S ANECDOTES
prouve de plaisir à vous voir et à vous entendre? vous vous lèverez un peu plus matin , voilà tout.
— En effet, je dors beaucoup ! lui répondit un jour Bourrienne , auquel il persuadait d'apprendre le rôle de Sganarelle du Médecin malgré lui.
— Allons, mon cher, reprit le consul, faites cela pour moi ; vous me faites rire de si bon cœur que vous tie voudriez pas me priver de ce plaisir, d'autant moins que vous savez que je ne m'amuse pas souvent. »
Et Bourrienne étudia le rôle , qu'il joua parfaitement. (BoURRlÈNNE, Mémoires.)
Le luxe de contrebande.
Joséphine, choquée du luxe ridicule d'une femme de haute noblesse qui était parvenue à se faire recevoir à la cour consulaire, disaità son mari : « Conçois-tu, Bonaparte, cette Mme de X.... qui se donne des airs d'avoir deux chasseurs derrière sa voiture? —Ce ne sont pas des chasseurs, répliqua le premier consul ; ce sont des braconniers. » (Mme Marco de Saint Hilaire, première femme de l'impératrice Joséphine, Mémoires inédits,)
Économie mal entendue.
Je crois, dit-il, qu'il est bon ; Mais le moindre ducaton....
Les artistes de TAcadémie impériale de musique ayant paru dans une fête donnée par l'Empereur à Rambouillet, le ministre de l'intérieur, alors M. de Champagny, reçut l'ordre de faire à chacun d'eux un cadeau proportionné à leur talent. Ce dernier, sans doute pour ne pas grever son budget, leur envoya des livres magnifiquement reliés qu'il avait sous la maiti. Ce présent, comme on doit le penser, n'était pas de nature à flatter les danseuses. A quelque temps de là. Napoléon voulant donner à Fontainebleau une seconde fête en tout semblable à celle de Ranibouillet, demande à son ministre ce qu'il a envoyé précédemment aux artistes de l'Opéra pour leur marquer sa satisfaction ;
« Sire, lui répond M. de Champagny, je leur ai fait remettre des livres. — Comment des livres?.. . exclama l'Empereur avec étonnement; des livres îournoisj sans doute? ajouta-t-il en souriant — Non, sire; des ouvrages de littérature, tous dorés sur tranche et reliés en maroquin. — Monsieur le ministre, lui dit Napoléon d'un ton sérieux, celte fois j'entends que ces dames de l'Opéra soient payées en
francs et non pas en livres. » (Le baron Bignon, Histoire de la Francs sous le règne de Napoléon.)
Le serment de fidélité.
M. de Talleyrand étant dans la salle du Trône, aux Tuileries , un jour que quelques dames du palais de l'Impératrice, nouvellement nommées, attendaient le moment où elles devaient prêter serment entre les mains de l'Empereur, remarqua parmi elles la jolie Mme de Marmier, fille du duc de Choiseul, parce que sa robe paraissait beaucoup plus courte que celles des autres dames; mais, comme ses pieds étaient charmants, on oublia ce défaut d'étiquette. Quelqu'un avisant le grand chambellan dans sa contemplation de Mme de Marmier, lui demanda ce qu'il pensait de cette dame. Celui-ci répondit, avec cette parole douce et lente qui lui était habituelle : « Mais je pense que cette jeune dame a des jupons bien courts pour prêter un serment de fidélité. » (Mme Marco de Saint-Hilaire, Mémoires inédits.)
Réminiscence d'opéra-comique.
Ce fut dans un des bassins qu'on était en train de construire pour les travaux du camp de Boulogne,
qu'un matin, un jeune soldat de la garde impériale, enfoncé dans la vase jusqu'aux genoux, tirait de toutes sesforces, sanspouvoir parvenir à la dégager, une brouette encore plus embourbée que lui. Tout couvert de sueur, et ayant de l'eau jusqu'à mijambes, il jurait et pestait comme un véritable charretier embourbé. Le hasard lui faisant lever les yeux, il aperçoit, à quelques pas de lui, TEmpereur suivi de Berthier, qui visitait les travaux. Il se met alors à chanter, d'un ton sentimental , ce refrain de l'ariette d'un opéra-comique alors très en vogue :
Vous qui protégez les amours, Venez, venez à mon secours !
A ces paroles, plus encore qu'à la mine du travailleur, Napoléon ne peut s'empêcher de rire. Il fait signe au soldat de venir à lui. « Tu es dans ma garde, à ce que je vois, lui dit-il; dans quel régiment? — Sire, dans les grenadiers à pied; je suis vélite. — Et depuis quand? — Depuis que vous êtes empereur, sire. — Alors il n' y a pas longtemps, ... Il y a môme trop peu de temps, n'est-ce pas , pour que je te fasse sous-officier; mais conduis-toi bien, d'ici à un an je te ferai nommer sergent; après cela, si tu veux l'épaulette , alors ce sera sur le plus prochain champ de bataille. Es-tu content? — Oui, sire, très-content. — Berthier, continua l'Empereur en s'adressant au major général, prenez le nom de ce jeune homme; vous lui ferez donner cent francs
pour faire nettoyer son pantalon. » Puis^ ne retournant du côté de son protégé , il ajouta : « Allons , adieu, et tAche de retirer ta brouette de ce cloaque, car cela ne me regarde pas< » (Constant, Mémoires.)
Le congé inutile.
L'Empereur avait annoncé à l'armée de Boulogne, dans un ordre du jour^ qu'il ne serait accordé aucun congé. Cependant, à une des revues qu'il passait fréquemment le matin , un artilleur sort des rangs et lui remet un placet dans lequel il sollicite une permission de quatre jours pour aller voir sa mère , dangereusement malade, lui a-t-on écrit, qui de^^ meure à une vingtaine de lieues de son cantonnement. «Tu dois connaître mon ordre du jour? lui dit Napoléon , après avoir pris connaissance de la missive, je suis donc forcé de te refuser cette permission; mais, dis-moi, où demeure ta mère? — A X..., sire, répond l'artilleur. — Eh bien ! dans deux jours tu auras de ses nouvelles. »
Après la revue , Napoléon charge M. Maret (plus tard le duc deBassano) d'envoyer par un courrier, au sous-préfet de l'arrondissement dans lequel est domiciliée la mère du soldat, Tordre d'aller lui-même la visiter, de juger de l'état de sa santé, de pourvoir largement à ses besoins, si elle n'est pas heureuse,
et enfin de lui rendre compte immédiatement, par le retour du même courrier, de ce qu'il aura vu et fait.
Le surlendeitiain , à la revue , Napoléon fait ap^ peler l'artilleur et lui donne à lire le rapport du sotis-préfét, dans lequel ce fonctionnaire annonce à Sa Majesté : ^ Que la femme de X.... ya beaucoup mieux; que le médecin qui lui a donné ses soins, et qu'il a interrogé, lui a certifié qu'avant huit jours la malade serait sur pied , et que, pour remplir les généreuses intentions de Sa Majesté, il a laissé à la convalescente une somme de trois cents francs. »
Le soldât s'empressa d'annoncer à ses camarades, qui l'avaient plaisanté sur la confiance qu'il manifestait dans la réussite de sa démarche, qu'elle s'était réalisée au delà de ses espérances ; il allait entrer dans quelques détails, lorsqu'il fut interrompu par un cri étourdissant de : Vive V Empereur ! sorti de toutes les bouches des assistants. (LecomteMARET.)
L'argument ad hominem,
L'Empereur ne passait pas de revues qu'il ne lui fût présenté de nombreuses pétitions. M. Maret lui fit observer que, dans le nombre des demandes qui lui étaient adressées, il y en avait quelques-unes auxquelles il était urgent de répondre immédiatement : « Cette manière de procéder, ajouta le futur
duc de Bassano, produira un excellent effet sur l'esprit de Tarmée. — Sans doute , répondit Napoléon, mais Id tâche sera difBcile. — J'y suffirai avec Taide de mon frère le conseiller d'État, qui est en ce moment à Boulogne, si Votre Majesté veut me permettre de me l'adjoindre. — Très-bien, faites! • avait répliqué l'Empereur.
En effet, au retour de la revue suivante, Napoléon revint à sa baraque , accompagné d'un de ses aides de camp , qui avait mis dans son mouchoir de poche, faute de mieux, le monceau de pétitions qui lui avaient été présentées. Celui-ci les ayant déposées sur un canapé , Napoléon avisa Tune d'elle qui lui parutplus volumineuse que les autres ; l'ayant prise et pesée dans sa main, elle lui sembla trop lourde pour ne contenir qu'une feuille de papier; il l'ouvre, jette les yeux dessus, et dit après l'avoir parcourue : « En voilà une qui est toute française I A la bonne heure, celui-là va droit au but! »
Cette supplique était celle d'un officier qui exposait à l'Empereur : « Qu'il avait fait, comme lieutenant , la campagne d'Egypte, et que sa position était restée la même depuis , quoiqu'il eût continué de bien servir; que l'infériorité de son grade était le seul obstacle qui s'opposât à son mariage avec une jeune personne charmante, bien élevée et riche, qu'il aimait éperdûment, et dont il était aimé de même; et, en définitive, pour mettre Sa Majesté plus à même d'apprécier le vif chagrin qu'il devait
ressentir d'un tel état de choses , il prenait la respectueuse liberté de mettre sous ses yeux le portrait de sa prétendue. »
Après avoir regardé le portrait : « La réclamation de cet officier est fondée, dit Napoléon. Déjà lieutenant avant Texpédition d'Egypte, il aurait dû passer capitaine à telle époque, et chef de bataillon à telle autre. Maret, fit-il en s'adressant à son ministre de la secrétairerie de l'État, qui était présent, écrivez au ministre de la guerre de faire arriver, dans le plus bref délai possible cet officier au grade de commandant, avec un rappel de solde en rapport avec chaque grade, époque par époque. » (Ibid.)
Avancement improvisé.
A la dernière des revues que Napoléon passa à la fin de janvier 1814, tout en distribuant ses regards à cette masse de braves qui, sans le savoir, contemplaient leur Empereur pour la dernière fois, Napoléon remarque, dans un régimentde ligne, un soldat qui, vieux déjà, ne porte cependant que les insignes de sergent. Ce sous-officier a de grands yeux, qui brillent cbmmedeux flambeaux sur un visage bronzé par vingt campagnes ; une paire de moustaches qui grisonnent cache la moitié de sa figure et la rend encore plus bizarre. L'Empereur lui fait signe de
sortir des rangs et de venir à lui. A cet ordre, le cœur du vieux brave, si ferme, si intrépide, ressent une émotion qui, jusqu'à ce jour lui est restée inconnue. Une vive rougeur couvre ses joues. «Je t'ai déjà vu quelque part, lui dit Napoléon avec intérêt, mais il y a longtemps : comment t'appelles-tu ? — Noël, sire.— Je connais plusieurs Noël, mais ce n'est pas toi : ton pays? — Enfant de Paris.— Est-ce que tu n'étais pas en Italie avec moi ? — Oui, sire, au pont d'Arcole, vous, savez.... — C'est juste, interrompit l'Empereur, je te reconnais maintenant; et* tu es devenu sergent ?... — A Marengo, sire. —Mais depuis?... — Depuis, répète Noël, en baissant les yeux, depuis, rien, sire. — Tu n'as donc pas voulu entrer dans la garde ? — Au contraire, c'était la seule chose que je désirais ; car j'étais à Auterlitz, à Wagram, enfin à toutes les grandes batailles, mais....
— Eh bien? — Eh bien ! rien du tout, et voilà....
— Cela ne me surprend pas, fit Napoléon en fronçant légèrement le sourcil; as-tu déjà été proposé pour la croix ?— Toutes les foi$, sire.^Nous allons voir ça tout à l'heure ; retourne à top rang. »
Napoléon s'approcha alors du colonel, et s'entretint avec lui à voix basse pendant quelques minutes. Des regards lancés de temps à autre sur Noël faisaient présumer qu'il était l'objet de cette couver^sation. En effet, Noël est un de ces précieux soldats vaillants et calmes, esclaves du devoir et de la discipline, dévoués, désintéressés, comme l'Em-
pereur les aime. H s'est distingué dans maintes affaires; mais sa modestie, on pourrait dire sa timidité, ne lui a pas permis de solliciter Tavaneement , auquel il a le droit depuis longtemps; il n'est même pas décoré I Napoléon a deviné qu'on s'est rendu coupable envers Noël d'une grande injustice. C'est donc à lui de la réparer d'une manière éclatante. Il rappelle le sous-officier. « Tiens î lui dit-il, il y a longtempsque tu l'as méritée, car depuis longtemps ' tu es un brave. » Et l'Empereur attache lui-même aussi, sur la poitrine du vieux soldat, à l'aide d'une épingle d'or, la croix qu'il vient de détacher de la sienne.
A un signal du colonel, les tambours battent un ban; le plus grand silence règne sur toute la ligne, et le colonel, présentant au régiment le nouveau chevalier de la Légion d'honneur, s'écrie d'une voix forte : « Soldats! au nom de l'Empereur, reconnaissez le sergent Noël comme sous-lieutenant dans votre régiment ! » Aussitôt le front de bataille présente les armes, le drapeau s'incline, la musique fait entendre une fanfare.
Noël, dont le cœur est vivement ému, croit rêver; il regarde l'Empereur, il voudrait se jeter à ses genoux; mais la physionomie impassible de Napoléon, qui semble bien plutôt reodne justice qu'accorder une grâce, le retient; sans faire semblant de remarquer les sentiments divers qui agitent le vieux soldat, Napoléon fait un signe d'intelligence au co-
lonel, qui, agitant son épée au-dessus de sa tète, pour faire battre les tambours, reprend de sa voix puissante : « Soldats 1 au nom de l'Empereur » reconnaissez le sous-lieutenant Noël comme lieutenant dans votre régiment ! »
Ce nouveau coup de tonnerre manque de renverser le Parisien. Ses jambes le soutiennent à peine; ses yeux qui, depuis vingt ans, n'ont pleuré qu'une fois, en apprenant la mort de sa mère, se mouillent, sa vue s'obscurcit, ses lèvres s'agitent sans pouvoir exprimer une parole distincte. Enfin, après un troisième roulement du tambour, il entend son colonel s'écrier encore : » Soldats ! au nom de l'Empereur, reconnaissez le lieutenant Noël comme capitaine dans votre régiment I »
Napoléon imprima alors à son cheval un léger mouvement, et, suivi de son brillant état-msgor, continua sa revue, après avoir jeté un regard firoid sur le pauvre Noël qui, la figure pâle, les lèvres décolorées, avait fermé les yeux en tombant dans les bras dé son colonel comme frappé de mort subite. {Souvenirs intimes du temps de l'Empire.)
Le mémoire acquitté.
Avant de quitter Boulogne, à la fin de septembre 1805, pour commencer la glorieuse campagne d'Au-
triche, Napoléon I" donna des ordres à son grand maréchal pour que toutes les fournitures faites au camp pour son compte personnel fussent, payées. Parmi lesdébiteurs se trouvait Tingénieur Saustris, qui avait été chargé de construire et de décorer la baraque impériale. Ce chapitre de décorations s'élevait dans le mémoire qu'il remit au grand maréchal, à une somme ronde de trente mille francs. Duroc fut effrayé de ce chiffre, et n'osa prendre sur lui de payer cette dépense sans en avoir préalablement parlé à l'Empereur, quoique l'ingénieur lui donnât l'assurance qu'aucun des articles indiqués sur sa note n'avait été exagéré,- attendu qu'il n'avait fait que suivre les instructions données par Tarchitecte ; il ajouta môme qu'il avait longtemps débattu les prix avec les artistes chargés des travaux. « Vous vous en expliquerez avec Sa Majesté, lui avait répondu le grand maréchal ; quant à moi, je ne puis décider de rien. »
En effet, le lendemain, à sept heures du matin, un valet de pied vint prévenir Tingénieur que Sa Majesté l'attendait. M. Saustris arrive à la baraque impériale ; il est aussitôt introduit par l'aide de camp de service dans la salle du conseil, où il voit Napoléon, occuipè, non h éplucher son mémoire mais à suivre des yeux, sur une immense carte d'Allemagne étalée sur la table, les opérations dé la campagne dont il avait arrêté le plan quelques jours auparavant. «Ah I c'est vous, monsieur l'ingénieur, fit Napoléon en se re-
dressant, car il était presque couché sur cette carte j quelle idée avez-vous eue de dépenser tant d'argent pour arranger une simple baraque? — Sire, je n'ai fait que suivre, pour cette décoration, les instructions de l'architecte de Votre Majesté. — Comment! trente mille francs pour ces brimborions-là ! J'en suis fâché, monsieur; mais c'est trop cher, ajoutaNa-^ poléon en se penchant de nouveau sur sa carte ; me prend- il pour un grand seigneur d'autrefois, M. l'architecte î Trente mille francs ! répéta-t-il encore en suivant du doigt l'itinéraire qu'il avait tracé... • Je passe la Yii^ule àVarsovie.... si les Russes viennent à moi, je les écrase*. .. un tas de petites fanfreluches dorées I . . . Avant qu'ils aient eu le temps de repasser le Danubd,jl n'y aura plus d'armée russe ! S'ils osent m'attendre, je fais main basse sur eux entre Augsbourget Ulm....les architectes sontla ruine des empires.... et ce vieux maréchal Mark qui s'en mêle aussi! il verra celui-là.... jamais il ne m'arriverade payer aussi cher des colifichets inutiles, — Sire, ditr l'ingénieur, le nuage d'azur qui forme le plafond de cette salle et qui entoure l'étoile tutélaire de Votre Majesté a coûté huit mille francs, il est vrai ; mais si j'avais mieux consulté les convenances, l'aigle impériale, qui va de nouveau foudroyer les ennemis de la France, sire, eût étendu ses ailes sur un nuage d'or parsemé d'étoilesd argent.— Eh! eh ! fit l'Empereur en riant, c'est très-flatteur ce que vous me dites là, monsieur l'ingénieur. J'accepte volontiers
cet augure, mais je ne vous payerai point, du moins quant à présent ; je payerai ce compte, sans en rabattre un sou, avec les ducats d'or de l'empereur d'Autriche et les roubles d'argent de son frère de Russie : voyez si vous voulez attendre jusque-là. »
L'ingénieur s'inclina respectueusement et répondit : « Sire, j'accepte d'autant mieux la proposition que Votre Majesté daigne me faire, que c'est commô si j 'avais cet argent dans ma poche ; seulement, j'attendrai un peu. — Oh I pas si longtemps que vous pourriez le penser. Ainsi, est-ce convenu, monsieur l'ingénieur ? après la campagne ? »
Et d'un geste bienveillant ayant congédié M. Saustris, Napoléon dirigea toute son attention sur la carte restée étalée devant ses yeux.
Deux mois plus tard, M. Saustris, qui avait fait la campagne d'Autriche en qualité d'ingénieur des communications militaires, était mandé au quartier général de l'Empereur, établi à Brtinn : c'était le surlendemain de labataille d'Austerlitz. « Monsieur l'ingénieur, lui dit Napoléon, je suis enchanté de vous voir ici : vous aviez bien deviné, lorsque nous étions encore à Boulogne. Or, comme un honnête homme n'a que sa parole, et qu'un souverain doit être le plus honnête homme de son royaume, les trente mille francs qui vous sont dus pour ma baraque de là-bas vont vous être payés. »
Et, sur un signe de l'Empereur, le grand maréchal alla prendre dans une espèce de coQre en bois
d'ébène, garni de coins en cuivre, des rouleaux qu'il posa sur le bureau devant lequel Napoléon était assis. «Trente! fit l'Empereur ; c'est bien cela. » Il brisa un des rouleaux, et des ducats d'or tombèrent çà et là ; ilen brisa un autre, et cette fois ce furent des roubles d'argent qui roulèrent sur le tapis. «Voyez, dit l'Enàpereur en souriant, si le compte y est. »
Comme M. Saustris se retirait, l'Empereur lui dit en lui rendant son salut : « Ce n'est pas moi que vous devriez remercier, monsieur l'ingénieur, c'est l'empereur d'Autriche et l'empereur de Russie. »
Un vieux de la vieille.
Un matin que Napoléon et Alexandre, alors réunis à Erfurt, étaient allés- faire une promenade dans l'intérieur du parc; en rentrant au palais, Napoléon, qui avait passé familièrement son bras sous celui d'Alexandre, s'arrête devant le grenadier de sa garde qui, posé en faction au pied du grand escalier, leur présente les armes. Napoléon regarde un moment ce soldat en secouant la tête avec orgueil, et fait remarquer au czar son visage orné d'une cicatrice qui part du front et descend jusqu'au milieu de la joue :
« Que pensez-vous, mon frère, lui dit-il alors, de soldats qui survivent à de pareilles blessures î
— Et VOUS, mon frère, répond Alexandre, . que pensez-vous des soldats qui les font?
— Ils sont morts, ceux-là !... » murmura le factionnaire d'une voix grave, mais sans rien perdre de son immobilité.
Cependant, Alexandre, que la réponse de ce factionnaire avait un moment embarrassé, dit à Napoléon :
« Mon frère, ici comme ailleurs, la victoire vous reste.
— Mon frère, c'est qu'ici comme ailleurs mes grenadiers ont donné, » dit encore Napoléon.
Et, en s'éloignant, il fit un geste de remerciment au vieux soldat, qui ne détourna même pas les yeux.
La vieille garde et l'école de Saint-Cyr.
C'était à une des grandes revues de lagarJe que Napoléon passait habituellement le premier dimanche de chaque mois, après la messe, dans la cour des Tuileries. Cette fois, il y avait appelé les élèves de l'École militaire de Saint-Cyr, arrivés le matin tout exprès. Parmi ces jeunes gens, il distingua un sergent, âgé tout au plus de dix-sept à dixhuit ans, mais d'une tenue remarquable, Qt qui avait l'air singulièrement déterminé. Napoléon, qui ai-
mait à épier Tavenir de ses officiers, fait sortir des rangs le jeune homme, l'interroge un instant, puis lui ordonne de commander les évolutions et de faire exécuter le maniement d'armes au premier régiment de grenadiers de la garde qui se trouve rangé en bataille devant lui.
Il faut ici rappeler que TÉcole de Saint-Cyr a été de tout temps renommée pour Tadmirable précision de ses manœuvres,tandisque la vieille garde, plus occupée du souvenir de se;5 conquêtes que de ceux de Técole de peloton, n'y mettait plus la même prétention..
Cependant le sergent se place à vingt pas en avant du centre de ce régiment, qui n'est entièrement composé que de vieilles moustaches, et commande d'une voix qui ne trahit aucune émotion :
«Attention!... portez.... armes !... »
Le mouvement s'exécute, mais mollement et sans ensemble.
« Ce n'est pas cela, s'écrie le jeune homme avec mécontentement ; nous allons recommencer. »
L'Empereur sourit ; quelques vieux grognards trouvent la chose drôle : l'élève de Saint-Cyr reprend :
« Attention 1 présentez.... armes! »
Nouveau mouvement, nouveau manque d'ensemble dft la part du régiment.
« Corbleu! ce n'est pas ça, vous dis-je ! »
Et le sergent, s'éloignant encore de la ligne pour mieux la parcourir des yeux :
a Tenez, leur dit-il, voilà comme cela s'exécute : une, deux et vivement ! »
Et ce mouvement est au même instant exécuté par Jui d'une manière parfaite .
L'Empereur rit tout haut ; mais quelques grenadiers froncent le sourcil ; un troisième commandement arrive.
« Attention, cette fois I croisez.... ette! »
On obéit encore, mais aussi imparfaitement que les deux premières fois.
« Mais ce n'est pas cela du tout, s'écrie l'élève de l'école en frappant la terre de la crosse de son fusil, vous n'y entendez rien, vous manœuvrez comme des ganaches LA ce mot de ganaches, d'un bout k l'autre de la ligne un sourd murmure éclate, Tépithète de blanc-bec sort même de la bouche de quelques vieux sous-officiers. L'Empereur a compris, il s'avance.... tout se tait. Il s'approche du sergent, se place entre le régiment de la garde et les élèves de Saint-Gyr qui lui font face, et commande lui-même l'exercice à ces derniers.
L'école, stimulée par ce qui vient de se passer, moins peut-être que par la voix puissante de Napoléon, exécute avec une précision unique et un admirable ensemble tous les mouvements qui lui sont commandés, et lorsque l'Empereur juge que l'humeur de ses anciens^ comme il les qualifiait quelque-
fois, a eu le temps de se calmer, il se retourne et leur dit en souriant et en leur montrant les élèves de Saint-Cyr :
« Allons, mes enfants, il faut avouer que ce n'est pas mal 1 »
Puis, s'avançant vers le jeune sergent, il ajoute d'un ton grave et de façon à être entendu de tout le monde :
« Et cependant, monsieur, nous faisions encore mieux que cela quand nous étions jeunes ! »
Ces mots réparèrent tout, et le cri de : Vive l'Empereur I retentit d'une extrémité de la ligne à l'autre.
L'aigle perdue et retrouvée.
Arrivé devant le front d'un bataillon qui avait fléchi un moment sous l'effort d'une division de cavalerie de la garde impériale russe, le visage de l'Empereur se rembrunit, et faisant reculer son cheval de quelques pas, tout en parcourant la ligne d'un regard irrité, il s'écria brusquement ; ^ * « Soldats ! qu'est devenue l'aigle que je vous ai donnée ? vous m'aviez fait le serment de la défendre jusqu'à la mort I »
Un léger murmure, suivi bientôt du plus profond silence, répondit seul à cette vive interpellation ; le
commandant de ce bataillon sortit des rangs et s'avança la pointe de Tépée basse :
« Sire, dit- il avec nne sorte d'hésitation, le porte-drapeau a été tué au moment de la première charge, et ce n'est qu'après la seconde que le régiment ayant pu se former en carré, nous nous sommes aperçus de la disparition de notre aigle.
— Et qu'avez-vous fait sans drapeau ? reprend Napoléon d'un Ion sévère.
— Sire, nous sommes allés chercher ceux-ci au milieu dés cuirassiers russes, pour supplier Votre Majesté de naus rendre une aigle en échange. >»
Et deux sous-officiers sortirent des rangs portant chacun un étendard russe sur lequel brillait l'aigle noir à deux têtes. L'Empereur considéra un instant ces deux trophées ; il sembla hésiter, puis il reprit :
« Soldats, me jurez-vous qu'aucun de vous ne s'est aperçu de la perte de son aigle?
— Nous le jurons ! répond le régiment tout d'une voix.
— Me jurez-vous que vous seriez tous morts pour la reprendre si vous l'aviez su ?
— Oui 1 oui !
— Et vous garderez bien à l'avenir celle que je vous donnerai? car, vous le savez, un soldat qui a perdu son drapeau a tout perdu. »
Des acclamations frénétiques répondirent cette fois.
« Eh bien donc, dit l'Empereur en étendant la
main Je consens à recevoir ces drapeaux et à vous rendre votre aigle. Quant à vous, commandant, ajouta-t-il d'un ton moins sévère que la première fois, vous viendrez me trouver après la revue, j'ai à vous parler. »
A peine cette longue inspection était-elle terminée, que ce chef de bataillon était en présence de l'Empereur.
« Monsieur, je suis bien aise de vous voir, lui dit-il en lui rendant son salut et en l'attirant à l'écart; c'est votre bataillon qui a faibli hier?
— Sire, les Russes nous serraient de si près, qu'il nous a été impossible d'exécuter nos feux avec ensemble.
— Toujours des prétextes.... des excuses....
— Sire, ce n'est pas ma faute si je ne suis pas tué! reprit Toflicier avec une sorte d'humeur.
— Ah ! commandant, que me dites-vous là ! vous me comprenez mal. »
. Puis, se rapprochant doucement de l'officier, il avise au collet de son habit une déchirure qui a noirci la couleur tranchante du drap.
« Qu'est-ce que cela? lui demande Napoléon avec intérêt en même temps qu'il fourre le doigt dans cette déchirure ; voilà une boutonnière qui n'est plus d'ordonnance aujourd'hui, ajoute-t-il.
— Je ne sais, répond le commandant d'un ton d'indifférence; c'est peut-être un trou....
— Et cette épaulette, continua Napoléon toujours
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du même ton; voyez dans quel état elle estl II vous en faut une autre, monsieur.... »
En efifet, la moitié deTépaulette avait été enlevée par un biscaïen ; il n'en restait que la torsade, à laquelle pendaient encore quelquesgraines d'épinards froissées.
« Sire, peut-être est-ce une balle, répond l'officier sans avoir l'air d'attacher d'autre importance à ces preuves irrécusables de son courage.
— Oui, une balle qui a fait un trou : c'est cela.... Un moment, monsieur 1 vous êtes bien pressé, fit l'Empereur, j'ai encore quelque chose à vous dire. » Et fourrant de nouveau son doigt dans la déchirure du collet qu'il élargit encore davantage, il continue : « Ce soir, monsieur le»ma/or, après aîvoir assisté à l'appel et avoir fait l'inspection de vos hommes, vous irez trouver le major' général de ma part, et vous lui direz de vous donner une rosette pour boucher ce trou-là. » Et Napoléon voyant que celui-ci s'attendrissait, se hâta d'ajouter : « Allons, soyons calme !... Allez, et faites eii sorte de ne pas vous faire tuer comme vous aviez l'air de m'en faire la menace, à moi qui vous aime et vous apprécie mieux que personne. »
Et après lui avoir légèrement tiré la moustache, il lui tourna le dos, sans doute pour éviter, comme il avait coutume de dire, une scène de sensiblerie, et rejoignit le groupe des officiers généraux au milieu duquel il s'entretenait auparavant.
Napoléon à l'hôpital du Gros-Caillou.
Un matin, c'était enlSlO, après son mariage avec Marie -Louise, Napoléon se rend à l'hôpital du Gros- Caillou. Il va et vient dans les salles, et s'arrêtant devant le lit d'un sapeur de ses grenadiers à pied, il l'interroge. Celui-ci lui répond.... Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de transcrire ici le dialogue qui s'établit, et que le baron Larrey, témoin oculaire et auriculaire, nous a raconté maintes fois et toujours mot pour mot. Cette conversation entre l'Empereur et le vieux soldat est caractéristique en ce qu'elle montre, d'un côté, jusqu'où pouvait aller la sollicitude de Napoléon pour ses grognards, et, de l'autre, jusqu'à quel point ces derniers poussaient l'abnégation, le mépris de la vie et le dévouement à sa personne. Il faut dire aussi que l'Empereur avait affaire cette fois à un de ces hommes doués d'un esprit naturel et original, et qui ne dissimulent jamais leur pensée, même en la communiquant à leur souverain :
« Pourquoi te vois-je ici ? lui demanda-t-il ; estce qu'un sapeur -de ma garde devrait jamais être malade ?
— C'est vrai, mon Empereur, reçartit celui-ci : aussi j'ai le cœur bon, l'œil excellent et l'appétit
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solide ; mais c'est la blessure que j'ai au pred gauche qui me fait souffrir comme un damné. Le gros major, ajouta-t-il en désignant Larrey, veut me couper la jambe, et moi je ne le veux pas.
— Et pour quelle raison ? fit Napoléon. Aurais-tu peur d'une douleur qui ne dure que deux minutes tout au plus, toi qui dans ta vie as vu la mort plus de dix fois face à face ?
— Moi I peur? allons donc, mon Empereur, nous ne connaissons pas cette maladie-là, nous autres ; mais si je troque ma jambe de chair contre une jambe de bois, je ne pourrai plus servir ; alors j'aime autant descendre la garde tout d'une pièce que de risquer de me faire enterrer en détail.
— Et où as-tu reçu cette blessure? demanda Napoléon.
— A Eylau, sire ;mais éLWagram il m'est arrivé à la même jambe un éclat d'obus, et c'est ça qui a tout gâté. Vous concevez que cette seconde blessure a fait tort à la première.
— Es-tu décoré ? »
A ces mots le sapeur ramena la couverture de son lit sur sa barbe grisonnante, et répondit avec un indéfinissable accent de regret :
« Non, mon Empereur.
— - Pourquoi cela ?
— Ah! pourquoi?... par le motif que, lorsque vous faisiez les distributions, j'étais à l'ambulance, et que, n'étant pas présent sous les armes....
— C'est justement le tort que tu aseu« interrompit Napoléon.
— Parbleu I j'en ai eu bien d'autres, répliqua gaiement le sapeut* ; j'ai eu celui d'être porté deux fois sur la liste des morts....
— C'est peut-être parce qu'on t'a tué deux fois, répliqua l'Empereur sur le même ton, qae tu te portes si bien aujourd'hui.
— Je ne le crois pas, répondit naïveinent le sa-* peur, car il est sûr que ça va mal.
— Et moi je te dis que ça va bien ; je m'y connais mieux que toi, je suppose ?
— Si c'est votre volonté, mon Empereur, je ne vais pas à rencontre.
—Et si je te donnais la croix pour te le prouver?» Ici le vieux soldat joignit les mains en disant
d'un ton ému ; « Oh ! mon Empereur, bien sûr que la décoration
me guérirait totalement.
— Et bien ! je te la donne. Es-tu content ? »
Le sapeur fit un bond dans son lit et découvrit sa barbe, sur laquelle tombèrent deux grosses larmes, en disant :
« Ohl mon Empereur, je le suis I
— Mais c'est à la condition, poursuivit Napoléon, que tu te laisseras couper la jambe.
— Tout ce que vous voudrez, mon Empereur : la tête si vous voulez.... Cependant je ne pourrai plus rentrer au corps.
^- Ne t'inquiète de rien ; tu sais bien que je ne me sépare pas volontiers de vous autres. Je te donnerai un emploi où tu ne cesseras pas de m'étre utile. »
Le sapeur se laissa couper la jambe, et, une fois en état de marcher, il fut placé par Napoléon au château de Rambouillet, en qualité de gardien à Tune des petites grilles qui ouvrent sur la route d'Ëpernon : c'est là que nous l'avons vu en 1814.
Souper impromptu.
Au retour de leur voyage en Italie, Napoléon et Joséphine tombèrent à Fontainebleau véritablement comme une bombe, -pour parler vulgairement, c'est-à-dire qulls y arrivèrent le soir très-tard, et sans y être attendus. Personne pour les recevoir dans cette résidence impériale. Point de lits préparés, rien pour souper.
Le concierge de ce palais était un ancien cuisinier du général Bonaparte nommé Gaillot, qui l'avait suivi dans sa campagne d'Egypte. Au retour, Gaillot étant trop âgé pour continuer son service dans les cuisines du premier consul, Napoléon, à son avènement à l'empire l'avait nommé concierge de Fontainebleau.
« Allons ! mon brave, [lui dit l'Empereur, il faut
reprendre ton ancien métier et nous faire à souper. » Gaillot avait heureusement dans son gardemanger des côtelettes de mouton et des œufs ; il se mit à Touvrage, et en peu de temps il put servir à LL. MM. un souper impromptu se composant de quatre plats de côtelettes qui ne se ressemblaient pas quant à la manière dont ils étaient préparés, et de quatre plats d'œufs auxquels il avait fait subir toutes les métamorphoses désirables.
Tandis que Napoléon était encore à table, il fit appeler ce brave homme pour lequel il avait toujours conservé un bon souvenir, et se mit à causer avec lui du temps où ils étaient ensemble en Egypte. L'Empereur n'était jamais aussi gai que lorsqu'il se trouvait dans le cas de se rappeler quelques souvenirs rétrospectifs ; puis le risque qu'il avait couru de se coucher sans souper n'avait pas peu contribué à augmenter sa bonne humeur.
Pendant le souper de LL. MM., on prépara leur coucher dans les petits appartements du palais. Le concierge était comme nous l'avons dit, un ancien serviteur du premier consul, et sa femme une ancienne femme de chambre de Mme Bonaparte.
Celle-ci fut obligée de prêter son linge à Joséphine. Tout dormait dans le palais lorsque les voitures des personnes de la suite de LL. MM. se succédèrent les unes aux autres. On s'attendait à repartir immédiatement pour Saint-Cloud; mais il n'en fut rien, l'Empereur ayant jugé à propos de ne pas faire
connaître son retour avant d'être informé de ce qui s'était passé à Paris peadant son absence, et par conséquent d'avoir vu les -ministres, qui furent mandés, à cet effet, dès le lendemain matin.
(Mme Marco de Saint-Hilaire, Mémoires ihédits,)
• Deux cases dans la tête.
L'Empereur venait, en 1805, de décider la réunion de la Ligurie à la France ; c'était à l'époque de son couronnement, à Milan. Il m'appela auprès de lui pour préparer l'organisation financière de ce pays; mais sachant que je n'avais aucune habitude des voyages, et voulant diminuer pour moi la fatigua de celui qu'il m'imposait, il me traça dans sa lettre, mes jours de marche et mes points de repos, comme un père aurait pu le faire à son fils.
Arrivé à Gênes, je me livrai activement à des travaux qui devaient se terminer dans les trois semaines que le nouveau roi d'Italie devait encore passer à Milan. Le lendemain de son arrivée, je me rendis à son palais, où je le trouvai descendant de cheval, couvert de sueur et harassé de fatigue.
« J'aimerais mieux, me dit-il, livrer deux batailles que de recommencer ce que je viens de faire. »
Il était parti à trois heures du matin pour parcourir pendant neuf heures, par un soleil brûlant,
50 ANECÎDOTES
les crêtes des montagnes qui environnent Gènes du côté de la terre, afin d*en visiter toutes les fortifications.
Après un court repos nous nous mîmes au travail. Je lui soumis pendant plusieurs heures, tous les détails de l'organisation que j'avais projetée; et, après qu'il l'eut approuvée, il reçut, à la fin de la matinée, les lettres et les journaux de Paris. Il en prit un pour le lire, j'en pris un autre ; et quand il eut parcouru le sien, il me demanda comment il se faisait que le cours de nos rentes ne fût pas plus élevé : ce cours, autant que je puis me le rappeler, dépassait alors quatre-vingts francs.
€ Sire, répondis-Je, je ne vois pas qu'il y ait à se plaindre du cours actuel des fonds publics que nous avons trouvés au-dessous de dix francs, et qui sont en viager sur la tête de Votre Majesté.
— Ah I çà, mon cher, que voulez-vous dire î
— Je veux dire que l'empire s'est successivement agrandi, et à tel point, qu'il deviendra ingouvernable après Votre Majesté, bien que je reconnaisse que cet agrandissement peut être une nécessité de notre position à l'égard de l'Angleterre.
— Je ferai, répliqua Napoléon, tout ce que je pourrai pour faciliter le gouvernement après moi. Si mon successeur est un imbécile, tant pis pour lui.
— Et pour nous, repris-je, c'est-à-dire pour la France ; et c'est ce qui fait que Votre Majesté ne
me verrait pas si tranquille si je ne savais bien que, d'après Tordre de la nature, je dois mourir avant elle.
— Allons I allons ! me dit TEmpereur eu me pinçant la joue, vous êtes un enfant en comparaison* de moi : venez dtner. »
En m'appelant en Italie, Napoléon m'avait recommandé de ne pas amener un de mes chefs de division sur lequel on lui avait donné de mauvaises Impressions à Turin, où je l'avais envoyé à l'époque de la réunion du Piémont à la France, pour y préparer l'organisation des finances. Cette prévention de sa part m'avait fait beaucoup de peine pour le ' père de famille qui en était l'objet. Je me promis delà combattre dès que j'en trouverais l'occasion. Elle se présenta dans la soirée du jour où nous avions eu, avant de dtner, l'entretien que je viens de rappeler; et, comme je m'exprimais avec quelque chaleur sur les injustes soupçons qu'on lui avait inspirés :
« Là ! là I mon cher, me dit TEmpereur en sou*» riant ; ne mettez pas plus d'importance à ce que ja vous ai écrit que Je n'en ai mis moi-même. Voyeïvous, ajouta-t-il en posant l'index sur son front, j'ai deux cases dans la tète, Tune pour la malice^ l'autre pour Isl justice. Le soupçon dont je vous ai parlé n'est encore que dans la première.
— Fort bien, sire, mais les deux cases sont bien voisines, et je tremble que ce dont il est question
ne passe de l'une dans l'autre sans que Votre Majesté s'en aperçoive.
— Non, non, soyez tranquille; vous m'avez persuadé. »
En effet, Napoléon ne m'en a jamais reparlé, et ce père de famille était encore à sa place à l'époque de la Restauration; ce qui ne l'empêcha pas, dans un ouvrage de littérature qu'il publia après la chute de l'Empereur, de dire beaucoup de mal de lui. Ce qui prouverait que Napoléon n'avait pas toutà fait tort en disant de ce personnage : « Il ne m'aime pas, je le sais. » (Gaudin, Mémoires.)
xxvn
Les Français en Egypte.
L'armée était frappée d'une mélancolie vague que rien ne pouvait surmonter; elle était attaquée du spleen ; plusieurs soldats se jetèrent dans le Nil pour y trouver une mort prom{)te. Tous les jours, après que les bivacs étaient pris, le premier besoin était de se baigner. En sortant du Nil, les soldats commençaient à faire de la politique^ à s'exaspérer, à se lamenter sur la fâcheuse position des choses ; « Que sommes-nous venus faire ici? Le Directoire nous a déportés!... » Quelquefois ils s'apitoyaient sur leur chef, qui bivaquait constamment sur les bords du Nil, était privé de tout comme le dernier
DU TEMPS DE NAPOLÉON 1". b3
soldat ; le dîner de Tétat-major consistait souvent en un plat de lentille?. « C'est de lui qu'on voulait se défaire, disaient-ils; mais, au lieu de nous conduire ici, que ne nous faisait-il un signal ! nous eussions chassé ses ennemis du palais, comme nous avons chassé les Glichiens. » S'étant aperçus que partout où il y avait quelques traces d'antiquités, les savants s'y arrêtaient et faisaient des fouilles, ils supposèrent que c'étaient eux qui, pour chercher des antiquités, avaient conseillé l'expédition. Cela les indisposa contre eux. Ils appelaient les ânes des savants. Caiïarelli était à la tête de cette commission. Ce brave général avait une jambe de bois. lise donnait beaucoup de mouvement. Il parcourait les rangs pour prêcher le soldat. Il ne parlait que de la beauté du pays, des grands résultats de cette conquête. Quelquefois, après l'avoir entendu, les soldats murmuraient; mais la gaieté française reprenait le dessus.^» Pardi, lui dit un jour un grenadier, vous vous moquez de cela, général, vous qui avez un pied en France \ll> Ce mot, répété de bivac en bivac, fit rire tous les camps. Jamais cependant le soldat ne manqua aux membres de la commission des arts, qu'au fond il respectait : et, ce premier mouvement passé, CafFarelli et les savants furent l'objet de leur estime. L'indiystrie française venait aussi à l'dide des circonstances. Les uns broyaient le blé pour se procurer de la fariné ; les autres en faisaient d'abord rôtir le grain dans une
poêle, et, ainsi rôti, le faisaient bouillir, et en obtenaient une nourriture saine et satisfaisante. {Campagnes de Napoléon.)
Le sultan Kébir.
Napoléon, que les habitants de l'Egypte n'appe-* laient que le sultan Kébir (père du feu), s'y était rendu très-populaire. Il avait inspiré un respect spécial pour sa personne; partout où il paraissait, on se levait en sa présence ; on n'avait cette déférence que pour lui seul. Les égards constants qu'il eut pour les cheiks, l'adresse avec laquelle il sut toi gagner, en avaient fait le véritable souverain de l'Egypte, et lui sauvèrent plus d'une fois la vie ; sans leurs révélations, il eût été victime du combat sacré, comme Kléber : celui-ci, au contraire, s'a-» liéna les cheiks en en faisant bâtonner un, et il jpérit. Bertrand se trouva un des juges qui condamnèrent l'assassin, et il nous le faisait observer un jour à dîner; ce qui fit dire à l'Empereur : « Si les Ubellistes qui veulent que ce soit moi qui ai fait périr Kléber le savaient, ils ne manqueraient pas de vous dire l'assassin ou le complice, et concluraient que votre titre de grand maréchal et votre séjour à Sainte-Pélène en ont été la récompense et le châtiment. »
Napoléon causait volontiers avec les gens du pays,
et leur montrait toujours des sentiments de justice qui les frappaient. Revenant de Syrie, une tribu arabe vint au-devant de lui, tout à la fois pour lui faire honneur et vendre ses services de transport. « Le chef était malade, il s'était fait 'remplacer par son fils, de l'âge et de la taille du vôtre que voilà, me disait TEmpereur ; il était sur son dromadaire, marchant à côté du général en chef, le serrant de très-près, et causant avec beaucoup de babil et de familiarité. « Sultan Kébir, lui disç^it-il, j'aurais un « bon conseil à vous donner, à présent que vous « revenez au Caire. — Eh bien! parle, mon ami, « je le suivrai, s'il est bon. • — Voici ce que jefeic rais, si j'étais de vous ; en arrivant au Caire, je «c ferais venir sur la place le plus riche marchand « d'esclaves, et je choisirais pour moi les vingt « plus jolies femmes; je ferais venir ensuite les plus « riches marchands de pierreries, et je me ferais «c donner une bonne part; je ferais de même de « tous les autres ; car à quoi bon régner ou être le « plus fort, si ce n'est pour acquérir des richesses? . « — Mais, mon ami, s'il était plus beau de les « conserver aux autres? » Cette maxime sembla le faire penser, mais non pas le convaincre. Le jeune homme promettait beaucoup, comme on voit, pour un Arabe; il était vif, intrépide, conduisait sa troupe avec ordre et hauteur. Peut-être est-il appelé à choisir un jour dans la place du Caire tout ce qu'il conseillait d'y prendre. »
Une autre fois, des Arabes, avec lesquels on était en inimitié, pénétrèrent dans un village de la frontière, et un malheureux fellah (paysan) fut tué. Le sultan Kébir entra dans une grande colère, et donna Tordre de poursuivre la tribu dans le désert jusqu'à extinction, jurant d'en obtenir vengeance. Cela se passait devant les grands cheiks; l'un d'eux se prit à rire de sa colère et de sa détermination : « Sultan Kébir, lui dit-il, vous jouez là un mauvais jeu; ne vous brouillez pas avec ces gens-là ; ils peuvent vous rendre dix fois plus de mal que vous ne pourriez leur en faire. Et puis pourquoi tant de bruit? parce qu'ils ont tué un misérable ? Est-ce qu'il était votre cousin (expression proverbiale chez eux) ? — Il est bien mieux que cela, reprit vivement Napoléon , tous ceux que je gouverne sont mes enfants ; la puissance ne m'a été donnée que pour garantir leur sûreté. » Tous les cheiks, s'inclinant à ces paroles, dirent : « Oh I c'est beau, tu as parlé comme le Prophète I » (Mémorial.)
Révolte au Caire.
Au soleil levant, les soixante cheiks et imans de la grande mosquée se rendirent au palais. Depuis trois jours ils ne s'étaient pas couchés. Leur contenance' était celle de coupables et d'hommes rongés
d'inquiétudes. Il n'y avait pas cependant de reproches à leur faire. Ils avaient été Mêles, mais n'avaient pas pu lutter contre le torrent de l'opinion populaire. Le chelk Sadah se fit excuser, prétextant son état de maladif. On pouvait ignorer sa mauvaise conduite ; si on paraissait en être instruit, il faudrait lui faire couper la tête. Dans la situation des esprits, cette mort aurait plus d'inconvénients que d'avantages ; son nom été vénéré de tout rOrient; c'eût été en faire un martyr. Le général en chef lui fit dire qu'il n'était pas surpris qu'au milieu d'événements si étranges à son âge, il se trouvât incommodé ; mais qu'il désirait le voir le lendemain, si cela lui était possible. Napoléon accueillit les cheiks comme à l'ordinaire et leur dit: « Je sais que beaucoup de vous ont été faibles^, mais j'aime à croire qu'aucun n'est criminel ; ce que le Prophète condamne surtout, c'est l'ingratitude et la rébellion.... Je ne veux pas qu'il sepasse un seul jour où la ville du Caire soit sans faire les prières d'usage ; la mosquée de Gama-el-Azhar a été prise d'assaut, le sang y a coulé : allez la purifier. Tous les saints livres ont été pris par mes soldats ; mais, pleins de mon esprit, ils me les ont apportés; les voilà, je vous les restitue. Ceux qui sont morts satisfont à ma vengeance. Dites au peuple du Caire que je veux continuer à être clément et miséricordieux pour lui. Il a été l'objet spécial de ma protection , il sait combien je l'ai aimé , qu'il
juge lui-même de sa conduite! Je pardonne à tous; mais dites-leur bien que ce qui arrive et arrivera est depuis longtemps écrit, et qu'il n'est au pouvoir de personne d'arrêter ma marche; ce serait vouloir arrêter le destin!... Tout ce qui arrive et arrivera est dans le livre de la vérité. » Ces vieillards se jetèrent à genoux, baisèrent les livres du Coran ; il y en avait de la plus grande antiquité. Un exemplaire avait appartenu à Hassan, d'autres à Saladin. Ils exprimèrent leur reconnaissance plus par leur contenance que par leur langage. Ils se rendirent à Gama-el-Azhar. La mosquée était remplie d'un peuple transi de peur. Elle fut purifiée. Les cadavres furent ensevelis. Des ablutions et d'autres cérémonies conformes à l'usage précédèrent les prières ordinaires. Le cheik £1 Cherkaoui monta dans la chaire et répéta ce que le sultan Kébir leur avait dit. Le peuple fut rassuré. L'intercession du
Prophète, les bénédictions de Dieu, furent appelées sur ce prince grand et clément. Pendant la journée du 23, on enleva les barrières, on nettoya les rues et on rétablit l'ordre.
Le 25, le cheik Sadah se rendit au lever, il y fut reçu comme à l'ordinaire. Il n'était pas difGcile de voir à sa contenance la frayeur qui le maîtrisait. Il divagua et prononça des paroles sans suite. Voulant complimenter le sultan Kébir sur les dangers auxquels il avait échappé, il remercia Dieu d'avoir enchaîné la sédition et d'avoir donné la victoire à
la justice; par un mouvement convulsif et comme voulant davantage assurer son pardon, il prit et baisa la main du sultan Kébir. Toute la journée du 25 se passa de la part du peuple en obser* vation; mais il parut enfin rassuré et se livra à la joie. Il avoua que tous avaient mérité la mort, et que, sous un prince moins clément, le Caire aurait vu sa dernière journée.
L'armée française ne partagea pas la joie et la satisfaction des habitants. Officiers et soldats murmuraient et témoignaient leur mécontentement. Us blâmaient cette extrême indulgence. « Pourquoi toujours caresser ces vieux cheiks, ces cafards?... C'étaient eux qui avaient tout fait, c'était sur eux qu'il fallait venger le sang des Français aussi traîtreusement massacrés. Qu'avait-on besoin de tant les cajoler? Il ne restait plus qu'à donner à ces vieillards hypocrites des récompenses pour l'horrible conduite qu'ils avaient tenue. » Napoléon resta insensible aux murmures de l'armée, qui ne reconnut que beaucoup plus tard combien sa conduite avait été sage. Comme le cheik Sadah bai-* sait la main du général en chef, Kléber, qui arrivait d'Alexandrie, lui demanda quel était ce vieillard qui paraissait si interdit et dont les traits étaient si bouleversés? «C'est le chef de la révolte, lui répondit-il. — Eh quoi? vous ne le faites pas fusiller? — Non, ce peuple est trop étranger à nous, à nos habitudes ; il lui faut des chefs. J*aime mieux qu'il
ait des chefs d'une espèce pareille à celui-ci , qui ne peut ni monter à cheval, ni manier le sabre, que de lui en avoir comme Mourad-Bey et Osman- Bey. La mort de ce vieillard impotent ne produirait aucun avantage et aurait pour nous des conséquences plus funestes que vous ne pensez. » Les événements qui sont arrivés longtemps après ont fait revenir sur cette conversation.
{Campagnes de Napoléon.)
La jambe de Caiïarelli.
En revenant de Syrie, on se trouva acculé devant un torrent. Louis, maréchal des logis, découvrit le passage. Il avait touché bord, mais il n'y avait pas un moment à perdre. L'eau montait à chaque moment. Caffarelli du Falga était plus embarassant que les autres, à cause de sa jambe de bois; deux hommes de cinq pieds dix pouces, nageant parfaitement bien, se chargèrent de le sauver : c'étaient des hommes d'honneur, dignes de toute confiance. Rassuré sur ce point, le général en chef se hâta pour gagner la terre. Se trouvant sous le vent, il entendit derrière lui une vive dispute et des cris. Il supposa que les deux sous-officiers avaient abandonné du Palga. Il retourna sûr ses pas ; c'était l'opposé : celui-ci ordonnait aux deux hommes de
l'abandonner. « Je ne veux pas, leur disait-il, être la cause de U mort de deux braves ; il est impossible que je m'en puisse tirer; vous êtes en arrière de tout le monde ; puisque je dois mourir, je veux mourir seul. » La présence du général en chef fit finir cette querelle. On se hâta, on toucha la terre*: Caffarelli en fut quitte pour sa jambe de bois, ce qui lui arrivait au reste toutes les semaines.
{Campagnes de Napoléon.)
Épisode du siège de Jaffa.
Le 22'' d'infanterie légère était en colonne derrière un pli du terrain qui servait de places d'armes. Il attendait le signal pour monter à la brèche, te général en chef était debout sur Tépaulement de la batterie, indiquant du doigt au colonel Lejeune, de ce régiment , la manœuvre qu'il devait faire , lorsqu'une balle de fusil jeta son chapeau par terre, passa à trois pouces de sa tête, et renversa roide mort le colonel, qui avait cinq pieds dix pouces. « Yoilà la seconde fois depuis que je fais la guerre, dit le soir le général en chef, que je dois la vie à ma taille de cinq pieds deux pouces. ■*
{Campagnes de Napoléon,)
Épisode de la guerre de S} rie.
Le 22 mai, au moment de partir de Tantourah, on vint instruire le général' en chef que deux cents blessés, jugés d*abord par les officiers de santé capables d'être évacués à pied, ne pouvaient marcher au delà de la première journée. Il mit sur-le-champ tous ses chevaux à leur disposition; le reste de Tétat-major s'empressa d'imiter cet exemple. Un grenadier blessé craignait de salir une belle selle toute brodée ; il paraissait hésiter. « Ya, lui dit le général en chef, il n'y a rien de trop beau pour un brave. » Les officiers de cavalerie se démontèrent ; ils envoyèrent tous leurs chevaux de main. Ce ne fut qu'après s'être assuré que tous les blessés étaient partis que le général monta sur un de ses chevaux.
(Ibid.)
Âboukir. Une prophétie.
Le colonel Fugières, du 18«de ligne, eut les deux bras emportés par un boulet de canon.
« Vous perdez un de vos soldats les plus dévoués, dit-il au général en chef; un jour vous
regretterez de ne pas mourir comme moi au champ des braves ^ »
La Teille d'Austerlitz.
A neuf heures du soir, TEmpereur visita les bîvacs de son armée : c'était la veille de l'anniversaire de son couronnement. Il avait fait lire aux troupes la proclamation suivante :
c Soldats!
c L'armée russe se présente devant vous pour venger l'armée autrichienne d'Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrûnn, et que vous avez poursuivis constamment jusqu'ici.
« Les positions que nous occupons sont formidables. Pendant qu'ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc.
« Soldats 1 je dirigerai moi-même tous vos bataillons. Je me tiendrai loin du feu si^ avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangfennemis.... mais si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s'exposer aux premiers coups :
1. Cette dernière phrase est écrite aii crayon de la main d» Napoléon. Par-dessus le mot champ il avait écrit un autre mot qu'on n'a pu déchiffrer. (De Las Cases.)