Mme Hamelin
dans un temps donné. J'eus l'air contrarié et mis une espèce d'insisttance pour que je ne trouvasse plus personne à cinq heures lorsque je reviendrais, ayant quelque chose à lui dire de tout particulier. Elle me ïe promit. Je courus bien vite au quartier des gendarme| d'élite, dont j'étais le colonel; je choisis un capitaine, homme de bonne compagnie (il avait été, avant la Révolution, écuyer de main de la çomtQsse d'Artois) , incapable de manquer aux bien$çances comme à son devoir, et qui, en même temps, connaissait de vue M. de Talleyrand. J'avais formulé d'avance tous les ordres écrits dont il pourrait avoir besoin ; je lui dis de quoi il était question et lui donnai les renseignements que je venais d'acquérir fortuitement. Il alla droit à la maison que je lui avais indiquée, ne s'en laissa pas refuser la porte, je l'avais prévenu de l'incident, et il arriva effectivement jusqu'au salon, où il trouva M. de Talleyrand qu'il connaissait, avec M. Ouvrard qu'il cherchait et qu'il ne connaissait pas. Il engagea la conversation avec ce dernier, comme ayant à lui parler en particulier. M. Ouvrard sortit; alors il lui montra les ordres dont il était porteur et l'emmena dans une voiture dont il s'était pourvu pour le conduire à Vincennes. Arrivé à ce château, le concierge ne voulut pas le recevoir sans un ordre du ministre de la police, de sorte que l'on fut obligé de déposer M. Ouvrard au greffe, jusqu'à ce que l'on fût venu à Paris demander au duc d'Otrante l'ordre dont on
avait besoin pour retenir, je ne dirai pas son complice, mais son agents J*avais oublié que cette formalité était nécessaire, et si, comme on Ta tant de fois répété depuis, j*avais exercé ufae surveillance dans ce château, j'aurais bien pu en foire ouvrir les portes sans le secours de M. Fouch^. On trouva le ministre comme il revenait de Saint-Cloud, où il avait, de son côté, reçu des ordres de l'Empereur reiatifls à M. Ouvrard, à l'issue du conseil. Aussi M. Fouché ne refusa-t-il pas ceux qu'on lui demandait; mais il eut une belle occasion d'accabler la gendarmerie de mille autres faits étrangers à celui-ci.
« Lorsqu'il apprit comment son protégé avait été arrêté, il se persuada qu'il avait été livré par per* fidie, et en voulut longtemps à cette personne, qui n'était pas plus coupable que le grand Turc; et par la suite il lui raconta tant de balivernes sur mon compte, qu'el le et moi vécûmes en bouderie ouverte, tellement que je me promis bien de ne le point pardonner au duc d'Otrante. Malheureusement ce fut le contraire qui arriva.
« J'étais retourné le soir du même jour à Saint- Gloûd. L'Empereur, en me voyant arriver, me demanda si j'avais trouvé M. Ouvrard, et sur ma réponse affirmative, il donna quelques ordres que je n'entendis pas.