‹ Anecdotes sur la comtesse du BarryChapitre 21 sur 33 · V^' AN£CDOT£S · texte numérisé non relu

V^' AN£CDOT£S

réça une iniencdon plus sévère, à laquelle il ayoit Mu obéir.' •

Cette absence ne fiit pas longue; mais ellb coûta cher au comte par la perte qu'il fit de la marquise Murât (car elle avoit pris cette qualité depuis son inariage). On a dit qu'elle ne ï'aimoit point. Elle ne voulut point siiivre son amant dans sa terre; elle profita de la première ouverture à sa liberté, et s'édipsa dans le même temps que l'exilé. Cette aventure fit un grand bruit dans le monde galant. On en jasa beaucoup. On se pendit dans une multitude de conjectures. La plus aoâéditée fut qu'elle s'étoit arrangée avec le sieur de Mùtmllt, ce financier très renonuné parmi les -fenuies par l'élégance de son luxe et par ses talents naturels et acquis, qui en font un des cavaliers les plus aimables et les plus accomplis de Paris. Cependant il affectoit de se montrer partout; et c'est pourquoi 1^ gens fins asseyoient encore mieux leurs soupçons. Ils vouloient qu'effirayé du sort de M. de Dampierre, andennemènt attaché au char de cette fille, qui, ayant eu occasion de la retrouver au bal de l'Opéra depuis qu'elle s'étoit livrée à M. Dubarri, et ayant ex> dté la jalousie de ce dernier, avoit été obligé de passer en Amérique, il s'observât jusqu'à ce que l'amant délaissé eût oublié dans les bras d'une autre maîtresse l'infidélité de celle^. Parmi les -ravisseurs, on comptoit aussi M. de Martanges, maréchal de camp et secrétaire général des Suisses et Grisons. On parloitde plusieurs autr^; et les gens romanesques alloient jusqu'à vouloir que l'anden amant,,M. <2e Danqnerre, dont nous venons de parler, eût conservé des liaisons avec Fontaine, et fût venu incognito des colonies, où M. Dubarri lui avoit fiut donner une place avec ordre de s'y rendre sur-le-champ, pour la soustraire à la tyrannie de son rival et l'erame^ ner avec lui.

SUR LA COMTESSE DUBARRI. içj

On fut très longtemps à ignorer le destin de cette belle fiigitiTe. Cest au sieur Dessaint, favori du comte, et pour lequel il avoit fait au comité des fermes l'incartade rapportée ci-dessus, qu'elle écrivit. La lettre courut le monde; elle étoit conçue en ces termes :

LETTRE

A M. DESSAnrr, DnEcrsuR des feuies de pakis.

« Je vous prie, monsieur, d'apprendre à M. le comte Dubari'i ma resolution de me séparer d'avec lui. Qu'il ne regarde pas mon évasion comme une perfidie, ou comme une ingratitude. Je ne l'ai jamais aimé, et il n'a jamais été que mon tyran. J'ai éprouvé ses caresses, sans lui en faire, et ses bienfaits, sans les désirer. Sa violence, ses emportements m'ont forcée à recevoir les unes, et ne m'ont fait payer les autres que trop cher. Je profite du premier moment où je puis m'expliqucr librement pour lui apprendre que je le déteste, et que c'est dans ces sentiments que j'ai toujours vécu. En un mot, c'est un monstre que j'ai en horreur.

« Pardon, monsieur, de la commission que je vous donne; mais vous êtes son ami : vous êtes au fait de nos tracasseries; et à ce titre j'aime mieux vous adresser cette lettre qu'à tout autre, etc.

• A Paris, ce tS août 1874. »

Le comte eut beaucoup de peine à digérer les expressions dures de l'épître : il fit faire les plus exactes perquisitions pour découvrir où étoit M"« de Murât , et fut quelque temps à la remplacer. Sa vanité fut la première soulagée par la bonté que le roi eut de prendre beaucoup de part à sa douleur de l'évasion de M»* de Murât, de s'in-

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