COMMISSAIRES ET GÉNÉRAUX FRANÇAIS A SAINT- DOMINGUE
Dans la soiréd du 4 lévrier i80^, pendant qu'à la lueur de l'incendie on voyait les noirs de Christophe, sous la conduite de leurs officiers chamarrés de broderies,
{i) Voici un de leurs exploits que nous trouvons raconté dans une lettre écrite par un planteur de Jérémie à ses parents de Normandie : « Les Anglais couvrent la mer, prennent et pillent tout. Hier, ils nous débarquent des passagers, des matelots, des malades. lis ont rendu à la plupart leurs effets ; mais ce n'est qu'un leurre pour abuser les émigrants. . . En effet, à minuit entrent dans notre rade onse barges anglaises. Toute la ville est en émoi ; on les croit barges de brigands noirs ; donc Tattaque va se faire en môme temps par terre. On s'arme en tumulte. Pendant ce temps les Anglais enlèvent cinq navires prêts à faire voile et richement chargés d'or, d'argent, de denrées et de passagers. Le navire nantais lé Vigilantf sur lequel ma femme et mes enfants devaient s'embarquer ce matin et où j'avais fait porter leurs effets, est du nombre des prises. Il emportait 460 milliers de café et les derniers débris de la fortune des colons du dernier territoire français. » En effet, Jérémie resta notre dernière possession dans le sud de l'ancienne partie française.
parcourir les plus grandes rues du Gap^ fouiller les maisons des blancs, etensorlir les mains ensanglantées, un rire satanîque sur les lèvres, le consul américain, qui avait retenu à son bord un jeune officier français, lui déclarait que la perte de cette belle ville et peut-être celle de la colonie entière, œuvre de deux siècles d'immenses travaux, serait une conséquence de la maladresse des hommes que la France y avait envoyés pour la représenter. Ce jugement d'un témoin compétent et désintéressé, tout sévère qu'il est, mérite d'être pris en considération. Assurément, on peut contester le droit que revendiquaient les colons riches, de s'administrer et juger eux-mêmes, de lever des taxes sous le contrôle de la mère-patrie. Sans doute les planteurs étaient fatigués avec raison de voir arriver dans la colonie des gouverneurs étrangers à leurs affaires et incapables d'apprécier leurs intérêts. Mais les franchises dont ils prétendaient jouir, ouvraient la voie à une indépendance absolue, et un Toussaint Louverture blanc, — il peut s'en rencontrer de toute couleur, — eût accompli sans trop de peine l'entreprise réservée au général noir et à ses lieutenants. Quoi qu'il en soit, les représentants du Gouvernement français se montrèrent frappés d'aveuglement le jour où l'assemblée coloniale, lasse de la lutte, découragée par les fluctuations de la politique, mieux instruite des dangers qui menaçaient déjà de fondre sur les créoles, se déclara résignée à subir les mesuras qui seraient jugées nécessaires pour affermir l'ordre dans la colonie. Le seul parti à prendre au plus tôt était de travailler à la réconciliation des blancs et des mulâtres, et de les rendre assez forts pour supporter l'émancipation progressive et sagement réglée des esclaves. On s'appuya exclusivement sur les mulâtres affranchis. On les crut assez forts pour contenir les nègres, sans réfléchir que
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c'était la triste destinée de celte couhur mixte d'être à la fois en butte à la défiance des blancs et à Thostilité des noirs. • II serait peut-être difficile, dit Mauviel, d'expliquer par quelle fatalité ces mulâtres, que les liens du sang unissent également aux blancs et aux noirs, deviennent presque toujours un objet de haine pour les uns et pour les autres ; mais le fait n'en est pas moins' certain. De leur côté, les gens de couleur ne montrent pas des dispositions plus heureuses envers les auteurs de leurs jours et ils s'en éloignent autant par les sentiments qu'ils en différent par la couleur. Les blancs sont en butte à leur jalousie et à leur haine; les noirs deviennent presque toujours l'objet de leur mépris. Dans les orages et les crises de la révolution, ces hommes auraient pu devenir médiateurs entre les deux couleurs-mères. La nature semblait même leur avoir assigné ce rôle enviable. Au lieu de s'y prêter, ils ont constamment manifesté le désir de se mettre à la place des blancs et Tintenlion bien arrêtée d'asservir les noirs. De telles prétentions ne pouvaient que jeter de nouvelles semences de troubles dans la colonie. Les gens de couleur n'ont cessé d'y fomenter la discorde, et, pour s'en rendre entièrement les maîtres, il ne leur a manqué que d'être plus nombreux et plus forts. » Il y avait sans doute beaucoup d'exceptions à cette règle, et Guillaume lui-même, dans ses projets de réforme, proposait d'accorder aux mestifs et aux quarterons une sorte d'émancipation politique, (i) 11 nous apprendra même qu'au fort de la lutte, l'intérêt et l'instinct de conservation avaient rattaché les mulâtres à la cause française. Mais, si le jugement qu'il prononce,
(1) On appelle mestifs ou plus généralement métis, le fils d*un blanc el d'une indienne ou d*un indien et d'une blanche ; quarteron, le fils d'un blanc et d'une mulâtresse ou d'un mulâtre et d'une blanche.
est vrai en général et dans la mesure où il s^applique aux créoles et aux noirs, on comprend quelle était Terreur de ceux qui s'appuyaient exclusivement sur la caste des mulâtres.
Un sentiment de justice et d'humanité, dont nous apprécions plus vivement encore le pouvoir aujourd'hui, imposait la loi de procéder le plus tôt possible à l'affranchissement des noirs. Mais entreprendre de les faire passer sans transition aucune de leur ancienne et longue servitude dans un régime de liberté et d'égalité absolue, c'était plus qu'une erreur, plus même qu'une folie; c'était un crime que peut seul expliquer le dérèglement des idées au sein de la métropole elle-même. Les commissaires de l'assemblée législative et ceux du directoire exécutif ne firent guère qu'allumer et entretenir le feu de la révolte. Rien n'égale la naïveté, le défaut de sens politique d'un Polverel et d'un Santhonax. Aussi furentils le jouet de Toussaint comme ils avaient été ses courtisans. Le rusé Gouverneur ne garda que le mulâtre Raymond, dont il était sûr, et le chargea de l'administration de la colonie, afin d'abuser par de trompeuses apparences la crédulité du gouvernement directorial. C'était sans doute à cette série d'hommes incapables que faisait allusion le consul américain, témoin des horreurs qui se commettaient au Cap par les ordres de Toussaint et du trop docile Christophe.
Nos généraux n'apportèrent pas plus de prudence ni de perspicacité dans leur conduite à l'égard de la colonie reconquise, et le consul américain n'eut rien à changer à sa déposition accusatrice. La raison était d'accord avec rhumaoilé pour décider le capitaine-général Leclerc, las de poursuivre un ennemi qui se dérobait toujours et de verser le sang de nos soldats sans obtenir aucuû ré-
sullat décisif^ à entamer des négociations et à conclure des conventions séparées avec les principaux lieutenants de Toussaint. Mais cette diplomatie, justifiée par les circonstances, devait-elle aller jusqu'à faire perdre de vue au commandant de l'expédition, les précautions que réclamaient, de concert, la situation de l'armée française et celle de la colonie? Il poussa la confiance jusqu'à charger Dessalines Ini-méme de désarmer les nègres de Saint-Marc et des Gonalves, que le despote avait dressés depuis longtemps à tous les genres de crimes. Le bourreau des blancs et des noirs, le tueur qui tuait par goût, profita de cette délégation pour enlever à ses séides des fusils en mauvais état et leur fit distribuer dès la nuit suivante des armes neuves (i); ce qui excite la juste indignation de l'évèque, sans lui inspirer toutefois la moindre inquiétude pour le succès de l'expédition de ses rêves; car il connaît à fond l'incurie des nègres, leurs habitudes de désordre ; il les sait incapables de garder quelque chose, de l'entretenir en bon état. Ce qui Tétonne et l'afflige, c'est cet excès d'aveuglement qui devait avoir des conséquences si funestes.
« Pour éviter de nouveaux dangers et de nouveaux crimes, la plus simple prudence exigeait qu'on éloignât de la colonie non seulement tous les généraux nègres et mulâtres, mais avec eux cette foule d'officiers subalternes des mêmes couleurs, qui ont tous perdu l'habitude du travail, et ne savent plus que commander ou se battre. Peut-être même eût-il été sage de n'y conserver aucun soldat de l'armée noire. En bannissant tous ces êtres malfaisants d'un territoire qu'ils n'ont cessé d'ensan-
(1) Le fait n'est gaère douteux ; il fut divulgué par le mulâtre Boisroud, rintime ami de Dessalines^ dans uo mémoire imprimé à Port-au-Prince.
glanter depuis quatorze années, on aurait assuré une paix durable. Au contraire, en les y conservant, et surtout en leur laissant les armes à la main, on enfermait le feu sous la cendre et on entretenait le foyer d'un nouvel incendie.
» On se rappelle encore avec admiration les brillants succès obtenus parTarméede Saint-Domingue, dès l'ouverture de la campagne. En moins de trois mois, les rebelles furent forcés jusque dans leurs derniers retranchements. La colonie était reconquise. Après avoir pris, les armes à la main, ceux qui, comme Christophe, Dessalines et Maurepas, avaient incendié les villes, dévasté les plaines et massacré tous les colons blancs qui eurent le malheur de se rencontrer sur leur passage, ne convenait-il pas, tout en acceptant leur soumission, de leur imposer l'obligation de s'éloigner d'un pays où leur odieuse présence ne pouvait rappeler que des souvenirs déchirants, susciter de nouvelles alarmes, provoquer de nouveaux crimes? Cette mesure, en les mettant dans l'heureuse impuissance de s'agiter à la venir, aurait préservé pour toujours la colonie des cruautés qui ont consommé sa ruine et contraint l'armée française d'évacuer un pays qu'elle avait le devoir de sauver. Elle les aurait arrachés eux-mêmes à leur fatale destinée et à la fin tragique qu'ils ne pouvaient plus guère éviter à l'avenir. Tous ces grands coupables se rendirent au Cap après leur soumission, ils n'y parurent point en vaincus, mais en hommes qui subissent jusqu'à nouvel ordre, la loi fatale des événements. Leur orgueil ne parut nullement humilié. Us entrèrent en ville en faisant sonner devant eux de la trompette. A leur attitude on les eût pris pour des triomphateurs, tandis qu'ils étaient tout bonnement des vaincus à la merci de l'armée française. Quel moment plus favorable pouvait-on choisir, pour leur signifier
Tordre de s'éloigner sans délai de la colonie ? Tout porte à croire que la plupart d'entre eux s'y attendaient et auraient accepté de bonne grâce les conditions justes et raisonnables qu'on pouvait leur imposer. Dans le cas où quelques-uns auraient essayé de résister, on avait tous les moyens nécessaires pour les contraindre à l'obéissance.
» Malheureusement, le Chef de notre armée ne connaissait pas assez le caractère des hommes avec lesquels il
traitait. Ce manque d'expérience le conduisit à les juger beaucoup plus favorablement qu'ils ne le méritaient. Presque tous les généraux placés sous ses ordres tombèrent à peu près dans la même erreur, à l'exception peut-être de quelques-uns, qui avaient déjà commandé dans la colonie, et qui connaissaient bien les nègres. L*armée tout entière se laissa séduire par les promesses mensongères des Africains. On alla bientôt jusqu'à les croire les meilleures gens du monde. On les caressa ; on leur distribua des commandements, et les malheureux colons furent condamnés de nouveau à voir ces monstres gorgés de leurs dépouilles, encore teints du sang de leurs proches et de leurs amis, relever leurs têtes altières au milieu des décombres qu'ils avaient amoncelés, insui* ter chaque jour à leurs victimes et traiter de nouveau leurs anciens maîtres avec cette insolence et cette dureté qui caractérisent tout africain en crédit et revêtu d'une autorité quelconque. Ce retour au passé jeta le découragement dans tous les cœurs. La consternation fut au comble le jour où le général Hardy fît attacher au carcan , sur la place du Cap, un des grands propriétaires de la colonie, dont le seul crime était d'avoir imprudemment réclamé une de ses négresses vivant avec un des ofQciers du ci-devant gouverneur. A partir de ce moment, les
bl&Dcs désespérèrent du salai de 1» eolooia. Des sym]^ tomes de mécontentemeDi éclatèrent de toutes parts, A la con&ance fut perdue presque sans espoir de retour (i).
» Il convient toutefois d'apporter une restriction au jugement que j'émets touchant les actes du gouverne* ment colonial. Pour juger sainement des motife qui déterminent un commandant en chef à agir de telle manière plutôt que de telle autre, il faudrait être plaeé à la même hauteur que lui, occuper le même point de vue, embrasser le même horizon. Ce que tout le monde voyait, pouvait difficilement échapper à l'attention du Capitaine- Général. Mais il est à présumer qu'une foule de circonstances, qui n'étaient bien connues que de lui seul, l'empêchèrent d'adopter une mesure qu'il jugea plus prudent d'ajourner. Je ferai remarquer encore à ceux qui montrent trop de penchant à la critique, qu'à l'époque dont je parle, une épidémie affreuse, dont l'histoire de Saint-Domingue n'offre pas d'autre exemple, commençait à étendre ses ravages; qu'elle avait même déjà moissonné une partie de l'armée et que chaque jour elle multipliait
(1) On lit dans la lettre déjà citée da planteur de Jérémie : « Les troupes françaises et leurs chefs se gorgèrent de butin. Les parties du nord et de Touest furent anéanties. Les chefs noirs poursuivis, traqués, privés de moyens de résistance et sachant d'ailleurs ce qu'ils pouvaient espérer, Orent enfin leur soumission. On leur pardonna leurs égorgements, incendies et dévastations, parce q«e Ton en profitait. On leur redonna des places ; on éleva leurs grades; on nous remit dans leurs fers, et, sous prétexte de faire la guerre au reste des rebelles, on leur distribua des armes, des troupes européennes, des vivres et des mnnitions. On les combla d'honneurs et on vilipenda les colons qui avaient échappé à la nécromanie », mot que nous regrettons de ne point trouver dans le dictionnaire, mais qui, inventé pour les besoins de la situation, en peint au plus juste l'horreur. Nous aurions négligé ces renseignements, bien qu'ils confirment ceux de Guillaume Mauviel, s'ils n'étaient un« préparation aux révélations plus affligeantes encore qui vont suivre.
le Dombre di6 victimes. Il faudrait donc savoir^ avant de condamner personne, si le petit nombre de braves qui nous restait, eût sufS pour comprimer cette nuée de mécontents qu'aurait infailliblement soulevée Téloignement de tous les chefs de la révolte. Il faut noter encore que quelques-uns de ces chefs avaient tenu, dès le début de la guerre, une conduite très correcte ; qu'ils paraissaient entièrement dévoués à la France et qu'ils continuaient à rendre d'importants services. Ceux-là firent oublier les autres. Etait-ce le moment de priver la colonie d'une partie de ceux qu'on était encore fondé à considérer comme ses défenseurs et qui avaient puissamment contribué à nos premiers succès ? Ne pouvait-on pas, au contraire, juger convenable, en cette occurence, de conserver des hommes dont l'attachement et la fidélité paraissaient garantis ? »
Quoi qu'il en soit de ce scrupule inspiré sans doute par le respect que Guillaume Mauviel observe en toute occasion pour la mémoire de Leclerc, l'événement vint justifier ses prévisions. Une agitation de sinistre augure gagna toutes les parties de Tile, Ni les sévices du Commandant en chef bientôt enlevé par la fièvre jaune, ni l'habileté *mèlée de ruse à laquelle il fut enfin contraint d'avoir recours, ni l'odieux arbitraire avec lequel on traita quelques-uns des chefi les plus autorisés des rebelles, ni même le terrorisme institué par le général Rochambeau, ne parvinrent A étouffer dans son germe l-însurrection renaissante. Au contraire, cette barbarie,
qui n'eut même pas l'excuse de s'exercer avec discernement, devait avoir pour résultat de nous aliéner ceux qui jusque-là nous étaient restés fidèles, et de fournir à nos ennemis irréconciliables une occasion de recommencer la lutte, un argument victorieux contre la justice de -notre cause. Voici en quels termes s'expriment à cet
égard deux témoins, deux français. L'impa*tiale histoire ne doit ni dissimuler, ni même atténuer aucune des responsabilités qui pèsent sur ses personnages, et, quoi qu'il en coûte à notre amour-propre national, c'est à nous les premiers que nous devons la vérité.
D'abord, Guillaume Mauviel. N'oublions pas que son témoignage est celui d'un ardent patriote, qui se fait violence pour laisser échapper de telles révélations, et que chacune de ses lignes comprend, outre ce qu'il dit, tout ce que l'auteur se contente de laisser entendre.
« Que n'est-il en mon pouvoir d'ensevelir dans un éternel oubli le souvenir d'un grand nombre de fidts dignes des temps barbares ! Le récit de ces scènes tragiques et sanglantes ne souillerait pas un jour les pages de l'histoire de la colonie, et les hommes qui en ont été les auteurs, n'auraient rien à craindre du jugement de la postérité.
» Sans doute, il faut bien reconnaître que le soulèvement inopiné des nègres était fait pour exciter contre eux rindignation ; chaque jour on comptait de nouvelles victimes de leur férocité. Il était difficile de ne point sortir des bornes de la modération. Mais bientôt ce fut de la rage ; une fureur inexorable s'empara de tous les cœurs. On avait d'abord usé d'une condescendance excessive ; on se rejeta vers l'excès contraire. Alors tout le monde crut avoir des vengeances à exercer. Le cours régulier de la justice fut interrompu et fit place aux proscriptions en masse. Les horreurs commises à Nantes par Carrier, se renouvelèrent à peu près sur tous les points de la colonie, et les rivages de la mer se couvrirent de cadavres. Ni Tâge, ni le sexe ne furent épargnés. Dans plusieurs cantons, des subalternes, mettant en avant les gramis mois de salui public, abusèrent de
Fantorité qai leur avait été confiée et ne délil^rèrent même plus sur le choix des victimes. La couleur blanche ne fut pas toujours à leurs yeux une sauvegarde assurée. La déportation cessa d'être regardée comme une peine suffisante pour punir les infortunés qui avaient eu le malheur de déplaire. Le vil intérêt ne manqua pas de jouer son rôle sur ce théâtre sanglant^ et trop souvent il fit confondre l'innocent avec le coupable. La richesse devint un crime capital dont il fut impossible de se faire absoudre. Des nègres et des mulâtres libres, qui n'avaient jamais cessé de se battre dans les rangs des Français, furent proscrits et noyés sans égard ni pour leur innocence, ni pour les services qu'ils nous avaient rendus. J'en ai vu périr, de cette manière, cent seize d'une seule fois, bien qu'ils nous eussent témoigné le plus grand dévouement depuis le commencement de la campagne. Alors tous les hommes de la même couleur, qui combattaient encore sous nos drapeaux et qu'il eût été si facile d'y retenir, se jetèrent, comme par désespoir, dans les bras des révoltés. Leur désertion, dans de telles circonstances, devint pour nous une perte irréparable. L'armée française, dévorée presque entièrement par l'épidémie, se vit contrainte de se renfermer dans l'enceinte des principales villes et d'abandonner le reste de la colonie aux rebelles : triste présage de l'évacuation totale qui devait bientôt mettre le comble à tant de malheurs. Comment ne vit-on pas tout ce qu'il y avait d'impolitique autant que d'atroce dans une telle conduite? Les révoltés n'avaient pas besoin de ces déplorables exemples pour se livrer aux dernières cruautés. Mais, dans un moment où nous étions les plus faibles, n'était-ce pas leur mettre le poignard à la main et leur dire : hàtez-vous enfin d'exterminer le reste des blancs, si vous voulez échapper vousmêmes à TexterminatioD. C'est avec cet argument que
les Dessalines, les Christophe et les Pétloo etaflammèreat l'imagination de lenrs sicaires; et tous les colons et soldats blancs, laissés à la loyauté de ces barbares par le général Rochambeau, furent massacrés ou noyés, sans respect pour la capitulation que ces chefs de rebelles avaient juré d'observer. »
Le général Ramel apporte encore plus de précision dans les détails. C'est à ce point que Ton voudrait mettre en doute l'exactitude de ses chiffres : « Quels hommes a-t-on noyés à Saint-Domingue? Des noirs faits prisonniers sur le champ de bataille ? Non. Des conspirateurs ? Encore moins. On ne jugeait personne. Sur un simple soupçon, sur un rapport, une parole équivoque, deux cents, quatre cents, huit cents, jusqu'à quinze cents noirs étaient jetés è la mer. J'ai vu de ces exemples et j'en ai gémi. J'ai vu trois mulâtres frères subir le même sort. Le S8 frimaire ils se battaient dans nos rangs; deux y furent blessés ; le 29 on les jeta à la mer, au grand étonnement de l'armée et des habitants. Ils étaient riches et possédaient une belle maison qui fut occupée, deux jours après leur mort, par le général. » (1)
Un des plus touchants épisodes de ces représailles qui devaient amener d'autres représailles, est l'exécution sommaire du général Maurepas et de sa famille. Cet homme, qui aimait au fond la nation française, ne consentit cependant jamais à séparer son sort de celui de Toussaint, aussi longtemps que le dictateur fut en mesure de soutenir la lutte, et il nous causa plus d'embarras, à lui seul, que tous les autres chefs ensemble. On se
(1) Ce passage et le suivant sont extraits de la préface du Totissotnt Loux>€riwre de Lamartine . Le général Ramel avait à se justifier du reproche de trahison que lançaient contre lui las Aessalines et les Christophe.
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rappelle son énergique résistance ilans la gorge des Trois-Hivières. Mais, quand il eut reconnu Timpossibilité de continuer la guerre, Maurepas, cédant à ses sympathies, redevint sincèrement français, et on le crut sur parole, puisqu'après sa soumission, on lui conserva le commandement du Port-de-Paix. Lorsque Tinsurrection eut relevé la tète, (t je dus me tenir sur la réserve, raconte le général Ramel, qui avait servi sous ses ordres et mangé à sa table. Il s'en aperçût et me parut très peiné de ma défiance. Il s'en expliqua avec franchise ; il me dit que son parti était pris ; qu'il ne se séparerait pas une seconde fois de la France, quel que pût être le sort qui lui était réservé ; que, si je voulais, il m'allait remettre le commandement; que je n'avais qu'à en écrire au général Leclerc et à demander pour lui la permission de passer en France. Quoique rassuré par cette explication, j'écrivis au Capitaine-Général. Je ne reçus d'autre réponse que celle d'ordonner à Maurepas de se rendre au Cap, pour y attendre une destination ultérieure. Je lui communiquai cet ordre ; il ne balança pas à s'embarquer avec toute sa famille, et partit pour le Cap. J'appris, quarante-huit heures après, qu'en entrant en rade, lui, sa femme, ses enfants en bas âge, avaient été jetés à la mer. Il n'avait demandé d'autre grâce que de n'avoir pas les mains liées derrière le dos. Jamais nouvelle ne m'a plus centriste. » Maurepas avait eu de sombres pressentiments ; sa perte parait avoir été l'effet d'une vengeance particulière. Quoi qu'il en soit, le supplice de ce brave et habile général contribua pour une grande part à décider l'entière défection des noirs et à rallumer la guerre à outrance entre les vainqueurs ot les vaincus de la première heure, {i)
(1) C'est par ioadvertaoce que M. Tbiers ci le Maurepas au nombre
Ce que l'on aimerait à savoir arec certitude, c'est la part qui pèse sur Leclerc et celle qui revient à Rocbambeau, dans les actes de cruauté qui arrachaient à l'évèque Mauviel et au général Ramel un même cri d'horreur et de réprobation.
Le premier de ces deux généraui: en chef est traité avec les plus grands égards par la plupart des historiens. On vante son libéralisme ardent, qui aurait même, suivant quelques-uns, décidé le Premier Consul à l'éloigner de sa personne : opinion peu soutenable d'ailleurs, puisque Leclerc emmenait avec lui, à Saint-Domingue, sa femme, la belle Pauline, sœur préférée de Bonaparte, et son jeune beau-frère Jérôme. On nous le montre conservant jusqu'à l'heure fatale le calme du visage, et domptant la fièvre qui le consumait, pour adresser ses derniers vœux à l'armée et à la patrie. (1) Qu'il soit resté fidèle le plus longtemps possible à ses intentions bien arrêtées de pacification et de clémence, il n'y a pas lieu d'en douter. La lettre de félicitations qu'il adressait à Mauviel, nous en fournit la preuve ; elle se termine par ces mots : « Continuez, citoyen évèque, à remplir avec autant de distinction les fonctions de votre auguste ministère. Soyez toujours le père de votre diocèse. Quant à moi, je continuerai à opposer la modération et la justice à la férocité qui inspire les actes du général Tous^ saint. »
Mais il ne faut pas oublier que les natures habituellement les plus calmes deviennent parfois les plus redoutables de toutes aux heures de la colère et quand elles
des anciens généraux de Toussaint qui s'enfuirent dans les mornes pour recommencer la lutte. L'historien ne pouvait ignorer la fia tragique de Tinfortuné général et nulle part il n'a contesté la vérité de ce fait si déplorable.
(1) Voir en particulier Histoire de France d'Am. Gabourd T. XIX.
ont épuisé la mesure de patience dont elles sont douées. Leclerc appréciait tous les dangers de la situation et ne pouvait se dissimuler qu'elle était en partie sa faute. Il voyait son armée fondre en quelque sorte sous les efforts réunis du climat, de la fièvre, d'un ennemi qui n'avait pas désarmé et qui reprenait confiance à mesure que nos avantages s'évaoouissaient. L'approche d'un grand péril, surtout si elle éveille un remords, est capable de pousser les meilleurs aux résolutions extrêmes. Que peut-on imaginer de plus arbitraire et de plus lamentable que le supplice de Maurepaset de sa famille? On dira peut-être que le Capitaine-Général fut trompé; que Maurepas luimême avait dénoncé, avant de partir, la rancune du général Debelle. Mais c'est une faute impardonnable chez un Commandant en chef que de se laisser tromper, quand d'ailleurs il a des moyens de contrôle aussi valables que le témoignage du général Ramel. En admettant que la présence du séduisant Maurepas, non moins distingué par ses connaissances militaires que par son courage, fût un danger pour la colonie, ce qui est l'hypothèse à la fois la plus indulgente et la plus vraisemblable, il restait la ressource bien simple de se débarrasser de lui en l'envoyant en France, selon sa demande ; et, dans tous les cas, une femme et de pauvres petits enfants ne devaient pas être enveloppés dans l'odieuse proscription que nous connaissons. Selon toute apparence, elle ne fut pas la seule. Leclerc ordonna, ou tout au moins laissa commettre, une partie des crimes du même genre qui devaient entraîner et même jusqu'à certain point justifier la ruine de notre expédition. Mauviel accuse des subalternes : ressource commode et trop souvent invoquée. ComiÀe la politique, l'histoire met parfois en oubli ce simple principe do sens moral : la responsabilité d'un homme se mesure d'après la somme d'autorité dont il
dispose. Ou le Capitaine-Général manqua de clairvoyance, d'influence peut-être, c'est-à-dire de capacité dans l'un et l'autre cas ; ou il se repentit tardivement de sa bonté poussée jusqu'à la faiblesse et comoiit la faute de croire qu'un excès se rachète par l'excès contraire.
Quanta Rochambeau, sa réputation de froide cruauté n'est plus à faire. Dès l'âge de douze ans, il accompagnait son père en Amérique, et de bonne heure il avait conçu contre les noirs, surtout contre les mulâtres, plus que des préjugés. Nommé dans la suite au commandement des îles du Vent, il s'y fit une sorte de célébrité sanglante. On lit dans la Biographie universelle : a Nous ne reproduirons pas les accusations sans nombre dont il fut l'objet, nommément dans un Précis historique de la
Révolution de Saint-Domingue. (C'est le titre de notre manuscrit ; mais on a vu que Guillaume Mauviel ne prononce aucun nom dans son douloureux réquisitoire ; et d'ailleurs il ne lui a donné aucune publicité.) Il nous suffira de dire que l'historien est exact ; les Carrier et
les Lebon ne furent pas plus cruels. » Il rendit la cruauté plus odieuse encore en lui donnant l'apparence d'un
divertissement. « Tout le monde se rappelle, dit Guillaume, l'efifet déplorable que produisit dans la colonie le fameux bal donné par le général Rochambeau aux femmes de couleur du Port-au-Prince. Quelle dut être la stupeur des invitées, quand elles virent tendue de noir la salle dans laquelle se donnait la fête ! Cette décoration ne fut pas longtemps pour elles un mystère. Quelques blanches peu réservées prirent soin de leur en expliquer le sens. Ce qui se passait chaque jour sous leurs yeux, venait à l'appui de l'interprétation. Les blancs capables de quelque réflexion, ne virent dans cette orgie qu'un acte de démence auquel on refuserait de croire aujour-
d'hui^ si les habitants du Port-au-PriDce n'étaient encore là pour l'attester. Ces hommes de couleur, dont on célébrait d'avance les funérailles, n'avaient cependant pas cessé de se battre en grand nombre dans nos rangs depuis le commencement de la campagne. Leur intention était encore à cette époque de continuer à nous servir d'auxiliaires, tandis que, de notre côté, on semblait prendre à tâche de les éloigner, sans trop savoir pourquoi. On ne pouvait ignorer, en effet, qu'ils étaient presque tous aussi partisans de l'ancien ordre de choses que les colons blancs eux-mêmes. La plupart avaient des esclaves, et tout le monde sait que ces esclaves étaient les plus malheureux de la colonie. Un blanc voulait-il mortifier un nègre, il le menaçait de le vendre à un mulâtre ou à un nègre libre. La crainte d'une semblable punition suffisait parfois pour corriger un très mauvais sujet. Ces deux classes d'hommes avaient en effet l'art de contraindre au travail les esclaves les plus récalcitrants. » Mais ce ne fut point un besoin de réforme sociale qui conduisit Rochambeau à prophétiser l'extermination des mulâtres.
Un tel homme n'avait rien de ce qu'il fallait pour apaiser les esprits et ramener les cœurs dans une colonie si profondément bouleversée. Ce fut par droit d'ancienneté qu'il succéda à Leclerc dans le commandement en chef de l'expédition. Il soutint à peine un an une situation de tant de façons compromise.
Leclerc n'avait pas encore rendu le dernier soupir que Christophe reparaissait sur les hauteurs qui dominent Le Cap. En même temps, de tous côtés, des bandes s'organisaient et rivalisaient de brigandages. A la tête des nègres, Lamour de Rance, un colosse noir à deminu, qui, pour tout insigne de commandement, portait des épauiettes attachées avec des cordes, incendiait les
manufactures et massacrait les derniers restes des blancs dans les montagnes voisines du Port-au-Prince. Le mulâtre Féroux^ avec les hommes de sa couleur, ravageait le sud jusque-là moins éprouvé que les autres parties de rile. A toutes les rigueurs exercées contre les mulâtres, Rochambeau, dominé par ses préjugés antipathiques» avait ajouté la maladresse de repousser brutalement Rigaud, l'ancien ennemi de Toussaint, qui devait, à ce titre, compter sur un autre accueil, et devenir pour nous un précieux auxiliaire. Dès lors nègres et mulâtres firent cause commune, unis dans un même sentiment de défiance et dans une même pensée d'indépendance. Les anciens lieutenants de Toussaint, emportés par un mouvement qu'ils étaient impuissants à contenir, nous abandonnèrent l'un après l'autre, même Clervaux que Guillaume Mauviel proclame le plus honnête d'eux tous. (1) 11 y en eut un qui se montra plus digne de ce titre; ce fut le brave nègre Laplume, qui, fidèle à son serment, s'efifbrça de comprimer le soulèvement du sud à l'aide de quelques renforts qui lui furent envoyés. Mais le torrent, qui grossissait à vue d'œîl, put promptement raison des faibles obstacles que nous pouvions lui opposer encore. Bientôt il ne nous resta plus dans l'ancienne partie française que deux places occupées par de faibles corps de troupes : Jérémie, à l'extrémité sud-
(1) Après avoir remis de la meilleure grâce le commandement da Gibao au général Glaparède, Clervaux était parti pour le Cap où Mauviel Tavait accompagné, dans Tintention de se rendre ensuite à Saint-Marc auprès du Capitaine- Général. « Beaucoup de personnes assurent, ditTévêque, que Clervaux n'eut pas infiniment
à se louer de la manière dont il fut iraité Il paraît certain
qu'on était venu à bout de lui inspirer des craintes pour sa propre sûreté et pour celle de sa famille. Les événements qui ont suivi, n'ont que trop justifié ces craintes. » Il s'agit sans doute des menaces que Dessalines devait mettre plus tard à exécution.
ouest^ où s'était retiré le général Sarrazin, forcé d'évacuer Les Gayes ; aa nord, Le Cap occupé par Rochambeau qui avait reçu Tordre d'abandonner le Port-au-Prince. Dessalines qui, pendant tout le temps de la trêve, avait ^uisé les ressources de la plus audacieuse duplicité, trompant tour à tour les noirs et les blancs, excitant les uns contre les autres^ jeta le masque tout à coup et prit la direction du mouvement insurrectionnel. Rochambeau essaya d'abord de tenir tète à. l'orage; avec quelques centaines de soldats et la garde nationale du Cap, il reprit un fort qui était tombé aux mains de Christophe et de Clervaux, et, par sa contenance énergique, intimida les insurgés au point de les décider à battre en retraite. Mais pendant que s'accomplissait sur terre cet héroïque exploit, la mer engloutissait de nouvelles victimes. On noyait dans la rade une partie des noirs que l'on avait emmenés au large, afin qu'ils ne pussent prêter un renfort aux assaillants. Rien ne saurait justifier cette barbare mesure, pas même la déplorable situation de nos équipages décimés par la fièvre et incapables de résister en cas de révolte. On a le droit de s'étonner même qu'une pareille raison ait été invoquée. Quel moyen plus sûr de provoquer la révolte, si elle eût été à craindre, que de procéder à cette exécution en masse? Dans les derniers jours de novembre i803. Dessalines se présenta sous le Cap avec une armée de quinze mille hommes. La guerre venait de se rallumer avec la Grande-Bretagne. Rochambeau, qui ne pouvait plus attendre de secours, fut réduit à capituler. Pris par une flotte anglaise, il resta prisonnier en Angleterre jusqu'en 1811. Il ne recouvra sa liberté que pour aller trou ver une mort glorieuse à Leipzig. Ce n'était ni le courage, ni la science militaire qui lui faisaient défaut ; il en avait donné la preuve au Fort- Dauphin et à la Ravine-aux-Couleuvres.
Dessalines piiL le litre de Gouverneur avec des pouvoirs illimités. Cet être offrait le type accompli de la férocité africaine. Guillaume Mauviel n'a pas entendu le juger complètement, quand il a dit de lui qu'il était plus cruel et moins rusé que Toussaint. Il ne fut assurément ni moins ambitieux que son ancien maître, ni moins perfide; il le fut autrement ; ladiSérence entre eux était dans le choix des moyens. Au physique, sa laideur frappait même les gens de sa couleur. Sa face hideuse était sillonnée de cicatrices. Tout en lui, la démarche aussi bien que le regard, trahissait la dissimulation et la violence. Il était, d'ailleurs, capable de supporter les privations et les fatigues, de braver les dangers, d'affronter les obstacles, pour satisfaire sa vengeance. Son amour du meurtre a seul fait oublier des traits d'une sauvage intrépidité qui se serait appelée héroïsme, si le but poursuivi avait été moins criminel. On sait avec quel enthousiasme il accueillit les ordres sanguinaires de Toussaint, avec quel zèle il les exécuta. Dans sa marche à travers le département de l'ouest, il sema sa route de cadavres et de ruines, surtout dans l'Artibonite et le Mirebalais, à la Petite-Rivière, aux Verrelles. Nos soldats, tout aguerris qu'ils étaient et accoutumés aux scènes de carnage, furent frappés d'épouvante en approchant de cette dernière place. Huit cents cadavres de blancs, hommes et femmes, enfants et vieillards, jonchaient le sol. On les avait égorgés, après une longue marche que ralentissait la faiblesse de la plupart d'entre eux, afin de les soustraire à l'assistance de l'armée victorieuse. C'est de là que date cette ardeur de représailles dont nous avons parlé, qui fit de nous les émules des barbares euxmêmes. Deux cents noirs furent massacrés au pied du mont Nolo, plus de six cents à la Goupe-de-l'Inde. On aimerait à recouvrir ces hécatombes humaines d'un lin-
ceul impénétrable, s'il n'était toujours utile de rappeler an prix de combien de larmes et de sanglots, de cris de douleur et de flots de sang s'accomplissent les révolutions grandes et petites.
Dessalines fut du nombre des anciens généraux de Toussaint qui pressaient Leclerc de s'emparer de sa personne. Le Capitaine-Général l'affirme et il est aisé de le croire eu voyant quelle ardeur le chef noir mit à se débarrasser d'un autre rival. C'était un neveu de l'ancien gouverneur, que ses qualités brillantes avaient mis en crédit auprès de Toussaint. Il portait un nom en rapport avec son extérieur distingué ; il s'appelait Charles Belair. Dessalines avait plus d'une fois redouté son influence. Blessé de quelques exécutions opérées dans l'ouest, Belair se jette dans les mornes, et appelle à lui les mécontents. Aussitôt Dessalines réclame la faveur de réduire les révoltés. Il s'élance à leur poursuite, s'empare de Charles Belair et de su femme, et les livre à la discrétion d'une cour martiale qui les condamne à mort. Puis, comme les nègres s'indignaient d'une telle complaisance, il rejeta la responsabilité sur l'inexurable rigueur des blancs. Maître du pouvoir absolu. Dessalines n'eut plus de précautions à prendre pour dissimuler ses visées ambitieuses ni pour assouvir ses appétits farouches.
Aux yeux de nos historiens, l'expédition prend fin avec la capitulation de Rochambeau (novembre 1803). 11 est vrai que ce qui restait des débris de notre armée sur le sol de Saint-Domingue, y faisait pauvre figure. L'évèque y demeura une année encore. Toujours toumenté par sa fièvre patriotique, toujours plein d'espoir et de confiance dans le succès d'une nouvelle tentative, il eût voulu que les restes de notre armée fissent efibr pour entretenir le plus possible le prestige de la France.
Au lieu de cela, une retraite précipitée, une échaufiburée de prétoriens, des scènes de confiscation, des faits scan* daleuz de concussion ; au milieu de ces misères, quelques subalternes montrant avec une poignée d'hommes œ que pouvait tenter encore, à la condition d'être bien employé, un fantôme d'armée régulière ; tel est lo bilan qu'il nous présente, non sans une amertume vivement sentie et qui monte parfois du cœur aux lèvres. Nous ne le suivrons pas jusqu'au bout. Il y a des fautes auxquelles leur vulgarité enlève toute espèce d'intérêt, sans les rendre pour cela plus excusables. Si Guillaume descend n ces détails, c'est qu'ils lui étaient demandés par un
Ministre qui le priait de faire connaître toute la vérité, comme s'il en rendait compte devant Dieu même, et que de son témoignage pouvaient dépendre des situations très respectables. Nous, extrayons de cette communication officielle ce qui suffit pour dévoiler dans un coin des Antilles des faiblesses qui forment le plus singulier contraste avec nos retentissantes victoires sur le conti* nent. Il est juste aussi d'accorder une page à d'obscurs héros qui s'appliquèrent à soutenir l'honneur du nom français, quand il n'y avait rien de plus à entreprendre. Enfin, nous compléterons l'histoire interrompue de ce sauvage qui réussit à se rendre étrange même au milieu des sanglants épisodes et des sinistres héros que suscita la
Révolution de Saint-Domingue.
tt A peine l'évacuation du Cap fut-elle connue dans les départements de rOzama et du Cibao, qu'une terreur panique s'empara de tous les esprits. L'armée aux ordres du général Rochambeau n'eut pas plus tôt capitulé que tout le monde parut craindre que, par suite de cet événement, le torrent qui venait d'inonder successivement tous les points de l'ancienne partie française, n'étendit
bientôt ses ravages sur toute la partie ci-devant espagnole. Le général Ferrand était chargé de la défense des frontières dans le département du Cibao. Deux cents Français et les gardes nationales du pays, montant à plus de trois mille hommes, servaient sous ses ordres. Persuadé qu'il ne. tarderait pas à être attaqué, il s'empressa de quitter ses avant-postes, et, sans attendre l'ennemi, il opéra précipitamment sa retraite sur Santiago, après avoir fait vendre à Monte-Christ les farines qu'on lui avait envoyées de Santo-Domingo pour la subsistance de sa division. Les troupes campées sur la Goyovina re(rurent aussi l'ordre de se replier et formèrent Tarrièregarde du général. Ces troupes ramenèrent jusqu'à Santiago deux pièces de quatre, qui furent abandonnées dans la ville, et, peu de jours après, elles tombèrent aux mains des révoltés. La retraite précipitée de cette division indisposa les Espagnols. Les Français furent souvent insultés. Un nommé Hongria ne craignit pas, au milieu de ces rixes, de provoquer publiquement l'assassinat
d'un ofQcier et de quelques artilleurs français, qui faisaient partie de l'arrière-garde. Un autre officier espagnol, don Ramon de Lorve, les sauva par sa présence d'esprit et par son courage.
En arrivant à Santiago, c'est-à-dire à trente et quelques lieues des divers postes dont la garde lui était confiée, le général Ferrand avait interrogé pour la forme les hommes les plus influents du pays, leur demandant s'ils voulaient concourir à la défense de leurs propriétés. Or, une partie de ces propriétés était déjà livrée par suite même de la retraite. Etait-ce bien le moment de proposer une résistance qui ne pouvait plus être que dérisoire? D'ailleurs, pour tirer parti des Espagnols, il faut commander, non consulter. La réponse fut négative*
Le général vit partir six députés chargés d'aller au Gap, au nom de la ville, offrir dos secours à Dessalines et réclamer sa protection. Les Espagnols soutiennent que M. Ferrand leur conseilla lui-même cette démarche, et ils trouvèrent fort surprenant que je leur en fisse un
crime dans la lettre pastorale que je leur adressai à ce sujet.
Quoi qu'il en soit, le général Ferrand continua sa retraite sur Santo-Domingo. La ville du Môle-Saint- Nicolas, dans l'ancienne partie française, tenait toujours pour nous. M. de Noailles y commandait. Dessalioes se proposait de prendre d'abord cette place importante et de travailler ensuite à se fortifier dans les mornes. (1) Il ne songeait donc en aucune manière à s'emparer de la partie espagnole, et, avec un peu plus de sang-froid, le général Ferrand eClt apporté moins de hâte dans une retraite qui devait avoir de si déplorables conséquences pour les blancs du Gibao. Les députés de Santiago n'eurent aucune peine à contenir la marche de l'armée imaginaire qu'ils croyaient prête à fondre sur leur pays. Dessalines se contenta de leur envoyer quelques chefs noirs et mulâtres chargés de diriger les efforts des indigènes contre les Français. Les députés demandèrent le général Glervaux dont ils avaient gardé bon souvenir, Dessalines le leur refusa, prétextant qu'il avait chargé ce général d'une autre mission.
Ferrand n'était pas sans inquiétude au sujet de l'accueil qui lui était réservé à Santo-Domingo. Il craignait avec raison que fa retraite n'y fiit généralement désap-
(1) Guillaume a donné une énumération complète des travaux de défense exécutés dans lancienne partie française. On sait déjà que nous négligeons ces renseignements techniques, parce qu'ils répondent à des préoccupations désormais sans objet.
prouvée. Pour la justifier, il nous annonça qu'il était suivi des insurgés ; que nous devions nous attendre à les voir paraître au premier jour sous les murs de la ville. Cependant, après avoir examiné les remparts, il les jugea capables d'arrêter l'armée de Dessalines. Alors il se remit un peu de son trouble. Les premiers instants de calme lui permirent de calculer les avantages qu'il y aurait pour lui à devenir capitaine-général de la faible partie de la colonie demeurée française. Son aide-de-camp, le lieutenant Bruce, le pressait de ne pas manquer une aussi bonne occasion. M. Ferrand se laissa aisément persuader, et, en conséquence, déclara que, comme le plus ancien général de brigade, il allait prendre le commandement en chef de l'armée de Saint-Domingue. Cette armée se composait alors de huit cents hommes de troupes tout au plus. Nous avions cependant quatre états-majors! (1)
Le général Kerverseau avait été, dès l'arrivée de l'armée française, nonuné commandant en chef de la partie espagnole. Tout le monde le croyait très fondé à retenir le commandement, et l'on ne concevait pas trop comment un général, qui servait depuis longtemps sous ses ordres et dans un des derniers postes de la colonie, osait seulement songer à le lui disputer, surtout après avoir laissé la frontière à découvert. Cependant, après quelques difficultés, Kerverseau parut céder volontairement et prendre le parti de la retraite. Il s'en expliqua en ces termes avec moi : « Le général Ferrand a la manie de » devenir capitaine-général et de s'intituler commandant
(i) Que de souvenirs tout récents et plus pénibles encore n'évoquerait pas le tableau de ce gâchis militaire dans un coin de la république d'Haïti, si nous n'avions bien assez des exemples dont nous avons été les témoins !
» en chef d'une armée de huit cents hommes. Non-
» seulement cette prétention est ridicule, mais ses droits
» ne sont pas même fondés. Je suis très légitimement
» institué commandant en chef dans la partie ci-devant
» espagnole et mes titres ne sont pas contestables. Mais
» je suis instruit de ce qui se passe. Je n'ai nulle envie
» de figurer dans la petite guerre qui pourrait être la
» conséquence de nos débats. Dans l'intérêt de la paix,
» j'aime mieux céder et partir pour la France. » Comme je faisais de nouvelles instances, le général reprit : a Le
» Cibao se trouvant dès ce moment au pouvoir de Des-
» salines par l'effet de la retraite précipitée du général
)) Ferrand, la présence de trois généraux dans les murs
}) de la petite ville de Santo-Domingo devient sans objet.
» Il y en a bien assez d'un. Puisse le général Ferrand j
» réparer la sottise qu'il vient de commettre. Pour moi,
» je me rends auprès du Gouvernement fran^is avec
)) l'espoir de servir plus utilement la colonie en donnant
» des renseignements précis sur la situation présente, o
Le général Ferrand^ aussitôt qu'il fut à peu près sur de son fait, provoqua la réunion d'un conseil de guerre à l'effet de constater l'état de la place. Le conseil fut convoqué pour le lendemain. A peine se trouva-t-il au complet qu'un des membres proposa de commencer par décider auquel des généraux appartenait le commandement. A l'instant Ferrand se lève, déclare que îa proposition n'e^t nullement de la compétence du c^onseil ; puis il sort brusquement en disant : u J'en appelle à la gar- » nison et je vous réponds que ce sera moi qui obtiendra} » le commandement, d
De part et d'autre on se précipite aux casernes. Le général Kerverseau reste seul dans son appartement. Ferrand s'avance au milieu du quartier. Une partie de
la troupe l'enlonre. A son air égaré on suppose que les légions de Dessalines sont sur le point d'envahir la ville. Oo rinterroge ; il répond d'une voix de stentor : • Apx » armes, mes amis. On a l'audace de me disputer le n commandement. » Les carabiniers de la légion de la Loire se déclarent pour lui. Quelques officiers dévoués au général Ferrand les travaillaient depuis plusieurs jours. Les canonniers, commandés par le chef de brigade Miquel Ferrier, tenaient au contraire fortement pour le
général Kerverseau. Plus prompts à l'attaque, les carabiniers saisissent les chefs de brigade Valdony, commandant d'armes, Miquel Ferrier, directeur de l'artillerie, l'adjudant-commandant Luthier, chef de l'état-major du général Kerverseau et les conduisent prisonniers à bord
de l'aviso de l'Etat le Département du Nord. La femme de Miquel Ferrier se trouvait à la porte des casernes. Informée de ce qui se passe, elle fend la foule, pénètre à travers les rangs des carabiniers qui venaient de s'emparer de son mari, se jette dans ses bras et s'efforce de l'arracher à l'escorte qui l'entraîne. Les carabiniers la repoussent brutalement et l'envoient tomber au milieu de la rue.
Témoin de cette scène qui se passait sous ses fenêtres, le général Kerverseau se précipite hors de son appartement, adresse la parole aux mutins et les harangue au nom de la loi. Quelques soldats ivres l'écartent sans aucun ménagement pour son grade. Les gens de bien virent avec indignation, au nombre des mililnires qui le traitaient ainsi, un ofBcier attaché à son état-major. Ledit ofGicier reçut le jour même sa récompense ; le général Ferrand en fit son aide-de-camp. MM. Yaldony,
Ferrier et Luthier furent déportés. Plusieurs autres ofBciers restèrent attachés à la fortune du général Ker-
Verseau et le suivirent eu France, sans écouter les offres qui leur étaient faites. D'autres, au contraire, sur lesquels Kerverseau avait toujours compté, se tournèrent aussitôt du côté de Ferrand et reçurent de nouvelles épaulettes.
Le jour de cette fameuse expédition à laquelle le général Ferrand avait sans doute employé tout son monde et même son cuisinier, il me rendit le mauvais service devenir me demander à diner avec tout son état-major. Je ne lui dissimulai pas que j'aurais mieux aimé le recevoir un autre jour. Il le comprit très bien et me répondit en ces termes exprès : « Moquez-vous de tous ces gens-là ; je )) vais mettre la main à la pâte et tout ira bien, n Ce singulier propos n'était guère fait pour me convaincre. Nous dînâmes sans dire un mot de l'incident. Pour donner un autre cours à la conversation, je reconduisis en esprit tous ces valeureux champions sur la frontière abandonnée et chacun proposa son plan de défense. »
Pendant que le général Ferrand s'élevait glorieusement à la haute dignité de capitaine-général d'une armée de huit cents hommes, le Cibao, subitement abandonné à la rage, exaltée par le succès, du farouche vainqueur, devenait le théâtre de nouveaux crimes. « Plus de trois cents Français s'étaient réfugiés depuis dix ou douze ans dans ce département. Presque tous y avaient des propriétés et y vivaient en paix des fruits de leurs travaux. Dessalines ne l'ignorait pas. Il exige que tous soient livrés entre ses mains. Les habitants de Santiago sont assez lâches pour devenir les exécuteurs de cet ordre sanguinaire. Tous sont arrêtés le même jour, à la même heure, et chargés de chaînes. Leurs maisons et leurs propriétés sont mises au pillage. Quelques-uns avaient été prévenus à temps par de bons nègres et s'étaient enfuis au milieu des bois. Deux ou
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trois autres yinreDl à bout de se débarrasser de leurs liens pendant la nuit et se sauvèrent au milieu des montagnes, en dépit de l'inquiète vigilance de leurs gardiens. Un espagnol, du nom de José Garcia, les y alla dépister avec des cbiens. (i) Tous furent conduits devant Dessalioes, n'ayant sur le corps que quelques misérables haillons, marchant tète découverte et pieds nus. Quelques^ uns portaient, selon la coutume du pays, des pantalons à pied. Les Espagnols poussèrent l'injure et la raillerie jusqu'à les leur couper au-dessus du genou. C'est en cet état qu'ils furent livrés aux bourreaux. Il y avait au nombre des prisonniers des vieillards, des femmes et des enfants. Arrivés vers le milieu de la route, il leur fut impossible d'aller plus loin. On les immola, en présence de leurs compagnons d'infortune, sur les bords de la Goyovina. Les autres consommèrent leur sacrifice au Cap, sur la place d'armes, au milieu des vociférations des nègres et au son des instruments de leur musique infernale. »
En apprenant ces désolantes nouvelles, l'évêque, dont la parole avait conservé toute son autorité, adressa aux prêtres et aux fidèles une pastorale indignée, il leur reprochait en termes énergiques le déshonneur dont ils venaient de se couvrir et leur laissait entrevoir, dans un prochain avenir, une cruelle expiation. Les Anglais, alliés de Dessalines, entretenaient des émissaires et des partisans dans toute la partie jadis espagnole et jusque dans la ville de Santo-Domingo. Ces perfides annonçaient de la façon la plus positive que le gouverneur n'était que l'agent du roi d'Angleterre ; que sons peu ce monarque
(1) Cet Espagnol se montrait fidèle aux traditions de ses aïeux. C'est le procédé que les conquérants employèrent avec succès pour combattre les malheureux Indiens et même pour les faire dévorer.
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tant- puissant dans les coloaies, allait faire prendre possession de l'Ile par ses troupes et eu sou uom. C'était afin de rassurer les habitants qui n'avaient que trop de raisoDS de se défier. Il suffît à l'i^vèque de recueillir tes souvenirs du passé, pour persuader aux plus aveugles que les Anglais ne songeaient nullement à occuper Saint- Domingue ; qu'ils n'avaient et ne pouvaient se proposer d'autre but qae de consommer la ruine de celte belle colonie. Quant aux nègres, il les présentait comme des sauvages altérés de sang, et les Mis ne manquaient pas & l'appui de son assertion. Cette instruction produisît un heureux effet. Le département de l'Ozama nous resta fidèle et la plupart des communes du Cîbao songèrent à séparer leur cause de celle des habitants de Santiago. Dessalines apprit par des espions le dommage causé à son parti. Il honora Hauviel d'une sortie violente dans noe de ses proclamations. Il le traita de prêtre fanaiiqve dont les prières, Us conseils et les grimaces ne sauveront pas les imbéciles qui continuent à en être plus longtemps les dupes. Nous avons sous les yeux ce monument incorrect de la jactace africaine. Le morceau est dû à la plume de Juste Chaulatte, secrétaire; car M. le Gouverneur général d'Haïti ne savait ni lire ni écrire. Mais il a dû inspirer le rédacteur. De la collaboration d'un esprit qui des prétentions & la culture littéraire et d'un caractère iolent qui ne connaît que la menace brutale, résulte etie étrange impression : il semble voir un tigre qui rend plaisir tour à tour à sortir et à rentrer ses griffes.
Prévoyant le danger qui menaçait ses compatriotes, s amis du Cibao, Guillaume s'était efforcé de convaincre général qu'nn simulacre de mouvement suffirait pour i sauver. Ferrand opposa que sa situation, la faiblesse e ses ressources, l'inconvénient qu'il y aurait à exposer
en pays ennemi un petit nombre d'hommes dont la perte deviendrait irréparable, le mettaient dans l'impossibilité de rien entreprendre. Ce que la prudence déclarait impossible^ le courage résolu de quelques hommes montra qu'on aurait pu l'exécuter avec succès. Emus des reproches de leur évèque et indignés de la cruauté de Dessalines, les habitants du Gottuy et de la Vega se décidèrent à reprendre notre cause. Us se déclarèrent prêts à marcher contre les bandes nègres, pourvu qu'on leur accordât des secours en armes et en munitions avec quelques officiers français pour les conduire. On leur distribua quelques fusils, des cartouches et des lances que l'on avait fait fabriquer tout exprès.
« L'adjudant- commandant Urbain Devaux venait d'arriver à Santo-Domingo, après avoir passé quelque
temps à Cuba où il s'était réfugié. Le général lui proposa de se mettre à la tète de l'expédition. Devaux accepte et part avec une vingtaine de jeunes gens de coulenr commandés par le brave capitaine Dupaty. Quelques autres officiers se joignirent à Devaux et à sa petite troupe. C'est avec cette faible escorte qu'un Français ose entreprendre la soumission d'un pays dont les habitants viennent de livrer aux bourreaux trois cents de ses compatriotes I Tout le monde le regarde comme un téméraire. Avant de partir, Devaux pria l'évèque de lui délivrer des lettres propres à faire entrer dans son parti les curés et les principaux habitants du pays. L'évèque généralise la mesure et remet au chef de l'expédition une circulaire adressée aux prêtres et aux fidèles du Cibao. Cette circulaire fut lue dans toutes les églises, à la tète de toutes les gardes nationales, et Devaux n'a pas hésité à reconnaître dans le compte-rendu de son entreprise, que celle pastorale avait puissamment contribué
à préparer le succès de son audacieuse tentative. Après avoir réuni environ onze cents Espagnols sur sa route, il marche sans balancer contre Santiago. Une fausse attaque est dirigée par Dupaty, qui s'avance avec ses petits chasseurs d'un côté de la ville, tandis que Devaux
doit y entrer par le côté opposé avec ses Espagnols. Le premier fait feu sur tout ce qui se présente, renverse tous les obstacles qu'il rencontre et s'avance jusque sur la place d'armes. Chargé par la cavalerie des rebelles, il est enfin contraint de céder à la force. Il se replie, opère sa retraite en bon ordre et rentre dans les bois.
Devaux avait été retardé dans sa marche par la lenteur des Espagnols. Il ne put donner en même temps que Dupaty ; ce qui faillit entraîner la perle de celui-ci et dérangea complètement l'exécution du plan concerté entre eux. On résolut une nouvelle attaque pour le lendemain et l'on bivaqua dans une savane, à deux lieues de la ville. A peine le jour commençait à poindre, quand Devaux se mit en route. Les révoltés, avertis par l'affaire de la veille, se tenaient sur leurs gardes. Le combat
s'engage à l'entrée de la ville. Au premier feu, les Espagnols fuient de toutes parts ; impossible de les rallier. Devaux, après avoir affronté le péril à la tète d'un petit nombre de braves, fait sa retraite le pistolet au poing et rentre à la Vega. La vue d'un homme de cœur intimide les lâches. Les Espagnols honteux n'osent plus regarder Devaux en face. Revenus enfin de la terreur panique dont quelques coups de fusil les avaient frappés la veille, ils demandent à retourner au combat. Devaux consent encore aies commander; on marche pour la troisième fois sur Santiago. Les Castillans se souviennent enfin de la bravoure de leurs ancêtres ; ils entrent dans la ville, y tiennent bon et font main basse sur tout ce qui se pré-
sente. Les rebelles soot dans une complète déroute et sommés de mettre bas les armes. Us demandent jusqu'au lendemain matin pour capituler. Le délai leur est accordé. Mais, pendant la nuit, ils défilent silencieusement avec leurs femmes, leurs enfants, leurs animaux et leurs bagages, sous la protection d'un fort commandé par ce même Garcia qu'on a vu peu de temps auparavant donner la chasse aux Français et les remettre entre les mains de leurs cruels ennemis. Le vainqueur ne fut informé de cette fuite que le lendemain matin, à la pointe du jour, au moment où les vaincus étaient déjà fort loin de la ville.
Les jours suivants furent marqués par de nouveaux succès. Le commandant Devaux poussa ses reconnaissances jusque sur les bords de la Goyovina, à Monte- Christ et à Puerto-Plata. Des bandes de pillards, qui venaient voler des animaux sur les frontières, furent taillées en pièces. Toujours à cheval, il ne laissait aucun repos à sa troupe. Les volontaires espagnols, exténués de fatigue, mal nourris, mal vêtus, mal payés, faisaient entendre des murmures. Cependant leurs plaintes perdaient toute valeur, quand ils daignaient reconnaître que les officiers partageaient le même sort. Devaux tomba malade et vint à Santo-Domingo, pour y rétablir sa santé. Le chef de bataillon Paillet le remplaça momentanément. Celui-ci, plus modéré et moins exigeant que son prédécesseur, quoique bon militaire d'ailleurs, plut aux Espagnols qui firent des démarches pour le conserver. Mais, à peine entré en convalescence, Devaux venait de repartir. Paillet, qui prit à son tour un peu de repos, fiit interrogé sur les véritables motifs qui indisposaient les volontaires contre le commandant. Il déclara que les Espagnols avaient tort ; que Devaux pouvait être
un peu dur; mais qu'il se conduisait en brave soldai et qu'il n'y avait aucun reproche fondé à lui adresser. 11 ajouta que quelques ambitieux du pays, hommes saos valeur, aspiraient à le remplacer ; qu'ils avaient largement contribué à faire naître et à entretenir le mécontentement des subalternes, déjà fort ennuyés d'un service pénible. De son côté, Devaux ne se relâchait point de sa fiévreuse activité. Sans tenir compte du caractère espagnol, il ordonnait, voulait être obéi sans retard et punissait les moindres infractions. Les Espagnols, toujours souples, dissimulaient leur mécontentement, mais n'abandonnèrent pas le projet d'éloigner un chef si exigeant. Ne trouvant rien à reprendre du côté du commandement, ils lui reprochèrent des intelligences avec les rebelles. (1) Comme si un officier français, témoin des atrocités commises par les nègres sur les cadavres de ses compagnons d'armes, pouvait être suspect d'une pareille faute I Quoi qu'il en soit, Devaux, après avoir assisté à un bal donné par les Espagnols, se voit attaqué par eux, à trois heures du matin, dans sa maison. On le somme, au nom du roi d'Espagne, de mettre bas les armes. Il se défend en loyal Français; son frère et un ofBcier nommé Roi sont blessés à ses côtés. Presque tous les soldats qui essaient de lui porter secours, sont tués au milieu de la nuit. Les Français sont assiégés dans leurs casernes et finissent par succomber. Maîtres du
(1) Devaux emportait, à soq second voyage, une lettre de Guillaume pour Glervaux, que Tévêque persistait à croire an des meilleurs parmi les généraux noirs. Le poison de Dessalines avait prévenu toute nouvelle chance de défection. Ce fut peut-être cetle mission qui fournit aux Espagnols un prétexte d'accusation, de même qu'elle inspira à quelques malveillants la pensée de mettre en doute le patriotisme de Mauviel. Sa défense était facile ; la lettre incriminée avait été soumise par lui au général Ferrand, qui avait donné son approbation à la démarche.
champ diB bataille, les Espagnols retiennent prisonniers Devaux et ses compagnons échappés à la mort, afin de prendre les devants et de s'assurer comment l'affaire serait envisagée à Santo-Domingo. Pour disposer les esprits en leur faveur, ils s'empressent d'écrire au général Ferrand, protestent qu'ils demeurent soumis au gouvernement français et lui jurent fidélité, à condition que l'on reconnaîtra les nouveaux chefs qu'ils viennent de se donner. L'éloge du général n'était point oublié dans la missive. Il était déjà tard, lorsque le courrier arriva* Ferrand s'empressa de faire publier la nouvelle aux flambeaux, ajoutant que le mal n'avait pas été aussi grand à Santiago qu'on se l'était imaginé ; que tout y allait bien. Cependant, une seule chose surprit tout le monde ; c'est que cette approbation donnée publiquement aux assassins de tant de malheureux Français ne devint pas un arrêt de mort contre Devaux et les siens. »
iMauviei ne cessait de représenter aux Espagnols les dangers prêts à fondre sur eux, s'ils cessaient de s'unir
à notre petite armée pour la commune défense. Déjà ils en avaient éprouvé les premières atteintes. Dessalines exerçait contre ceux du Cibao d'impitoyables exactions. Tantôt, c'était une contribution de six cent mille gourdes
(trois millions trois ceot mille francs), somme impossible à trouver dans un pays ruiné par la guerre et la fièvre. Tantôt, c'était une réquisition de quatre mille bœufs, une autre de huit cents chevaux. Ces divers impôts se levaient avec la dernière rigueur. Ceux qui n'avaient pas d'argent, étaient forcés de se dépouiller de leurs
bijoux, et de les livrer en paiement. Il prit enfin fantaisie au tyran de recommencer l'œuvre d'unification entreprise par Toussaint et de soumettre à son autorité toute l'ancienne partie espagnole. L*évèque avait alors quille la
nolonie pour des raisons que nous connaîtrons bientAt. Mais deux fidèles amln continuaieut de le tenir au cou- FADt des événements qui se produisaient dans l'Ile. Desralines vint mettre le siège devant Sanlo-Domingo. « Vous entendrez sans doule parler, écrit M. Dunlhiea, avocat, & la date du If juin 1805, d'un siège fameux, de sorties, de défenses courageuses, de mesures de prudence et d'activité; enfin, on prétendra à la gloire d'avoir sauvé le dernier rempart de Saint-Domingue. Hais, qu'il y aau fond peu de mérite! Dans la nuit du 5 an 6 mars, une armée de noirs, forte d'environ vingt-cinq mille homn.es, se présenta sous les murs de la ville. Nulle précaution, uni moyen de défense pour les inquiéter dans leur marche. Ce ne fut que la veille, que ne pouvant plus se refuser à la cerlitude de l'attaque, on se détermina à couper la banaoerle de Oadet Maugey et à brûler le hourg de San-Carlos. Celui do l'Ozama ne put l'être qu'en partie et tout ce qui re<ttait sur la route de Samann, servit de refuge aux assaillants qui l'incendièrent dans leur retraite. Nul balisage n'avait été établi autour de la place et l'ennemi venait s'embusquer it portée de pistolet du rempart. M. le général Lagrange, qui avait visité nos lignes de défense, n'a pu s'empêcher de témoigner, en militaire instruit, la surprime que lui causait une pareille incurie, sinon une telle ignorance. EnSn, le ciel nous a secourus, et, au moment où nous n'avions plus que cent trente barils de fnrine pour une population de trois mille sept cents hommes, auxquels il faut joindre les femmes et les enfants, l'escadre française a paru dans nos eaux, u
Nous ne dirons plus qu'un mot, par respect pour l'armée frani^aise : Perraud était un de ces hommes qui savent prendre leur parti d'une situation désespérée et en tirer proht pour la satisfaction de leurs basses convoitises.
Quant à Dessaline^s, lorsqu'il aperçut dans la rade de SaDto-DomiDgo, au lieu des vaisseaux anglais qu'il attendait peut-être, l'escadre aux ordres de l'amiral Missiessy, il sentit qu'il n'avait rien de mieux à faire que d'abandonner son projet. Furieux de cet écbec, il ravagea toute la partie espagnole, brûla les villes de
Santiago, de la Vega, du Cottuy, d'Azua et toutes les
bourgades qu'il rencontra sur son passage. Partout il fit massacrer les habitants sans exception. Son régiment des Sans-CulotteS} que l'on appelait les égorgeurs de Dessalines, déploya dans cette expédition sa cruauté accoutumée. A Santiago, le massacre eut lieu dans l'église, et le curé Vasquez, qui avait largement contribué à provoquer l'entrée des bandits dans la contrée, fut égorgea l'autel. Deux mille captifs, hommes et femmes, furent mis en réserve et emmenés dans l'ancienne partie française où ils devaient travailler, dans le canton des Gonalves, pour le compte du gouverneur. Us y furent massacrés quelques mois après leur arrivée. C'était ainsi que Dessalines manifestait sa sollicitude paternelle à ceux qu'il appelait ses enfants, lorsqu'il voulait se faire livrer par eux les colons français du Cibao.
Au retour de cette brillante campagne, il se proclama empereur, sous le nom à^ Jacques P^, comme Christophe, son rival et son successeur, devait s'intituler Henri I^^,
par la grâce de Dieu, roi d^ Haïti, Pour ces noirs dorés, comme pour beaucoup de blancs à toutes les époques, le principe républicain n'était qu'un expédient bon à tromper les simples et à servir les habiles. Un Brutus adolescent fit expier à Dessalines son usurpation, si l'on en croit les biographes. (17 octobre '1806). Les correspondants de Mauviel sont muets au sujet de ce vengeur. En revanche, ils donnent les détails suivants, qui
prouvent avec une horrible évideace à quel point Dessalines avait accumulé contre lui les haines dans la colonie et au dehors excité cette espèce de curiosité malssûne qui s'attache à tout ce qui dépasse dans le crime la mesure accessible à l'imagination : o Dessalines a péri, avec six cents de ses satellites les plus dévoués, dans la savane Saint-Martin, sous les murs du Port-au-Prince (où le mulâtre Pétion s'était insurgé pour la défense des siens). Cet événement a donné lieu à de grandes réjouissances dans toute l'ancienne division française. Les parties du cadavre de ce monstre les moina susceptibles de se corrompre, telles que les doigts des mains et des pieds, les oreilles et autres débris, ont été vendues aux étrangers qui fréquentent les ports de cette colonie, jusqu'à un doublon chacune (84 francs en monnaie de France. Et, pour quelles reliques !) Le reste du corps a été mis en quartiers, et envoyé dans les principales villes du sud et de l'ouest, pour y servir de jouet même à ceux de sa propre couleur. »
Au sein de toute société, noire ou blanche, il existe des monstres, qu'ils s'appellent Marat ou Dessalines.
Une violente commotion les fait sortir de l'obscurité à laquelle les condamne, pour le bonheur de tous, une paix sociale affermie. Mais la liberté est-elle donc une plante qui ne prend racine que dans un sol arrosé de sang? Peut-on dire d'elle, sans lui faire outrage^ qu'elle est le fruit légitime de l'astuce et du crime, l'œuvre des bourreaux et des traîtres? Il est plus juste et plus consolant de penser qu'elle grandit et se fortifie lentement, péniblement, au milieu des passions des hommes et en dépit de leurs lutles fratricides qui menacent parfois de l'étouffer ; mais que, pour s'épanouir dans sa vigoureuse beauté, elle réclame une atmosphère calme et pure.
éclairée, échauffée par le soleil bienfaisant de l'équité ; ou, pour parler sans figures, un peuple sensé, généreux, instruit par ses fautes et par ses souffrances, capable de comprendre qu'il y a pour le citoyen un droit imprescriptible et inaliénable, celui d'accomplir tous ses devoirs, et un devoir non moins absolu, celui de subordonner rintérët de chacun à l'intérêt de tous.
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RESUMK.
Un regard attentif et désintéressé jeté sur l'ensemble de cette révolution donne lieu aux réflexions suivantes :
Elle eut pour cause première, originelle, le sentiment inné de la dignité de la personne humaine, sentiment qui persiste avec la ténacité d'un droit imprescriptible chez l'homme qui n'est point perdu sans ressource. Aussi, est-il juste de rendre hommage à un milieu social qui a permis à cet instinct de se développer et de s'affermir dans des âmes qui, sur le sol africain, seraient descendues au dernier degré de la dégradation sous l'avilissant fardeau d'une servitude implacable.
Elle eut pour cause déterminante rinterprétation maladroite et l'application irréfléchie des principes de 1789, sur une terre qui était moins préparée que toute autre à recevoir une liberté sans limite et sans frein.
Ses causes immédiates furent : l'ambition astucieuse, arrogante et brutale de quelques noirs qui ne poursuivirent d'autre projet que la jouissance assurée d'un despotisme absolu ; la perfidie des Anglais qui ne pouvaient constater sans dépit la prospérité de notre marine et de notre commerce colonial ; les préjugés de toute sorte de nos représentants civils et militaires; enfin, une épidémie que la prudence humaine était impuissante à prévenir ou à conjurer. Il est à remarquer que trois fois, pendant le cours de la période napoléonienne, les fiéaux se liguèrent avec les hommes pour arrêter la marche de nos héroïques armées : en Syrie la peste, la fièvre jaune à Saint-Domingue, en Russie un hiver terrible, le général Morozo/f, comme disait Alexandre, non moins prévoyant que Toussaint, mais avec plus de justice et de générosité que le nègre n'était capable d'en concevoir.
Il faut le reconnaître enfin, aucune des causes que nous venons d'énumérer, n'était inexorable; pas une faute, pas un mal n'était irréparable, et Saint-Domingue serait encore une terre française, si la métropole n'avait eu à soutenir une lutte gigantesque qui n'exigea pas moins, pour prendre fin, que les persévérants et coûteux efforts de l'Europe coalisée.
Départ de l'évéque Mauviel ; son retour en France.
Des ordres arbitraires, un grand nombre de fonctionnaires mis en place et ensuite destitués, des commissions provisoires de justice cassées et remplacées par d'autres commissions provisoires, plusieurs personnes frappées par des arrêtés de déportation, d'autres adroitement éloignées par des désagréments suscités à propos ; telles furent les causes principales du malaise qui s'introduisit peu à peu entre les différents pouvoirs établis à Santo- Domingo et devint bientôt irrémédiable. Choisi souvent pour arbitre entre les partis adverses, l'évêque eut plus d'une fois la satisfaction de les réconcilier. Il aimait à leur citer ce vers de Virgile légèrement modifié :
NoD Iket JDter vos tantas componere lites.
Il devint, à son tour, l'objet des dispositions hostiles du général qui lui lança cette menace : « Je m'aperçois depuis longtemps que ma manière de gouverner ne vous plaît pas ; mais, quand le moment sera venu, je saurai bien vous rappeler à l'ordre tout comme un autre. » Si à cela on ajoute que la colonie se trouvait pour lors réduite à la seule ville de Santo-Domingo ; que le clergé espagnol, dont Guillaume avait combattu énergiquement les pratiques abusives, rentrait en grâce auprès de Ferrand et que l'évêque était contrecarré par celni-là même qui avait mission de lui prêter aide dans l'intérêt de la France ; enfin, que des désordres qu'il est d'usage de tenir secrets dans la bonne compagnie, s'étalaient impudemment sous les yeux du prélat, on comprendra que Guillaume Mauviel ait pris le parti de réclamer son
passe-port. Il lui fat d'abord refusé^ pais accordé sur de nouvelles instances. C'était la première fois que Mauviel se trouvait en désaccord avec un officier français. On connaît déjà Testime que lui avaient témoignée le général Leclerc et le contre-amiral Magon. Kerverseau et Desfourneaux ne le traitèrent pas avec moins de sympathie. Le premier de ces généraux lui écrivait de son camp pour le remercier du zèle avec lequel il défendait la cause française auprès des Espagnols :
« Votre belle pastorale, mon cher et respectable » évèque, produit le meilleur eSet. Un grand nombre » de défenseurs de la patrie, naguère égarés par 1^ » malveillance, s'empressent aujourd'hui de rejoindre » nos drapeaux. Je souhaite qu'ils soient longtemps » animés des sentiments patriotiques que vous avez su )) leur inspirer et que vous exprimez d'une manière si » touchante. Je vous remercie tout à la fois de l'exem- » plaire que vous m'avez envoyé et des efifets salutaires » qui doivent être le résultat d'un zèle aussi pieux » qu'éclairé.
» J'ai l'honneur de vous saluer.
» ReBV£RS£ÂU. »
De son côté, le vainqueur de Plaisance lui écrivait, en quittant Saint-Domingue :
« Je vous fais mes adieux, digne et respectable » évêque. Je n'oublierai jamais les bons conseils et les » preuves d'intérêt que vous m'avez si souvent donnés. )) J'aime à reconnaître que si j'emporte l'affection des n habitants, c'est à vous surtout que j'en suis redevable. )> Continuez à faire le bien tant que vous le pourrez ; je » contribuerai du moins par mes vœux à celui que je
» De pourrai plus opérer moi-même de concert avec