n'aient également deux utérus. Elles auront donc leurs règles séparément, isolément. Contrairement à ce qui a été dit, elles pourraient devenir mère chacune pour son compte personnel, car si ces deux êtres ont droit à la vie, elles doivent avoir droit à la reproduction.

Elles sont de même force, de môme taille (lm32). Cependant Josépha s'est affaiblie, ayant été atteinte, il y a dix-huit mois, d'aceiden ts nerveux pendant cinq semaines.par suite d'une frayeur: nu chien s'étant un jour jeté sur elle. Rosa, qui n'a jamais essé de se bien porter, a pris une certaine prépondérance physique et morale sur Josépha. Rosa se tient plus droite que sa sœur. C'est elle qui prend généralement l'initiative des mouvements d'entraînement.

Elles ont chacune leur sensibilité propre.

Les excitations de la peau (piqûres, brûlures, pincements), ne sont perçues par les deux, qu'au niveau delà soudure et dans un rayon de dix centimètres environ autour du point médian de la réunion. La sensation s'affaiblit à mesure (pie l'excitation cutanée s'éloigne de ce poinl central. Rosa a eu seule le croup il y a deux an8, Elles onteu toutesdeux la rougeole à cinq ans. Josépha fut atteinte la première.

Elles éprouvent ordinairement le besoin de dormir en même temps; mai- quand elles dorment, le plus petit mouvement de

SUR LKS ACCOUCHEMENTS 66

l'une réveille l'autre. Les mouvements respiratoires ne sont jamais isochrones, ni par le nombre ni par leur amplitude.

Les cœurs ne fonctionnent pas en même temps.

Les pouls ne sont pas synchrones.

Le pouls radial de Rosa bat ordinairement 85 à 90 fois à la minute, celui de Josépha 75 à 80 fois.

Leurs cœurs, leurs foies et autres organes sont normalement placés.

Vues de face, chacune d'elles parait complète. Mais si on les examine dans le sens latéral, on voit entre elles, à la région sacrofessière, une sorte cTensellure en forme de pont de 19 centimètres de long sur 15 de large qui les sépare largement, tout en les réunissant: ce qui fait qu'elles ne se touchenl pas des épaules ni du dos et qu'on croirait les voir disposées à se mouvoir à la manière des quadrupèdes. Au-dessous de cette union, quatre jambes et quatre pieds bien conformés et bien placés.

Les parties supérieures du tronc sont très espacées. Il n'y a aucune communication directe entre les deux cerveaux.

Les deux occiputs sont, dans l'attitude ordinaire, distants de 48 centimètres

Chacune a sa volonté, ses goûts, ses aptitudes.

Ces deux fillettes peuvent donc manger, parler, lire, travailler chacune à sa fantaisie, comme si elles étaient séparées; mais dans les points où a lieu la fusion, elles deviennent complètement dépendantes l'une de l'autre, et ne forment, en somme, qu'un seul groupe contraint d'agir comme une seule masse.

Aussi observe-t-on que ce qui est résolu par l'une, est immédiatement suivi par l'autre, comme s'il n'y avait qu'une volonté pour les faire mouvoir; qu'un mouvement étant voulu par l'une, l'autre est obligée de s'y soumettre sans réflexion, par entraînement, comme par habitude ou par nécessité.

De là, une harmonie apparente, plus instinctive (pie raisonnée. Elles éprouvent rarement le besoin de se parler et de se communiquer leurs idées; tandis qu'elles causenl volontiers avec les personnes qui comprennent leur langue, car elles ne parlent que le tchèque. Elles ne savent actuellement que trois mots de français : Vive la France !

Elles sont très intelligentes, très vives et très alertes. Elles ont appris à jouer passablement du violon en un mois et demi. Je les ai vues jouer au ballon dans un jardin et grimper à une fenêtre.

sauter par- dessus la barre d'appui a la recherche du ballon perdu, plus prestement et plus drôlement que ne l'aurait fait un enfant ordinaire de leur âge.

Ces demoiselles ne sont point toujours d'accord. 11 y a des jours où elles se boudent, où elles se griffent. Le père et la mère Blazëck doivent alors user de leur autorité pour les calmer.

La question la plus intéressante que tout le monde se pose, au spectacle de ce phénomène pygopage, est celle-ci : Pourrait-on séparer les deux sœurs ? Assurément non. D'abord, Rosa et Josépha n'ont pas du tout envie, pour le moment du moins, de se faire séparer.

Elles sont contentes de leur sort, qui a toujours été le même depuis la naissance, pour l'une et pour l'autre ; elles sont actuellement enchantées du mouvement de curiosité qu'elles excitent. Elles sont adulées et bien soignées. Elles sont, gourmandes, coquettes; elles adorent le Champagne. Leur difformité fera leur fortune.

Enfin, il ne serait pas possible de songer à une séparafon autrement que par une opération sanglante; or, il faudrait scier le sacrum. Il est probable que chez elles, comme chez Judith et Hélène, il y a réunion des deux aortes entre elles et des deux veines caves inférieures, ou tout au moins des artères et veines iliaques, des artères sacrées, etc. De là une communauté de vie et de fonctions indissolubles. Il faudrait aussi diviser l'ampoule rectale et l'anus commun, etc., etc.

Rosa et Josépha resteront unies l'une à l'autre et mourront in. failliblement l'une par l'autre, sans qu'il soit possible de les séparer avec succès, même en présence du décès de l'une d'elles, et contrairement à ce qui eût pu être fait par les frères siamois, si les secours médicaux, que réclamait à grands cris le survivant, avaient pu lui être donnés à temps.

(Le patricien >.

• Faits divers

La fécondité de M. Blunet. — C'étoit un petit bourgeois de Paris, sans rang, sans fortune, sans crédit, sanstalens spirituels. Eh !

SLR LES ACCOUCHEMENTS 6"

pourquoi eu parlez-vous, me dira-t-on ? Attendez, vous saurez pourquoi. C'est que ce Blunet tit à sa femme vingt-et-un enfant eu sept fois de suite; or il n'y eut peut-être pas dans toute l'antiquité un exemple d'une fécondité si prodigieuse. C'est l'hercule parisien que Blunet.

Ces enfants tri-jumeaux furent baptisés, vécurent les uns plusieurs jours, les autres plusieurs mois ; et il en resta douze des plus forts, tous grands, et en bonne santé.

Comme le public émerveillé ne savait à qui attribuer cette espèce de prodige, et qu'on disputoit à qui de la femme ou de lui on en attribuerait l'honneur, Blunet coucha avec une servante qu'il avoit, et au bout de neuf mois la fille accoucha de trois enfans mâles.

Blunet mourut en 1685. C'est dommage qu'on n'ait pas suivi l'histoire de ses descendans; mais alors on avoit l'esprit moins porté à l'observation des phénomènes qui tiennent à l'histoire naturelle.

Qu'on se moque encore chez l'étranger de la mollesse des parisiens ! Ils n'auront qu'à répondre : Et Blunet loi' estpanni vous son pareil?

mercier. Tableau de Paris.

Sagesse d'une mère. — Les anecckH ète du dix-huitù

siècle nous donnent le récit suivant : « Quand une jeune personne n'a pas assez de force pour combattre la nature et une passion qui quelquefois n'a dans son principe rien de repréhensible, il est rare qu elle ne trouve des moyens pour cacher les suites de sa faiblesse. La publicité est souvent le plus grand mal : des parents bourrus et emportés ont plus de tort qu'une fille sensible et sans expérience, lorsqu'ils ne l'aident pas à cacher sa faute. Madame C... mère respectable et adorée de ses enfants, pense ainsi, mais elle est unie à un homme dont les principes sont bien différents.

Un jour elle découvrit un mystère que sa tille s'était en vain efforcée de lui cacher: elle obtint l'aveu : un cœur simple et innocent ne peut employer longtemps la dissimulation avec une mère tendre et chérie. Madame C..., essuie les larmes de sa fille, et lui promet son secours pour dérober cette aventure à un père redouté !

L'inimitable mère feint qu'elle est elle-même enceinte, et suivant l'usage qu'elle avait établi dans son ménage, interdit â mari l'entrée de son appartement à toutes les heures où il aurait

<iS ANECDOTES

pu dévoiler le mystère; des hardies artistemenl arrangées, de petites précautions de santé, et des soins de toute espèce annoncent à toul le monde la grossesse «le Madame G...

Le moment approche; cette mère généreuse parait désirerque sa Mlle soit témoin de toutes les circonstances de l'accouchement. pour lui servir d'utile leçon (1); le chirurgien était dans le secret. quand le père entra, il voit sans surprise (2) dans le lit, avec la prétendue accouchée, sa fille qui feignait d'être malade du spectacle louchant (9) auquel elle avait assisté: et donne mille témoignages de tendresse à un petit-iils qu'il croyait lui appartenir déplus près.

L'enfant est nourri dans la maison ; sa mère véritable a du moins la consolation de l'embrasser comme son frère. Elle peut aujoudlmi le regarder sans rougir, puisqu'elle est à la veille de s'unir à celui auquel il doit le jour (4).

L'accouchement d'un cordelier. — Il faut que je vous raconte une anecdote fort comique, qui s'est passée la semaine dernière et dont on a beaucoup parlé. Un cordelier, qui paraissait âgé de dixhuit ans, allait de Rouen à Paris ; il entra dans une hôtellerie et se mit à table avec beaucoup de monde. Tout d'un coup il est saisi de douleurs violentes ; on le porte sur un lit, et un moment après on entend crier dans la maison: « Le cordelier accouche! eh ! vite? au secours ! » et puis un instant après, « il est accouché dame iille.» On ne sait pas encore quelle est la personne qui s'était déguisée d'une façon si étrange. (5)

Correspondance de MmeLA duchesse d'orléans, 16déc. L717«

(1) Ceci esl assez dix-huitième siècle. Chacun connaît les étonnantes leçons que Diderot donnait à sa tille, âgée de douze ans.

ri) Sans Burprisel Ce père pouvait avoir des principes, mais nous le soupçonnons d'avoir été un franc nigaud.

(•'!i El surtout malpropre.

(4) Otte admirable conduite de madame < '.... n'aurait pas l'approbation «lu oode pénal : elle punirait de la réclusion les manœuvres de cette mère inimitable et généreuse. — Gf, la préface que M. Henri Fevre a mise à son roman l'Honneur; V. nos Accouchements dans la littérature [prose). La même anecdocte est racontée dans Les heures perdues d'un cavalier français, sous le titre de ['enseignement complet.

(5 Déjà Loret, dans sa gazette rimée, raconte l'histoire d'une femme déguisée en ermite qui accoucha, le 24 février 1657, sur le coche d'eau de Montereau. V. nos Accouchements dans la littérature [vers).

Accouchement d'un page. —L'histoire du cocher est arrivé Fan

dernier en Angleterre ; La princesse de ' îall< - gaiement racontée.

^eher ne devait pas avoir une Longue barbe comme en portent

ceux d'ici, et L'anecdote de son accouchement me fait souvenir du

comte de Kœnigsmark, frère cadet de celui qui eut une fin tragique à Hanovre. Une jeune fille anglaise le suivait, habillée en page 1 : je l'ai vue; elle avait de longs cheveux bruns et frisés en grosses boucle-., de vivo couleurs, de belles dents et une jolie bouche, mais elle était petite et g] sse. Comme nous revenions de la chasse, le comte m'ayant raconté toute l'histoire, je me plaçai comme si j "étais curieuse de voir son pavillon turc : il appela le page,, et lui dit de descendre le cheval : celui-ci obéit promptement et aida son maître à descendre aussi : j*eus de cette façon toute facilité pour le voir de très près. Le comte étant plus tard à voyager en Italie, on lui dit un jour dans une auberge : Monsieur, votre page est fort malade d'une collique », et un moment a} I

Monsieur le comte, votre page accouche »: elle mit au monde une lill»j. Ce prétendu page s'est retiré depuis dans un couvent, où elle ne point faitreligieuse. maisoùellea vécu honorablement et pieusementjusqu'à samort.M. le marquis de Thiange, qui était un grand ami du comte, a. après sa mort, pris soin «le la petite tille et lui a fait obtenir une pension du roi. qui lui donne les moyens de vivre. Mm* Dlv.hesse d'Orlkws. T< avril. 1 7 *2< > .

Un tour des tours. —La fille d'un bourgeois qui était assez riche, et âgée de quatorze ans. fut enlevée parmi jeune homiu devint enceinte : elle fut assez adroite pour cacher la chose, et elle accoucha en secret d'un enfant, qu'on porta de suite aux Enfants trouvés : elle lui fit une marque pour le reconnaître plus tard. Pendant deux ans elle en eut soin : elle allait le v<>ir. et lui fournissait ce qui lui était nécessaire. In riche marchand de Paris devint amoureux de cette créature et l'épousa ; mais comme - visites à l'hospice des Enfants trouvés lui donnaient des soupçons, elle cessa de les faire. Après avoir vécu vingt ans avec son mari. il mourut, lui laissant toute sa fortune. Elle avait un grand penchant pour le premier garçon de boutique de son mari, et il failli Ce page ^tait la belle coin' ^^uthampton que Ch;irle>-.Tenn de Kœnigsmark avait rencontrée â Venie

fO

mail aussi. Un jour elle s'aperçoit que son mari a sur le corpsun signe pareil à celui qu'elle a fait à son enfant ; elle court aux Enfants trouvés et demande ce qu'est devenu le jeune homme dont elle avait piis soin. On lui répond qu'en grandissant, il avait montré du goût pour le commerce, et était entré chez un riche marchand dont on lui ditlenom, et c'était celui de son mari défunt. La femme ne put pas douter davantage que son second mari ne fût son fils :1e confesseur lui ordonna de tenir l'histoire secrète et de ne pas avoir de commerce avec son mari, jusqu'à ce que la Sorbonne ait décidé à cet égard, et l'on ne sait pas encore ce que sera cette décision.

Mme Duchesse d'Orléans, 1701.

Un mari trop aimé. — Un Anglais, nommé Nichols, mourut à Londres le vendredi 3 décembre 1775. Sa femme était accouchée le

Fig. 3.

même jour de deux enfants. On ne lui dit rien de la mort de son mari. Mais elle soupçonna quelque chose puisqu'elle ne le voyait pas du tout. Dimanche, sa servante étant à l'église, elle se leva,

alla chercher son mari, et le trouva dans l'appartement voisin, déjà mis dans le cercueil ; à cet aspect, la douleur, dont la tendresse de son cœur fut prise, fit qu'elle tomba à l'instant sur son époux mort, et expira également dans le même instant. Exemple de véritable amour et de tendresse qui fait honneur au beau sexe ! aussi bien est-ce un témoignage du mérite de son époux.

Jalousie espagnole. — Un médecin François à la suite d'un général d'armée espagnole, raconta dans le camp, en présence de plusieurs officiers, qu'étant peu avant à Saragosse, il avoit traité des suites d'une fausse-couche, une jeune dame, qui pour n'être pas connue, se mettoit un masque toutes les fois qu'il venoit la voir, et qui ne lui avoit donné la préférence sur les autres médecins de la ville, que parce qu'il étoit étranger, et qu'elle avoit appris qu'il devoit incessamment partir. Il ajouta qu'il l'avoit d'abord soupçonnée d'être la femme d'un militaire, au costume d'un portrait d'homme qu'elle portoit en brasselet ; mais que c'étoit, sans doute, un habillement de fantaisie, puisqu'il ne voyoit point d'uniforme semblable dans toute l'armée, et à l'instant, il se mit à en faire la description. Le mari de la dame étoit malheureusement du nombre de ceux qui l'écoutoient. Il avoit resté dix-huit mois prisonnier de guerre, et après avoir été échangé, il avoit rejoint son régiment avant de se rendre chez lui. Dans cet intervalle, son uniforme avoit été changé, et il ne portoit plus lui-même celui dont étoit revêtu son portrait, ce que le médecin ignoroit parfaitement. Cet officier étoit un homme jaloux et méfiant; il dissimule cependant ; mais dans d'autres conversations, l'ayant mis sur la même voie, et riant avec lui de l'aventure, il en apprit assez pour croire qu'il pouvoit bien être une des parties intéressées. Et pour désirer d'éclaircir le fait par lui-même,impatient, il partit sur le champ en poste pour aller trouver sa femme. A la faveur des premiers indices et du trouble où la jetèrent les soupçons de son mari, elle fut convaincue d'une infidélité ; et dans la chaleur des premiers reproches, cet homme furieux lui ayant vu le malheureux brasselet en question, il lui abattit le bras d'un coup de damas, s'en saisit, reprit la poste, se rendit au camp, alla

trouver Le médecin, lui demanda s'il reconnoissoit ce liras et ce brasselel : el sans attendre sa réponse, il lui brûla la cervelle d'un coup de pistolet.

Dr Delaunay, L'esprit d*un sage médecin.

Les fausses orphelines. — Dans un même berceau, deux enfants dorment, deux tout petits enfants, âgés de cinq ou six jours. Ils dorment, les innocents, ou plutôt les innocentes, car ce sont deux filles, sans se douter que le poids d'un terrible mystère pèse sur leurs têtes, (les enfants sont nées d'hier, leurs pères et leurs mères vivent, sont là près d'eux, penchés sur leur couche commune, les couvant d'un même regard de tendresse — et cependant elles sont orphelines. Oui, orphelines, car elles sont l'une et l'autre sans père et sans mère, bien que leurs pères et leurs mères... Mais je l'ai déjà dit.

Vous connaissez l'histoire. Une mère et sa fille habitent le même appartement. Elles accouchent le même jour, à la même heure, chacune d'une fille. Le fait, avouez-le, n'est pas commun. 11 l'est si peu ((ne. de tous côtés, parents et amis accourent à la première nouvelle Comment, toutes deux ensemble ! Est-ce possible ? Et toutes deux d'une fille ? Vraiment, c'est à n'y pas croire ! C'est pourtant vrai, il n'y a pas à dire, car enfin les voilà, les deux mignonnes, couchées cote à cote dans le même berceau. Sont-elles assez gentilles, hein ? Gentilles à croquer, parole d'honneur ! Et on les croque, en effet, on les mange de caresses, on se les passe de main eu main : puis, comme il faut être raisonnable, on les recouche, ('/est égal, c'esl drôle tout <l<i même ! Et comment les appelle- I-mii ■!

M:i foi, commenl on les appelle, je ne saurais trop vous le dire. Mettons Thérèse el Ursule si vous voulez. Ah 'Thérèse et Ursule!.. C'est parfait. Deux jolis noms. Ursule, surtout. — Et où est-elle,

Ursule '.' - Commenl où elleesl ? Mais là, dans le berceau. — Sans doute, mais il y eu a deux dans le berceau. Laquelle des deux est

Ursule? — Laquelle :'... Cette bêtise!... Celle qui.. . Celle que... Ali. sapristi, mais nous ue savons plus maintenant ! — Comment, nous ne savons plus?,— Eh, non. parbleu! vousles ave/ si bien changées déplace, tournées e1 retournées, quenousn'y connaissons plus

rien. Où est Ursule ? Est-ce que noua savons, à présent ?... Le diable vous emporte: Vous avez t'ait là un joli conp !

Le fait est que le coup est d'une drôlerie suspecte. On a commencé par en rire ; on finit par en rester tout bête et par la trouver mauvaise décidément. Voyons, voyons, ça ne peut pourtant pas durer comme ça... Il faut qu'on arriveàles reconnaître, ces petites! Allons, vous, les mamans, parlez un peu, s*il vous plaît, et tirez nous d'embarras ! Laquelle est la vôtre, vous ? Et vous, laquelle est la votre ?

— Est-ce que nous savons ? s'écrient les deux mères à l'unisson. Vous croyez peut-être que nous avons une marque de fabrique !

Une marque de fabrique ? Non, évidemment, elles n'en ont pas, Saperlipopette, comment sortir delà ? si encore il y avait un garçon et une fille, l'embarras ne serait pas long. Mais non deux filles, deux chiffons identiquement pareils. C'est à donner sa langue aux chats.

Les chats de la maison, s'il y en a.. n'ont pas dû jeûner depuis cinq jours. Il a même dû y en avoir pour ceux des voisins.

C'est égal, à y bien réfléchir, la situation n'a rien d'absolument folâtre. Pour ne parler que des deux mères, elles doivent trouver que cette fantaisie du hasard dépasse un peu les bornes de la plaisanterie permise. Comment, avoir chacune une tille, et ne pas voir sur quel front poser le baiser maternel ? L'incertitude, il faut en convenir, peut paraître pénible. Les deux femmes, à vrai dire, ont. en leurs qualités respectives de mère et de fille, un moyen de s'en tirer : C'est d'adorer également leurs deux petites, tout d'un bloc, comme si toutes les deux étaient à chacune d'elles. Rien ne dit même qu'elles ne s'arrêteront pas à ce parti-là. N'empêche qu'il peut y avoir, à certains moments, quelque chose d'agaçant à se dire en embrassant une lillette qui grandit, embellit, devient femme peu à peu : Voyons tout de même, est-ce ma fille ou ma petite-fille frue j'embrass

Et. si l'une des deux, en grandissant, devient laide ou désagréable, ou tourne mal? Voyez-vous d'ici les disputes et les balles qu'on

nvoie à la tête î Et les fillettes elles-mêmes, le jour où elli Chamailleront pour une poupée d'abord, puis pour un ruban et. qui sait ? peut-être un jour pour un amoureux ; entendez-vous d'ici l'une ".eux direà l'autre : e Et puis, après tout, c'est à toi de ne- céder. jFe suis ta tant»', en somme ! -, vt l'autre répliquant : « Nièce toimême ! qu'est-ce que tu en sais .'

Et, en attendant, il y a l'état civil, qui ne badine pas. Gomment inscrire ces deux petites? A quels parents attribuer l'uneetl'autre? G'esl qu'outre la question d'identité physique, il y a celle des droits respectifs et des futures successions... Si les notaires de Lyon ne s'y l'ont pas de cheveux blancs, c'est que leurs perruques sont garanties bon teint.

Non, décidément, voyez-vous, il n'y a que la voix du sang qui puisse nous tirer de cette impasse. Mais, voilà, si la voix du sang reste muette ?

Allons, M. Dennery à la rescousse ! C'est votre spécialité, ça, la voix du sang. Voilà le cas, ou jamais, de prouver à votre siècle que vous ne l'avez pas berné, pendant 'cinquante ans, avec des histoires à dormir debout. Faites-nous parler la voix du sang.

{La Paix)

Un accouchement en ballon. — Pendant l'exposition universelle de 1878, une dame arrivée au terme de sa grossesse, eut la fantaisie de faire une ascension en ballon captif. Or, par l'effet du changement de pression atmosphérique, il survient souvent des épistaxis chez les aréonautes. En vertu du même phénomène, chez notre sujet il veut accouchement tellement rapide, quebien avant que le ballon eût terminé son évolution, l'enfant était né et né seconda m ar* tem, car par hasard il y avait un médecin dans la nacelle. La délivrance fut faite, et le placenta, lancé dans l'espace, alla tout juste tomber dans la Seine, où il fut dévoré par une carpe. Quand on put attérir, l'enfant était enmailloté: un jupon de la maman avait suffi pour confectionner une layette, il est vrai des plus élémentaires.

Un accouchement en bateau. — C'était par une belle nuit d'octobre. La lune répandait sur le canal de la Somme sa joyeusa clarté blanche. Les peupliers voisins se balançaient mollement sous une légère brisé. L'eau venait doucement clapoter sur les rives garnies de roseaux, de menthes et de véroniques. Je vis rarement rien de pins poétique. Le bateau était chargé de galets pris à la pointe du

Hourdel et gagnait les fabriques de faïence de Sarreguemines. Il était habité par un ménage patriarcal. Des enfants nés dans les endroits les plus variés, étaient couchés deux par deux et par étages successifs dans un meuble que je comparerais volontiers à une grande commode. Dans une autre pièce que celle où ils se trouvaient était le lit de l'accouchée. « C'est la plus belle chambre de la maison, me dit le marinier. » On y pénétrait par le plafond, à l'aide d'une échelle presque verticale; elle était exiguë, mais surtout extrêmement peu élevée, car tout le temps que j'y demeurai, je dus rester assis ou courbé ! L'accouchement lui-même n'offrit rien de particulier.

D. Pierre. Gazette médicale de Pieardie.

Accouchement dans une voiture de saltimbanques. — Il n'en

fut pas ainsi de celui que je fis chez les saltimbanques. C'étaient des pauvres, courant de villages en villages pour gagner péniblement une vie des plus médiocres. Us avaient pour tout bien une voiture à deux roues, accablée de vétusté, qu'au relai on callait tant bien que mal avec de méchants bâtons, et un vieux cheval à longs poils dont l'échiné avait depuis longtemps oublié les caresses de 1 étrille. Le père était amputé d'une cuisse. Comme sa femme, il avait le teint bazanné des gitanos, quoiqu'il se prétendit alsacien. Les enfants, il y en avait bien une douzaine, étaient foncés comme eux, à l'exception d'un gros garçon aux cheveux roux. La mère, quand je la vis, était en proie à des accès éclamptiques subintrants.et avait perdu connaissance à dix lieues de chez moi. L'amputé n'eut-il pas le toupet de me dire qu'il l'avait amenée de loin dans cet état, attiré par ma réputation. Il était onze heures du soir quand je pénétrai dans leur misérable intérieur, qui n'avait pas trois mètres carrés de superficie. Dans un coin, sur quelques brins de paille, tous les enfants dormaient enchevêtrés les uns dans les autres, montrant les uns leurs bras et jambes, ceux-ci leur tête et ceux-là leur derrière. A droite, un gros chien grincheux; à gauche, une table boiteuse ; au milieu, deux escabeaux dont l'un pour l'amputé et l'autre pour moi. Tout près,un méchant grabat sur lequel la patiente se débattait. Le col était dilaté, mais l'utérus était frappé d'inertie ; les battements du cœur fœtal ne s'entendaient plus; les crises éclamptiques

malgré du chloral e1 une saignée, continuaient, je retirai le fœtus à L'aide du forceps. Etait-il mort? Je crus saisir un battement de cœur, quoique le cordon coupé ne laissai pas couler de sang. a Baptisez-le, monsieur » me dit le père, qui s'accroupit dans la posture <lo la prière, pondant que je prononçais les paroles sacramentelles. Mais L'enfant ne revint pas à lui: envahi je fis des friclions et massages; en vain je lis la respiration artificielle et pratiquai L'insufflation; rien n'y lit. Cependant un orage, qui menaçait depuis longtemps, éclata tout à coup; le vieux cheval, qui errait à L'aventure non loin delà, se réfugia brusquement contre la voiture; celle-ci perdit son équilibre s'abattit sur ses brancards. La lumière s'éteignit, et nous roulâmes tous les uns sur les autres, enfants, chiens., amputé, éclamptique et accoucheur. C'était une situation infernale. La pluie tombait à torrents, le tonnerre roulait des coups précipités, les éclairs sillonnaient la nue. À l'arrière de la voiture, le cheval bondissait et nous secouait comme des noix dans un sac, le chien aboyait, les enfants criaient, L'êelamptique que je ne pouvais voir qu'à la lueur de l'orage, continuait à se tordre dans des convulsions de plus en plus violentes. L'amputé et moi parvînmes cependant à sortir et nous punies remettre la voiture en équilibre. Mais bientôl la pauvre accouchée tomba dans le coma et peu après. elle râlait son dernier souffle. Quand je pus aller me mettre au lit. vous me croirez bien quand je vous dirai, que je dormis peu et que mon court sommeil fut entrecoupé de cauchemars effrayants.

I). Pierre (Gazette médicale de Picardie).

Un accouchement dans un bal public. — J'étais de garde à L'hôpital Saint-Antoine. Une nuit, vers une heure, on m'éveille, pour recevoir une accouchée. Elle était venue elle-même, portant dans ses bras un enfant à peu près nu. .le la reçus d'urgence. Le lendemain elle me raconta son histoire. Mais je lui laisse la parole: « Je suis, monsieur, une personne très gaie, j'aime le bal. Je ne m'en suis jamais privée pendant ma grossesse, qui cependant hier dépassail sepl mois. A dix heures, hier, j'étais une des premières à la danse, tout près de la place du Trône. .le me démenais de mon mieux. Après quelques contredanses, je sens dos douleurs. Tant' pis. dis-je : si ça doit venir ce soir, quoi que je ne sois pas à terme, je

LK LKS ACCOI CHKMJ 77

ne quitterai le bal que le plus tard possible. Mais les douleurs oontinuaient. Plus je souffrais, plus je dansais. Dans un i cavalier seul 9 que, dans nos bals, on fait aux dames la politesse de leur abandonner,mordue par une vive tranchée, je faisais, eu dansant des contorsions épouvantables : j'eus un succès fou. Puis le « galop survenant, j'entraînai mou danseur avec une vigueur que je ne me connaissais pas, quand tout à coup mes eaux se rompent. Voilà qu'on s'aperçoit de l'accident: on l'attribue à tout autre chose qu'à sa cause réelle. Les quolibets pleuveut sur moi. Je veux m'eufuir : un me poursuit. Je me sauve au dehors : on se met à mes trous je descends en courant le boulevard Mazas; j'avais derrière moi une trentaine d'enragés qui cherchaient à me rattraper. Au détour delà rue de Charenton, j'escalade la clôture en planchés d'un chantier de bois. Heureusement mes traqueurs avaient perdu ma trace. Je m'asseois à terre; il était temps; l'enfant est venu cinq minutes après. Je l'ai enveloppé dans mon mouchoir. Tout petit qu'il est, on dirait qu'il veut bien vivre. •> Elle avait raison: l'enfant vécut et la maman aussi. Dix jours après elle sortait de l'hôpital sans qu'il lui fut survenu aucune complication fâcheuse.

Dr B.

L'accouchée sans le savoir. — Le docteur Mesnet a communiqué à l'Académie de médecine un t'ait des plus curieux.

11 s'agit d'une jeune femme, qui se trouve actuellement à l'Hôtel- Dieu. dan- le service deî'éminent aliéniste et qui, dans un étal de somnambulisme provoqué, vient de donner le joui s'en aper-

oir, à un petit Français.

tte femme a vingt-deux ans. Cest une hypnotique avérée. Depuis son enfance elle a passé par plusieurs hôpitaux de Paris, où on la connaît pour la facilité incroyable avec laquelle elle accepte les suggestions. Quand on la reçut à l'Hôlel-Dieu, son étal se était très avanc

Vient le moment fatal. Elle a peurde souffrir, elle implore un soulagement. Le médecin l'endort, et rien n'est plus aisé. Il suffit de lui fermer les paupières et la voilà partie dans le pays des

tandis que l'œuvre de la nature se poursuit le plus normalement du monde.

Pourtant, le mal violent persiste, alors l'interne qui l'assiste lui dit :

— Vos douleurs sont inoins vives ;

— Elles diminuent graduellement;

— Elles ont complètement disparu ;

— Vous n'éprouverez plus aucune souffrance, jusqu'à la lin. Aussitôt la malade cesse de crier. Elle déclare qu'elle ne ressent

plus rien et se plaint qu'on ne l'ait pas soulagée plus-tôt. Le médecin lui dit alors :

- Cela va bien. Vous pouvez dormir.

Et elle s'endort.

Par intervalles, la douleur reparaît, mais on la rassure.

— Non, non, vous ne souffrez pas.

Cela lui suffit.

Bref, après vingt heures, quand le jeune citoyen a fait son entrée définitive dans ce monde de misères, on réveille la maman inconsciente.

Elle regarde autour d'elle, cherche à rassembler ses idées, paraît surprise d'avoir dormi très longtemps. Puis soudain, avec un cri d'étonnement comique :

— Mon Dieu, fait-elle, où est donc mon ventre?

Le poupard qu'on lui présente lui donne l'explication de tout.

René Martin.

Décédé pour décoré. — Un journaliste de Saint-Malo, M. Albert R..., reçoit l'autre jour un télégramme laconique, ainsi couru : Votre beau-frère est firccrfc. Son beau-frère étant officier, la sécheresse du télégramme et le mot administratif « décédé » ne lui laissent aucun doute. Son beau-frère est mort. Pour comble de malheur, c'est sa femme, à la veille d'accoucher, qui ouvre le télégramme et qui tombe aussitôt dans une crise terrible. Elle accouche; l'enfant meurt, et la mère reste trois jours entre la vie et la

mort à la suite de cette secousse.

Or, le beau-frère n'était pas du tout décédé. Il était décoré, ce qui n'est pas la même chose, c'est ce que disait la dépêche partie le même joui- de Morlaix : Votre beau-frère est décoré.

Mais ce qui faisait : décoré à Morlaix, au départ du télégramme,

faisait : décédé à Saint-Malo à l'arrivée.

Pierre (tiitard.

SLR LES ACCOL'CilEMENTS

Un cas d'hérédité. — Une demoiselle qui avait avalé une aiguille se maria, devint mère et rendit l'aiguille par le pied de son enfant.

« Ainsi, dit M. Louis Figuier, ce n'est pas seulement son tempérament, ses vertus et ses goûts que la mère peut transmettre à ses enfants, elle leur transmet ses aiguilles ! Niez après cela l'hérédité physiologique. »

Un accouchement garanti. — M. M., de San-Francisco est mariée à une femme légèrement boiteuse qui est vers le terme de sa cinquième grossesse. Les deux premiers accouchements ont eu lieu à San-Francisco, ils ont été terribles, les enfants sont mort-nés et la mère n'a survécu que par miracle. Dans l'un des cas on avait opéré la version podalique. Pour le troisième accouchement il amena sa femme à New-York auprès d'un célèbre spécialiste, qui appliqua d'emblée le céphalotribe et les ciseaux de Sniellie.

Pour le quatrième M. M., dont l'unique ambition était d'avoir un héritier, conduisit sa femme en Europe et se décida pour un accoucheur de Marseille qui pratiqua à 8 mois l'accouchement provoqué, et amena à grand'peine, au forceps, un enfant mort.

Après chaque malheur M. M., retournait à San-Francisco où sa femme devint enceinte pour la cinquième fois. Il la ramena de nouveau en Europe, et après avoir cherché pendant plusieurs mois un accoucheur qui lui convint, il entendit parler de moi, à Lyon, par la cliente qui fait le sujet de l'observation suivante, et vint me confier le périlleux honneur de lui faire naître un héritier.

Je trouve une dame de 32 ans, brune, d'aspect fatigué, légèrement ankylosée de la hanche gauche, dont le bassin me parait devoir se nommer oblique-ovalaire et mesure environ 95 millimètres.

M. M., avec sa façon américaine, me déclare qu'il veut un enfant vivant, et qu'il ne permet ni version ni accouchement prématuré ; de plus que je dois lui signer un contract d'assurance sur la vie de la mère et de l'enfant ; contrat à la façon des assurances maritimes à la grosse aventure, dans lequel la mère représente le navire et l'enfant la précieuse cargaison.

L'accouchement me paraissait possible, même probable, je promets d'y mettre tous mes soins, mais je refuse ma signature. Il

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