‹ Anecdotes sur la comtesse du BarryChapitre 23 sur 33 · ÉPIGRAMME · texte numérisé non relu

ÉPIGRAMME

lîn bon Gaulois, éperdu, consterné.

De &on pays dcploroit la ruine :

Il en cherchoit vainement l'origine ;

Elle échappoit à son esprit borne.

De sa bêtise un plaisant cionné

Lui dit : c Viens çà, benct, je veux t^lnttruire,

li'couie-mot : dans ce siicle tortu,

Lorsqu'une nymphe, au comble du délire,

Tient dans aes mains les rénea d'un empire.

Gomme elle» ami, cet empire est f.... »

SUR LA COMT£SS£ DUBARRL «13

Cette épigramme n'étoit rien auprès des couplets où les princes étoient vilipendés, flétris, bafoués sur leur défection. On les peignoit conime se disputant Thonneur de foire leur cour à la Comtesse.

Le seul honneur que ce tripot s'aiTtchei

C'est le matin de voir en cotillon

La DnbarrI, qui rit» et sur eux crache,

En relevant son quintal de teton,

Que son Ramor, dea nègrea le bardachc,

Toutes les nuits prend i provision.

> Aux champs de Mars donnez-moi le panache.

Lui dit le borgne en baisant son jupon :

Votre crédit, et ma rousse motisMche, D'un vraî guerrier me feront le renom. »

Philippe dit : « Pour moi, j'aime une vache : Je voudrois itre hiaaé aur un tendron, s

La Du barri répond à la moustache :

« Le roi fa fait son premier espion;

Ce lâche emploi sufGt pour un bravache

Pétri de hel, nourri de trahison;

Car un Condé, quand il n'eat qu'un gavache.

Ne peut avoir plus grande ambition, s

Pula à Philippe : « Et toi, lourde ganache,

Louis consent, épouse Montcsson;

Je le permets, et veux aussi qu'on sache

Que tu vlTras sous ma protection,

Quand le remords du sultan le plus l<\che M'clùveroit au rang de Maintenon. •

Ces couplets pouvoicnt passer pour la suite des précédents, sans sortir cependant de la même plume. Il y avoit plus de gaieté, plus de finesse dans les premiers, mais inliniincni moins de force et d'énergie. En désapprouvant la licence avec laquelle le poète parloit des augustes personnages qu'il mettoit en jeu, on ne pouvoit nier que l'ouvrage ne fût supérieurement fait; il partoit d'une plume très exercée sans doute à de semblables méchancetés, et dut causer le plus amer désespoir à ceux

qui en étoient Tobjet, s'il leur parvint; mais ce qui en fait le mérite historique, ce sont les anecdotes qu'il renferme.

I* On y attaquoit M"* Dttharri du cdté le plus sensible : on annonçoit que sa gorge, désonnais trop volumineuse, avoit perdu son élasticité, son plus essentiel mérite, et on la prostituoit jusqu'à son nègre : calomnie malheureusement fondée sur les caresses folles qu'elle feisoit à cet esclave, et sur l'aveuglement excessif avec lequel elle legfttoit. 3*On y dévoiloit les motife du retour des princes. Celui du prince de Condé étoit appuyé sur son ambition, qu'on avoit flattée par l'espoir d'avoir le commandement des années, si la guerre avoit lieu, suivant la crainte qu'on commen^ît à en avoir. On n'y parloit pourtant pas de l'espoir, dont on Tavoit aussi leurré, de voir le comte d'Artois épouser sa fille, dont le fils de France étoit éperdument amoureux. Enfin on réali- * soit les soupçons, répandus dans le public, que le prince de Coudé n'avoit été si longtemps attaché aux autres princes dans leur résistance que pour être leur espion. Quant au duc d'Orléans, personne n'ignoroit que c'étoit M'* de Montesson qui avoit déterminé sa défection, sur l'assurance qu'elle avoit reçue que le roi approuveroit et reconnoîtroit son hymen avec le duc d'Orléans. Elle avoît eu d'autant plus de raison de se flatter que M" Dubarri l'autoriseroit de tout son crédit, qu'on y annonçoit la prétention de celle-ci à suc^der au poste brillant de M'°* de Maint cnon.

On ne parloit point, dans cette chanson, du duc de Chartres, dont on avoit aussi amorce le désir d'être quelque chose : on lui avoit fait regarder comme très possible de succéder au duc de Pcnthièvre^ son beaupère, dans la dignité d'amiral ; c'ctoit le grand /iw^iirrz, entremetteur du duc d'Aiguillon^ qui avoit mis ce leurre

SUR LA COMTESSE DUBARRT. ai;

en avant. Sa bclle-sœur fut sommée par Son Altesse de tenir sa promesse et de seconder sa demande auprès du roi ; mais celle-ci échoua par la gaucherie qu'on avoit eue de ne pas déterminer avant le duc de Penthièvre à y consentir. Sa Majesté, qui avoit des sentiments d'honnêteté, fut révoltée de ce complot, et refusa net la favorite. Cette humeur ne dura pas; et le faiseur de thermomètres de la cour ne plaça ptis moins M"* Dubarri au beau fixe dans celui qu'il fit alors. Il est vrai pourtant que le bruit de sa disgrâce courut un moment vers Pâques. Voici ce qui y donna lieu.

Un certain abbé de Beauvais prêchoit h Versailles devant le roi. Ce Jeune homme, d'une naissance obscure et neveu du garde des archives du clergé, avoit résolu de faire fortune durant sa station, d'avoir un évêché, ou d'être mis à la Bastille. Il prit à cet eifet une route très extraordinaire : il se distingua par la plus grande hardiesse \ il osa tonner en chaire contre la vie scandaleuse de Louis XV. 'Il caractérisa spécialement sa passion pour M"^ Dubarri, dans une pdntare énergique des mœurs licencieuses du sage Salomon dont la comparaison étoit sensible. Après une allégorie très ressemblante : «Enfin, disait-il, ce monarque, rassasié de voluptés, las d'avoir épuisé, pour réveiller ses sens flétris, tous les genres de plaisirs qui entourent le trône, finit par en chercher d'une espèce nouvelle dans les vils restes de la corruption publique. » Un propos du roi prouva qu'il n'ignoroit pas ce que vouloit dire le prédicateur, car un |our que l'orateur avoit parlé avec véhémence contre les vieillards vicieux, qui conservent encore au milieu des glaces de l'âge les feux impurs de la concupiscence. Sa Majesté, après le sermon, apostrof^iant le maréchal de Richelieu^ lui dit : « Eh bien, Richelieu, il me semble que le prédicateur a jeté bien des pierres dans votre jar-

AN£CDOT£S

din. — Oui, sire, répondit le seigneur paillard, si fortement qu'il en est rejailli jusque dans le parc de Versailles. » D*un autre côté, des courtisans corrompus ayant voulu indisposer le roi contre Tabbé de BeaupoiSi en rapportant vaguement les traits trop forts qui lui étoient échappés. Sa Majesté l'excusa en disant qu'il avoit fait son métier. Cependant les espions de M"* Dubarri lui rendirent compte de l'audace dernière de ce prestolet : elle s'en plaignit si fort à son auguste amant, qu'elle changea un instant les bonnes dispositions de ce prince en faveur de l'orateur, au point que, lors de sa présentation pour prendre congé de Sa Majesté, au lieu du compliment gracieux qu'il en attcndoit, elle lui dit : « Monsieur l'abbé, vous avez été bien long hier. » Mais le mécontentement n'étoit qu'une satisfaction accordée pour le moment à sa maîtresse; et le plan pris par ce prêtre ambitieux ne lui réussit pas moins : il fut nommé à l'évêché de Senez.

La principale occupation de la favorite dans ce carême et après dut être de détruire les impressions de terreur que le prédicateur répandoit dans l'âme du roi. Pour cet effet, il lui falloit avoir recours aux séductions étrangères, aux spectacles, aux fêtes bruyantes, à tout ce qui pouvoit remuer le monarque et le tirer de sa mélancolie. £lle ordonna au sieur Vestris de composer quelque pantomime lubrique, dont les tableaux animés excitassent quelque sensation dans un vieillard usé. C'est ce qui fit imaginer au chorégraphe le /A? //c7 héroïque d'Endymion: il y peignoit les amours de Diane avec ce berger. Le commencement de cette passion, son développement, ses suites y étoient exprimés avec beaucoup d'énergie. Les airs qu'il y avoit adaptés étoient choisis entre ceux les plus \ifs et les plus voluptueux du théâtre lyrique. M"" Dubarri fut si contente des salutaires effets que pro-

duisit pour l'instant l'heureuse invention du compositeur, qu'elle le favorisa dans le projet qu'il eut de faire exécuter ce ballet à l Opcra, et leva tous les obstacles que le censeur des mœurs y apportoit. Elle autorisa le sieur Ves- Iris i\ dire que la Comtesse Tavoii demandé et vouloit le revoir : elle poussa la munificence jusqu'à faire retenir deux loges pour clic comme si elle eût dû y venir in Jîochi. Le bruit s'en répandit bientôt, et chacun s'empressa de se trouver à cette époque remarquable, d'autant plus que M"" la marquise de Pompadour n'avoit jamais osé venir ainsi en cérémonial h l'Opéra durant tout le cours de son long règne. M™' Dubarri ne vint pas non plus; mais le ballet eut lieu.

La ftivorite procura dans le même temps au roi un spectacle plus agréable que celui-là. Il auroit été maussade, ou du moins insipide pour beaucoup d'autres, et lui très piquant pour le monarque. Ce fut à l'occasion de la nouvelle salle de Comédie françoise, matière aux divers projets qui tcnoient les comédiens en suspens. Ceux-ci, jaloux de leur droit de propriété, et croyant le mieux conserver en restant à l'ancien emplacement, imaginèrent de faire intervenir les propriétaires des maisons et marchands du quartier. Une marchande de bière, nommée la Loque^ fameuse entremetteuse, qui avoit eu occasion de connoître M"* Lange, et fort connue du grand Dubarri, se chargea de porter ia parole. Elle fit demander à la Comtesse le jour où elle pourroit en avoir audience; et celleci s'y prêta d'autant mieux qu'elle regarda ce spectacle comme dans un genre analogue au goût du roi, et pro> pre à le réjouir. On fit dire à cette harengère de n'emprunter aucune éloquence étrangère, et de parler sa langue naturelle. La vaste corpulence, le teint allumé, les sourcils noirs, le regard dur, la voix rauque de l'avocat femelle donnèrent à aonélocution une teinte d'éloquence

particulière, qui parutnouyelleà Sa Majesté. Elle ne per> dit pas on mot du discours ; mais, pour ne pas intimider l'orateur, elle vit et entendit tout, cachée en un coin.

Au moyen de ces petits expédients, de ces diversions, les sermons de l'abbé de Beauvais furent bientôt oubliés, et M"* Duàarri continua à régner en souveraine sur le cœur de son auguste amant. Elle pensa bientôt £ûre sauter un ministre : c'étoit le marquis de Montcymard, qui dcplaisoit à la Comtesse par sa liaison avec le chancelier. Elle fut encore plus animée contre lui par le refus qu'elle en éprouva à l'occasion du régiment de Beauf remont, dragons. Elle le demandoit pour le sieur Dangé d'Orcay, neveu d'un fermier général de ce nom. Le ministre de la guerre ne crut pas convenable de donner ce régiment à un parvenu de cette espèce : il l'accorda au prince de Lambcsc. Le duc d' Aifruillon, qui convoitoit ce ministère, excita la favorite, lui fit entendre qu'elle deviendroit maîtresse des grâces en le lui procurant. Elle adopta Tidcc du duc, et se plaignit au roi si amèrement, non du fait même, mais de la manière du refus, que la Ictire de cachet étoit déjà expédiée. Dans la nuit, Sa Majesté fut agitée, elle ne dormit point, tourmentée d'inquiétude et de remords, et le lendemain elle arrêta l'exécution de son ordre.

Mais le roi étoit trop foible, en se repentant d'une injustice, pour donner le tort à sa maîtresse, qui la lui faisoit commettre : il sembla s'excuser au contraire, auprès d'elle, en lui accordant la nomination aux places de la maison du comte d'Artois. On songeoit sérieusement à la former. On se plaignoit des extorsions de M"" la marquise de Langcac souc le duc de La J^rillière, qui avoit ce département. On a déjà vu comment il avoit eu l'insolence de refuser à une de Mesdames une place qu'elle avoit demandée. M"' i)tt^arr/ avoit alors soutenu le

ministre. Depuis, mieux informcc, elle fit comprendre à son auguste amant la nécessité d'arrêter ce brigandage ; et le roi voulut bien lui permettre de lui proposer les sujets, du moins pour les premières places, qui furent accordées à la plus grande partie des créatures de la Comtesse. C'est ainsi que le chevalier Dubarri, depuis marquis Dubarri^ fut fait capitaine des cent suisses de la garde du prince.

Dans l'ivresse de cette faveur, on admiroit comment M'"* Dubarri ne perdoit point les sentiments de la nature, n'oublioit rien de ce qu'elle devoit à sa mère. Celle-ci ctoit dans le couvent de Sainte-Elisabeth sous le nom de M"* de Monrable, que l'adulation commençoit à faire précéder du titre de marquise. II faut avouer qu'elle n'en avoit ni le jeu, ni le langage, ni les allures. Dans les com* mencements, les Dubarri avoient cherché à l'expulser de Paris : mais sa fermeté lut ayant fait surmonter cette persécution, elle vivoit avec beaucoup d'aisance dans son couvent. Elle avoit un carrosse depuis peu et une maison de plaisance, et acquéroit une sorte de considératioii. On étoit édifié de la piété filiale avec laquelle M"* Dubarri venoit constamment rendre ses devoirs à sa mère presque tous les quinze jours. Elle y passoit une partie de la journée. La supérieurepoussoit la bassesse jusqu'à envoyer sa nièce, qui diantoit très bien, pour amuser la Comtesse pendant le dîner.

Mais cet attachement de M** Dubarri à sa fiunille étoit une charge de plus pour TÉtat, que son luxe immodéré ruinoit déjà excessivement. On assuroit qu'elle avoit tiré du trésor royal pour son usage, ou pour satisfeire à ses bienfiiits, dix-huit millions argent sec, sans discuter les mandats particuliers et les d^enses indirectes. C'est ce qui indigDoit un poète vigoureux. Ce patriote véhément, n'osant reprendre à découvert les vices qui excitaient sa

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