‹ Anecdotes sur la comtesse du BarryChapitre 15 sur 33 · IM ANECDOTES · texte numérisé non relu

IM ANECDOTES

genre, dont la figure en désordre, les attitudes lascives les efiforoucfaoient et caractérisoient ce nom grossier Garce, anagramme du mot de Grâce, et qui ne se donne qu'à des femmes perdues, sans pudeur et sans front. Cette épigramme pittoresque, licencieuse et inâme, ne se multiplia pas beaucoup, heuroisement, et ne se montroit que dans le plus grand secret, comme on s'en doute bien. On l'attribue spécialement à M"" de Gramrnont, très méchante, très vive, très hardie de son naturel, et qui avoit plus de raison pour en vouloir à sa rivale, car le roi lui avoit donné encore précédemment une mortification qu'elle ne pouvoit pas non plus digérer.

Vers ce temps-L^, Sa Majesté fit un voyage à Chantilly. C'est un des beaux lieux de la nature, appartenant au prince de Coudé. Sa Majesté voulut bien faire l'honneur à son cousin de l'y aller voir. Son Altesse étant venue, suivant l'étiquette, lui demander qui elle jugeoit à propos d'inviier, le roi lui dit qu'il lui en laissoit le choix. Ce qu'on regarda comme une petite niche du monarque envers le prince par l'embarras où il le jetoit, puisqu'en priant la favorite il ne pouvoit décemment inviter Mesdames et se meitoit mal avec celles-ci, et qu'en invitant les filles du roi. il s'ôtoit la faculté d'avoir M"'" Diibarri. Il crut cependant devoir d"abord satisfaire à ce que son rang lui prescrivoit, et sollicita Mesdames de lui faire l'honneur d'accompagner Sa Majcsic chez lui. Lorsque Son Altesse soumit de nouveau au choix du monarque sa liste, celui-ci raya encore M"" de Gramrnont et M"'* la princesse de Beauifeaii.

Au reste, si M"' Dubarri ne fut pas publiquement de ce voyage, il passa pour constant que, soit que Sa Majesté ne pût se passer d'elle si longtemps, soit que sa maîtresse voulût lui faire une agréable surprise, elle s'y

étoit rendue une nuit, y avoit couché avec son auguste amant et en ctoit revenue incogniio le lendemain.

Cependant le prince de Coude, qui avoit à cœur de ne déplaire à personne, imagina de proposer au roi un second voyage, dont Mesdames ne seroient pas, et qui donneroit à Son Altesse la liberté d'avoir la Comtesse et de lui procurer la facilité de connoître en détail un séjour où la nature et Tart se sont si parfaitement accordés. Il avoit même réservé pour ce temps-là d'étaler toute sa magnificence et de donner les fêtes les plus galantes qu'il avoit projetées.

Le camp de Compiègne, qui eut lieu cette année, en fut une pour M"** Dubarri, dont elle jouit dans tout son éclat. Ce fut alors qu'on commença à connoître un troisième frère, appelé le chevalier Dubarri, qui n'étoit que capitaine dans le régiment de Bcauce, mais qui, pour répondre au nom qu'il avoit l'honneur de porter, se signala au camp dont étoit son corps par une magnificence extraordinaire dans un officier, par une table ouverte et par l'impudence avec laquelle il laisoit faire publiquement les honneurs par sa maîtresse.

Ce voyage fut encore très agréable au roi et à M"* Du* barri, à cause des nouvelles liaisons qu'elle fit avec différentes femmes de la cour, qui se rapprochèrent d'elle, soit gagnées par sa douceur, par ses grâces et par ses prévenances, soit excitées par leur intérêt. Entre les autres se distingua M"* la comtesse de VHôpitalf dont la galanterie ne pouvait que fiivoriser sa réunion avec M*" Dubarri, EÙe était connue à la cour pour maîtresse du prince de Soubise, et ce seigneur, ami intime du roi, avoit fait tous ses efforts pour donner à Sa Majesté cette marque de zèle; ce qui réussit.

Au moyen de plusieurs intimités de cette espèce, M"* Dubarri pouvoit plus que jamais se passer de sa

marraine; et c'est à cette époque que se confirma la vérité de l'espèce d'obédience que lui avoit donnée sa protégée. M'"' de Béam disparut ainsi totalement de la cour.

Ce l ui au retour de Compiègne que le prince de Co«ifd eut le bonheur de posséder pour la seconde fois à Chantilly le roi, qui parut s'y amuser beaucoup, y séjourna plus longtemps, et s*y livra à toute l'intimité de la société, d'autant que la Comtesse en étoit, mais avec un petit nombre de dames. Sa Majesté l'afficha aux yeux du peuple des environs, en lui ^sant suivie la chasse en calèche; en sorte qu'il n'y eut personne qui n'd^t la liberté de la contempler à son aise. Oii admit atisû le public aux soupers et aux fîtes, où le roi parut affecter de plus en plus de lui foire des amitiés. Au reste, M"* Dubarri cberchoit de son côté dans ces commencements à capter la bienveillance de diacun. Tout le régiment de Beauce, dans lequel étoit le beau-frère dont nous avons parlé, avoit été comblé de ses politesses. Le jour où ce corps étoit venu camper à Royal-Lieu, elle avoit donné un repas splendide & tous les officiers; et le colonel, M. de la Toûr-dtt'Pin, n'avoit pu se refuser à lui accorder les hommages d'usage envers les femmes qu'on veut distinguer : procédé qui déplut au ministre de la guerre, qui s'en expliqua sous le prétexte général qu'il ne vouloit pas qu'on prodiguât ainsi les honneurs militaires.

A moins d'avoir des raisons d'animosité particulières contre la favorite, on ne pouvoit s'empêcher de l'aimer et de revenir des impressions que le préjugé et ses ennemb avoient répandues contre elle. Rien alors de si honnête, de si affable, de si doux. Elle montroit la vertu rare, surtout parmi son sexe, de ne jamais dire du mal de personne, et de ne pas même se permettre les plaintes ou les reproches qu'un sentiment bien naturel de vengeance pouvoit lui suggérer contre ses envieux et contre

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ceux qui avoient divulgué non seulement les anecdotes peu glorieuses de sa vi^ mais l'avoient semée d'infeunies et d'horreurs.

Le seul foible auquel elle ne pouvoit résister étoit un gotit extrême de la représentation, et son auguste amant se faisoît un plaisir de la satisfaire à cet é§ud. Déjà l'on assimiloit sa maison à celle de la feue marquise de Pompadour : elle jouissoit des mêmes prérogatives de luxe et d'apparat; elle eut, en revenant de Compiègne et en y allant, ses relais commandés aux postes, comme le roi.

A son retour de Chantilly, M"*' Dubarri soupa chez M"* la comtesse de l' Hôpital, qui s'empressa à se faire citer comme une des premières, briguant l'honneur delà posséder chez elle. Une autre femme de la cour, enchérissant d'adulation, proposa d'allier sa maison à celle de la Comtesse. C'étoit la marquise de Mont??wrency : elle imagina de faire épouser au duc de Boutteville M"° Dubarri, celle qui vivoit chez la Comtesse et lui servoit de mentor. Ce coup de politique étoit d'autant plus adroit de la part de cette dame, qu'elle faisoit sa cour à la favorite sans se compromettre. Ce duc étoit un mauvais sujet, déshonoré, perdu de dettes, très capable de faire une pareille sottise, et tellement décrié, que sa conduite quelconque sembloit ne devoir plus intéresser sa famille; mais enfin, c'étoit un homme du plus grand nom de France qui titroit sa fenimc, et qu'on pouvoit faire enfermer quand il se seroit prêté à ce qu'on auroit voulu. On prétend qu'il demandoit pour préliminaire que le duc étOlonne, son fils, enfermé à perpétuité par égard pour sa naissance et digne du dernier supplice, fût mis en liberté; ce qu'on ne voulut point accorder, et ce qui fit vraisemblablement manquer cet hymen.

Tout, successivement, rendoit hommage à la nouvelle

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divinité, et reconnoissoit son pouvoir. I! y avoit cette année salon de peinture. C'est un usage aux grands de la cour de venir le voir et d'exciter ainsi l'cmulation des artistes. On fit entendre à M"' Dubarri qu elle y devoit paraître; et le jour, où elle y vint, on fit sortir tout le monde, suivant les ordres qu'en avoit donnes M. de Saint-Florenlin, qui prescrivit absolument le même cérémonial que pour M""" de Pompadour. Ainsi, par une révolution dont la rapidité étoit inconcevable, celle qu'un an auparavant on chansonnoit dans les rues sous le nom de la Bourbomioise, par permission de la police, voyoit chasser à son approche, comme vils plébéiens, les gens de la plus haute qualité. Il faut cependant lui rendre Justice de dire que cette expulsion ne lui doit pas être imputée puisqu'elle en témoigna son mécontentement. Au surplus, les plus fameux peintres et sculpteurs l'acompagnèrent et briguèrent les suflrages de la Minerve du jour. Un d'eux avoit été choisi pour la peindre : c'étoit le sieur Drouais, excellent artiste pour le portrait, qui avoit fait ses preuves à l'égard de la fiivorite précédente et qui n'eut pas le même succès en cette occasion. Pour mieux réussir il avoit imaginé de la représenter de deux manières, c'est-à-dire, sous les habillements d'homme et de femme tour à tour. Ceux qui connoissoicnt M"" Dubarri trouvèrent que, bien loin de la flatter comme c'est l'usage, le peintre ne l'avoit pas rendue dans toute la vérité de ses charmes. Des deux côtés il lui donnoit également un regard minaudier, appelé par les petits- maîtres regard en coulisse, qui n'est point du tout celui de cette beauté, très net, très franc, très ouvert. Le public se trouva aussi partagé sur les deux figures, auxquelles on fit le grand reproche de ne pas se ressembler. Celle de femme étoit vêtue de blanc et enrichie d'une guirlande de fleurs : en homme, M"" Dubarri étoit en espèce d ha-

bit de Gilles, la chemise décolletée. Ce dernier plaisoit plus généralement au sexe, et le premier aux hommes; ce qui donna lieu aûx vers suivants.

VERS

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