A^£CIX>T£S
car la victoire ne saurait hésiter, dans cette journée surtout, où il y va de l'honneur de Tinfanterie française, qui importe tant à l'honneur de toute la nation.
< Que sous le préteite d'emmener les blessés on ne dégarnisse pas les rangs; que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu'il faut vaincre ces stipendiés de l'Angleterre, qui sont animés d'une si grande haine contre notre nation.
« Cette victoire finira la campagne. Nous pourrons reprendre nos quartiers d'hiver, où nous serons joints par les nouveUes armées qui se forment en France. Alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi. >
n serait impossible de peindre l'enthousiasme des soldats. Par un mouvement spontané qui caractérise l'esprit dont ils étaient animés, des bottes de paille embrasées furent placées en un instant au haut de plusieurs milliers de perches ; et quatre-vingt mille; hommes se portèrent au-devant de l'Empereur en le saluant par des acclamations qui fêtaient l'anniversaire de son couronnement, et qui lui annonçaient que l'armée lui donnerait le lendemain un bouquet digne de lui.
En passant devant le 28** de ligne, qui avait beaucoup de conscrits du Calvados et de la Charente- Inférieure, l'Empereur lui dit : « J'espère que les Normands se distingueront aujourd'hui.» Napoléon, qui connaît la composition de chaque régiment, dit
un mot à chacun; et ce mot, arrivant au cœur de ceux auxquels il était adressé, devenait le cri de ralliement au milieu du feu. Il dit au 57« : « Rappelez-vous qu'il y a bien des années, je vous ai surnommé le Terrible. » Un des plus vieux grenadiers s'approcha en lui disant : « Empereur, tu n'auras pas besoin de t'exposer. Je te promets au nom des grenadiers de l'armée, que tu n'auras à combattre que des yeux, et que nous t'amènerons demain les drapeaux et l'artilierie de l'armée russe pour célébrer l'anniversaire de ton couronnement. »
L'Empereur dit, en entrant dans son bivac, qui consistait en une cabane de paille sans toit que lui avaient faite les grenadiers : « Voilà la plus belle soirée de ma vie. Mais j'éprouve du regret à penser que je perdrai beaucoup de ces braves gens. Je sens, au mal que j'en éprouve, qu'ils sont réellement mes enfants; et en vérité je me reproche quelquefois ce sentiment, car je crains qu'il ne finisse par me rendre inhabile à la guerre. » Si l'ennemi vit ce spectacle, il dut en être épouvanté. Cependant il continuait ses mouvements et courait à grands pas à sa perte. {Campagnes de Napoléon.)