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1^ jf^'^^^^ A mort de Z.0//J5- AT terminant dé-
sormais le brillant destin de M°" la Comtesse Dubarri, qu'on peut regarder aujourd hui comme morte pour le public, c'est le momem de finir le détail des anecdotes de sa vie jusqu'à cette époque fatale.
Toute la famille royale détestoit, comme on a dit, cette favorite ; mais, par respect pour le roi, n'osant l'insulter directement, elle saisissoit toutes les occasions de faire tomber son humeur et son indignation sur les femmes de la cour et les ministres qui lui sembloient le plus dévoués. On a vu comment M"' de Valentitiois avoit essuyé à cet égard un propos mortifiant de M™* la comtesse de Provence, Madame Sophie, peu après, malmena plus fortement le duc de La pyillière,
qui avoit crii se mettre à l'abri du ressentiinent de cette princesse en se couvrant du crédit et de la protection de M*** Dubarri, Voici comment les courtisans racontoient cette anecdote.
M"* la marquise de Mesmes, dame pour accompagner Mesdames, avoit engagé Madame Sofhic à solliciter pour son fils une place dans la maison de M. le comte d'Artois, qu'on parloit déjà de former. Cette princesse s'étoit adressée directement au roi, et Sa Majesté avoit donné son bon. M. le duc de La Vriilière, qui dans son département a la maison du roi et les maisons de la famille royale, trouva mauvais que cette grâce eût été obtenue sans sa participation. Il fut en faire ses plaintes à M"* Dubarri, et lui démontra les inconvénients très grands qu'il y avoit à ce que Sa Majesté accordât des places à son insu. La Comtesse trouva ses raisons excellentes, et porta les doléances du ministre au pied du trône. Elle fît de vifs reproches à son auguste amant sur le peu d'égard qu'il avoit pour un serviteur fidèle, qui depuis quarantehuit ans ctoit à son service et gémissoit de perdre sa confiance au moment où il en étoit le plus di^nc. Elle lui représenta que cette conduite seroit capable de dégoûter les ministres, de ralentir au moins leur zèle, et pouvoit être préjudiciable à ses intérêts et à ceux de l'État, par les surprises continuelles que sa bonté pourroit laisser faire à sa religion. Sa Majesté, pénétrée des raisonnements solides et persuasifs de sa maîtresse, avoit cependant peine à manquer de parole. On convint que le duc de La Vrillih'c prcndroit cela surlui en n'expédiant pas pour le jeune homme le brevet qui devoit sortir de ses bureaux. Madame Sophie, instruite de toute cette manœuvre, manda le ministre. Elle alVccta d'ignorer ce qui s'étoit passé dans les conversations particulières dont on vient de parier et prit seulement occasion du retard qu'éprou-
Toit Texpédition du brevet de M. de Mesmes pour reprocher au duc de La Vrillière le trafic scandaleux qui se faisolt chez lui des diverses grâces dépendantes de son ministère. M*^ de Langeac ne fîit point épargnée, et la réprimande devint si forte que les courtisans remarquèrent Tair blême et tremblant du duc, sortant de l'appartement de la princesse. Il se rendit tout de suite chez sa protectrice pour y décharger son cœur. Le coup étoit déjà porté ; la scène avoit eu lieu après dîner. M. de La Vrillière avoit mangé copieusement, à son ordinaire. Il en résulta une indigestion violente, dont tout le respect qu'il devoit au lieu et à la maîtresse ne put l'empêcher de manifester les effets. Il resta sans connoissance, et il fallut l'emporter dans l'état le plus dégoûtant. Il en fut très malade, et, pour surcroît de douleur, il fedlut expédier le brevet.
Le roi consoloit M"« Dubarri par les choses qui pou-
voient flatter la vanité et le luxe de cette favorite. Depuis longtemps, il étoit question d'une toilette d'or qu'elle faisoit faire. Bien des gens révoquoîent en doute la nouvelle, regardant une pareille acquisition comme trop chère, puisque M""" la Dauphine même n'auroit pas une telle magnificence et que la reine ne l'avoit jamais eue. On fut alors maître de s'assurer de la chose, et d'aller voir les diverses pièces de cette toilette chez le sieur Roet tiers, graveur ciseleur du roi. Il courut en outre le bruit qu'on travailioit à une vaisselle plate, d'or, pour la Comtesse. Enfin Sa Majesté lui permit de se faire un bouquet de diamants si considérable qu'il devoit pouvoir se convertir, à sa volonté, en parure complète. On dit que ce bijou coûtcroit cent mille ccus.
Sa Majesté étoit tellement enivrée d'amour pour cette beauté, qu'elle ne conservoit plus aucune des bienséances . extérieures, dont elle s'étoit toujours montrée si jalouse.
Elle permit de représenter à Choisy devant elle une parade dans le genre le plus grivois, tel que l'aimoit M"» Duharri. On choisit la Vérité dans le pin, opéra-comique du sieur Collé, si ordurier, que plusieurs dames de la cour, invitées à la fete, qui ne le connoissoîent pas, en furent extrêmement décontenancées ; et ces femmes pudibondes ne contribuèrent pas le moins au divertissement de la Comtesse. Ce qui prouve l'asservissement du roi, autorisant le tout par sa présence, c'est qu'il n'y sembloit pas prendre un grand plaisir. On le présumoit par toutes les niaiseries auxquelles la favorite avoit recours pour le distraire, et le monarque ne rougissoit pas de se donner ainsi indécemment en spectacle. Pour mieux juger de rimpression que cette fête fit dans le public, consultons encore le journal manuscrit, souvent cité et détaillé sur ces objets; il donne la relation suivante :
« a6 décembre 1771... Tous ceux qui ont été à Choisy la semaine dernière attestent combien la pièce de la Vérité dans le vin ctoit grivoise et a fait rire M"* Dubarri ; Sa Majesté n'a pas paru s'en amuser beaucoup. Cette dame se iivroit cependant à tout ce qui pouvoit égayer le roi et cherchoit à le délasser des occupations du trône en le faisant jouer avec son petit chien. Le souper a été fort agréable aussi. Le sieur V Arrivée et sa femme ont chanté tout le repas des chansons sur le même ton de la comédie. Le roi étoit à la table à ressorts avec douze convives, dont trois dames seulement, M"* la Comtesse Dubarri, M"* la maréchale de Mirepoix et M"" la marquise de Montmorencj-. M'"* Dubarri a continué à s'occuper de tout ce qui devoit amuser Sa Majesté. Elle ctoit entre le roi et M. le duc de Duras. Ce seigneur, très excellent convive, a paru d'une folie charmante, et, quoique un des ducs protestants, de la plus grande intimité avec cette dame. On n'admet pas communément les profanes à ces
petits soupers; cependant, par extraordinaire, il y en a eu ce jour-là qui ont rapporté les détails les plus intéressants. On ajoute que le vin y couloit à grands flots et que tout contribuoit à rendre la fcte charmante; que M"*Z)iibarri y montroit ce désir de plaire qui prête des charmes aux ionmes les moins séduisantes et jette un nouveau lustre sur la beauté... »
Alais plus la faveur de M"" Dubarri croissoit auprès du monarque, plus la haine de la maison royale augmentoit contre elle. Il &ut avouer aussi qu'elle y donnoit lieu quelquefois. Par exemple, elle se permit dans ce tempslà des plaisanteries sur Timpuissance du dauphin, qu'on rapporta à ce prince. Il ne crut pas devoir tolérer l'injure; on voulut dans le temps qu'il se fût transporté chez elle et lui eût lait sentir d'une foçon très vive qu'il ne lui appartenoit pas de s'^yer sur son compte. C'est vraisemblablement aussi ce qui provoqua le mot du même prince sur le compte du vicomte Dubarri, pour lequel sa tante soUicitoit la place de premier écuyer, qui étoit toujours vacante. « Qu'il ne s'approche pas de moi, dit. M. le dauphin; je lui donnerois de ma botte sur la joue. ^> Il faut savoir, pour l'intelligence de ceci, que les fonctions du prenûer écuyer sont de débotter le roi quand il revient de la chasse ou d'ailleurs, et conséquemment M. le dauphin, qui n'a que la même maison de Sa Majesté.
Vraisemblablement, c'est ce qui empêcha le roi d'accorder cette grâce à la favorite ; car M. le chancelier, qui la soUicitoit pour le comte de Maupeou, son fils, n'étoit pas en état de balancer les prétentions du rival. Les ennemis du chef de la magistrature profitèrent de cette concurrence pour le brouiller a\cc sa cousine; et les ministres, qui, n'avant plus besoin de lui puisque sa besogne étoit faite, vouloient en avoir l'utilité sans en supporter l'odieux, se rangèrent du côté de celle-ci. C'est ce qui